TOUR DE FRANCE FEMMES - Annemiek Van Vleuten, la domination et la transmission

TOUR DE FRANCE FEMMES – Annemiek Van Vleuten, la domination et la transmission

C’est l’histoire d’une géante de son sport, souvent seule dans son monde, mais qui s’efforce de trouver les moyens de “donner quelque chose au cyclisme, après avoir tant reçu”. À 39 ans, Annemiek van Vleuten s’est offert une nouvelle conquête en remportant la première édition de la “version moderne du Tour de France Femmes”, comme elle le disait dimanche, rayonnante de bonheur avec son maillot jaune qu’elle avait fait briller sur les pentes de la Super Planche des Belles Filles.

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Il y a encore une semaine, la tunique créée en 1919 pour les hommes ne l’inspirait pas particulièrement. “Et puis je l’ai vu sur les épaules de Marianne [Vos]…” Conquérante par nature, inspirée par les circonstances, la Néerlandaise s’est lancée dans un de ses grands numéros, à l’attaque dès les premières pentes du Petit Ballon pour voler vers la gloire. “Ce n’est pas normal ce que tu as fai””, lui a soufflé sa jeune dauphine Demi Vollering (25 ans, SD Worx), assommée par la supériorité de son aînée, qui a profité du week-end pour mettre les points sur les i, en selle et devant les micros.

Van Vleuten compense son manque d’explosivité en rappelant que son sport est avant tout une épreuve d’endurance. “Je veux être très claire”, a-t-elle asséné sans ambages. “On dit parfois à mes collègues qu’elles devraient s’entraîner comme je le fais mais c’est impossible. J’ai 39 ans. C’est un processus qui se construit année après année, pour ajouter 5 à 10% de volume d’entraînement chaque année. Ça me donne un gros moteur et donc sur une étape d’une difficulté dingue comme aujourd’hui, je sais que je peux y aller dès la première ascension.”

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L’expérience et l’autorité

Forte de son âge, Van Vleuten est montée en selle tardivement. Ses premiers souvenirs cyclistes remontent à l’âge de “7 ou 8 ans”. Ses parents n’avaient “rien à voir avec le monde du vélo” mais elle se retrouve un jour à regarder une étape du Tour (Hommes) à la télévision. “J’ai été accrochée”, se souvient-elle. “A partir de là, je regardais le Tour tous les étés, ma famille allait à la plage et je restais devant la télé. Je ne regardais que le Tour à l’époque. Et j’étais très loin de m’imaginer dans cet univers.”

Née dans le village de Vleuten (“une coïncidence“, assure-t-elle), la jeune Annemiek pratiquait plutôt la gymnastique, l’équitation et surtout le football. Mais à force de blessures au genou, elle s’est achetée un vélo à l’âge de 23 ans. La légende est lancée, même s’il lui faudra encore quelques années pour devenir la grimpeuse d’exception qui vient de remporter le Giro et le Tour en ce mois de juillet, avant de viser la Vuelta en septembre.

Du haut de son autorité, Annemiek van Vleuten distribue quelques mauvais points (elle n’a pas aimé voir certaines équipes, et notamment ses rivales de la SD Worx, forcer l’allure lorsqu’elle et Elisa Longo Borghini ont essuyé des incidents mécaniques) et beaucoup de bons points. “Elle a sauvé mon Tour“, saluait-elle en montrant la Cubaine Arlenis Sierra, qui a eu la vivacité d’esprit de lui offrir immédiatement son vélo lorsqu’elle a essuyé une crevaison avant une nouvelle démonstration de force à La Super Planche des Belles Filles.

Elle est géniale“, indiquait-elle encore devant les caméras de la chaîne australienne SBS en pointant du doigt Gracie Elvin, après avoir rendu hommage à son ancienne équipière sous les couleurs d’Orica/Mitchelton, devenue consultante pour la télévision : “Tu as fait partie de ce parcours. C’est avec toi que j’ai commencé à viser les classements généraux, j’étais très inexpérimentée et tu me protégeais sur le Giro Rosa. C’est comme ça que tout a commencé pour moi et c’est vraiment spécial de te voir ici.”

J’ai participé à un camp d’entraînement avec elle…

“On est devenu équipières en 2016”, nous raconte Elvin, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans la structure Orica/Mitchelton. “Elle était déjà une très bonne coureuse, mais elle était plutôt connue pour ses bonnes performances dans les classiques et les courses d’un jour vallonnées. Notre équipe l’a encouragée à se tourner vers les longues ascensions et les classements généraux. Je pense qu’elle ne croyait pas vraiment en elle mais elle était très positive après une année difficile chez Bigla.”

Van Vleuten devient alors une pionnière des camps d’entraînement en altitude. “Elle y passe l’essentiel de son temps entre les courses”, assure une autre ancienne équipière australienne, Grace Brown (FDJ Suez Futuroscope), deuxième de Liège-Bastogne-Liège derrière la Néerlandaise au printemps. Parfois, des partenaires d’entraînement se joignent à elles. En d’autres occasions, elle se mêle aux garçons, habitués à ces stages depuis plusieurs décennies. Souvent, elle est seule.

J’ai participé à un camp d’entraînement avec elle à Livigno, en vue des Jeux Olympiques de 2016”, raconte Elvin. “On était juste elle et moi, personne d’autre. J’étais affûtée comme rarement parce que j’essayais de la suivre dans les ascensions. Un jour, j’ai voulu faire le Mortirolo sur le versant le plus dur. Elle n’avait pas très envie… Mais à l’arrivée, c’est moi qui pleurais presque tellement c’était difficile. Elle me rappelle souvent cette journée ! Ce sont de beaux souvenirs. Je suis contente de l’avoir connue avant qu’elle devienne cette nouvelle version d’Annemiek et d’avoir observé son parcours pour devenir une coureuse aussi dominatrice.”

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Le tournant de Rio

En cette année 2016, Van Vleuten volait, particulièrement sur le circuit olympique de Rio, avant d’y connaître une très lourde chute alors que l’or olympique lui tendait les bras. “Elle est repartie avec le coeur brisé“, explique Elvin. “Mais elle était plus motivée que jamais après avoir vu à quel point elle était forte. Je pense que cette course a été le tournant de sa carrière.”

Avant, Van Vleuten avait déjà remporté le Tour des Flandres, le GP de Plouay ou encore le Tour de Belgique. Depuis, elle a multiplié les succès sur les courses d’un jour (dont un numéro en solitaire de plus de 100km aux Mondiaux 2019), les contre-la-montre (double championne du monde et championne olympique) et les courses par étapes, notamment les Tours d’Italie, d’Espagne et désormais de France.

À 39 ans, Van Vleuten est toujours affamée de victoires. “Quand j’inscris une course à mon calendrier, je veux gagner”, affirmait-elle encore dimanche en se projetant sur la Vuelta en septembre. Mais elle a l’âge, le palmarès et l’autorité pour réorienter une partie de la lumière vers ses compagnonnes de peloton.

Je trouve ça un peu triste de me voir comme l’unique favorite”, expliquait-elle avant le Tour, évoquant ses rivales Cavalli, Garcia, Vollering, Moolman-Pasio… qu’elle a ensuite surclassées sur la route. Elle n’a de cesse de saluer ses équipières, “qui doivent avoir le bras droit très musclé après m’avoir poussée dans les premiers jours, quand j’étais malade“, mais on l’a surtout vue mener la poursuite par elle-même dans la vallée et sur les pentes du Ballon d’Alsace après ses incidents mécaniques dans la dernière étape.

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On avait un peu peur quand elle est arrivée

Je n’ai pas grand chose à dire sur Paris-Roubaix”, expliquait-elle à l’automne 2021 avant de se mesurer à la première édition féminine de l’Enfer du Nord. “Vous devriez plutôt appeler Ellen van Dijk, Chantal van den Broek-Blaak ou Emma Norsgaard…” Quelques jours plus tard, la grimpeuse se fracassait le bassin sur les pavés, confirmant l’incongruité de sa présence sur cette épreuve. Mais l’événement était incontournable à ses yeux : “Je veux qu’on ait les cinq Monuments dans le cyclisme féminin donc il est normal d’être là pour le premier Roubaix.”

Dans le même état d’esprit, son choix de rejoindre la petite structure Movistar en 2021 a surpris. Pour elle, il est “plus intéressant” d’apporter son expérience à une nouvelle formation que de tout écraser avec une super-team. “Elle est devenue un exemple dans l’équipe“, assure le manager Sebastian Unzue, dont la championne a prolongé pour une année supplémentaire, la dernière avant de prendre sa retraite en 2023. “Elle aime partager avec ses équipières, leur transmettre les connaissances qu’elle a acquises au fil des années, soutenir les jeunes filles et elle a aussi changé notre point de vue à Jorge (Sanz, le directeur sportif) et à moi, en tant que manager. Je pense qu’on a tous grandi grâce à elle.

On avait un peu peur quand elle est arrivée“, se souvient la jeune Colombienne Paula Patiño, qui a offert à Van Vleuten un dernier relai avant qu’elle s’envole dans la montée de La Planche des Belles Filles. “Il fallait être à la hauteur pour aider la numéro 1 mondiale !” Ces dernières semaines, Patiño a accompagné Van Vleuten à la conquête des maillots rose et jaune. Et le monde entier a pu observer les démonstrations de force de la Néerlandaise, tout particulièrement avec l’exposition accrue offerte par le Tour.

C’était un moment vraiment particulier de voir Marianne Vos porter le maillot jaune sur ce Tour“, observe Gracie Elvin. “Annemiek van Vleuten est différente, elle est une autre forme d’icône. Marianne est la plus grande de tous les temps, elle a gagné tellement de courses et a été au sommet pendant tant d’années tandis qu’Annemiek est devenue dominatrice ces cinq dernières années. Elle est un modèle pour les grimpeuses et les coureuses par étapes là où Marianne est une modèle pour tous les cyclistes.”

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