Décédé dimanche à 88 ans, Bill Russell est parti, sa légende ne mourra jamais

Décédé dimanche à 88 ans, Bill Russell est parti, sa légende ne mourra jamais

On dit que les légendes sont éternelles. A l’heure du tout numérique, et du tout instantané, certaines ont pourtant tendance à s’affadir plus vite qu’on ne l’imaginait, surtout quand elles remontent à un temps sans écran pour les immortaliser. Bill Russell restera à jamais un des pères fondateurs de la NBA, bien avant qu’elle ne devienne cette ligue internationale et son business florissant aux quatre coins du globe. Sans lui, la balle orange ne serait pas tout à fait ce qu’elle est aujourd’hui. Plus important encore, pas sûr non plus que la société aux Etats-Unis aurait exactement la même allure. Russell nous a quittés à 88 ans dimanche. Mais sa vie en a fait un immortel, à jamais.

Sa carrière de basketteur à elle seule devrait suffire à lui offrir une place confortable dans l’éternité de son sport. Joueur le plus titré de l’histoire des sports collectifs outre-Atlantique avec onze bagues de champion en tant que joueur, meilleur défenseur de l’histoire pour beaucoup, 12 fois All-Star, 22,5 rebonds de moyenne en carrière… La liste de ses accomplissements est sans la moindre faille. Bill Russell était le patron d’une des plus grandes équipes de l’histoire, les Boston Celtics, qui ont fait d’une décennie entière leur propriété quasi exclusive. “Bill était plus qu’un joueur exceptionnel, racontait son ancien coéquipier Bob Cousy en 2009. Il n’avait pas les fondamentaux d’un Wilt Chamberlain ou d’un Kareem Abdul-Jabbar, mais il jouait avec une telle intensité que c’en devenait contagieux. Cela vous donnait des ailes.

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La légende Bill Russell est décédée à l’âge de 88 ans

HIER À 17:31

Sans leur numéro six, c’est tout un système qui s’écroulait tant ses prouesses pour protéger le cercle, à la fois par ses qualités athlétiques que par sa compréhension du jeu, le rendait injouable, et son équipe avec.

Russell, le pionnier

Dans un basket joué alors les deux pieds vissés au sol, le pivot détonne par ses sauts incessants pour contrer, alors que les contres n’étaient à l’époque pas comptabilisés dans les colonnes de statistiques. Son envergure interminable et ses mains démesurées étaient l’exemple suprême de l’intimidation sur un parquet. Et sa bouche finissait le travail. On disait de lui qu’il avait l’habitude d’accueillir ses adversaires d’une réplique bien assaisonnée : “Si tu viens tenter un lay-up face à moi, tu as intérêt d’amener du sel et du poivre parce que tu vas manger un ballon.

C’est qu’il était d’une époque où le talent ne suffisait pas pour se faire sa place parmi les grands. Dans les années 60, l’Amérique sépare encore ses bus en plusieurs parties, les moins enviables pour les Afro-Américains. Comme les autres alors, Russell doit se faire sa place. Surtout dans un Massachusetts “plus blanc que blanc”.

Boston écrase la ligue, mais les Celtics et en particulier Russell n’ont droit qu’à des faveurs mesurées de la part des habitants de la ville. Le TD Garden n’est jamais plein. “Une année, les Celtics ont organisé un sondage pour savoir ce qu’ils pouvaient faire pour attirer les spectateurs et remplir leur salle, raconte-t-il dans le documentaire de NBA TV, Mr. Russell’s House. Plus de 50% des réponses disaient qu’il y avait trop de joueurs noirs dans l’équipe. En fait, dès le premier jour, je me suis dit que je jouerai toujours pour les Celtics, jamais pour Boston.

Fort heureusement pour lui, et pour bien d’autres, les C’s comptent aussi dans leurs rangs Red Auerbach. L’entraîneur à l’indéfectible cigare se moque éperdument de la couleur de peau de ses joueurs. Lui ne voit que des basketteurs et des hommes, pas une carnation. Il fait de Russell la première superstar de la NBA, et donc la première star noire de son sport. Puis le premier entraîneur noir de la ligue en 1966 quand il donne son poste à Russell, alors toujours en activité et en fin de carrière (il gagnera deux titres comme entraîneur-joueur en 1968 et 1969). Une révolution. Sa rivalité avec Wilt Chamberlain, son antagoniste parfait et autre joueur noir, a façonné cette génération. Les affrontements entre ses Celtics et les Lakers de Los Angeles, les deux meilleurs ennemis, ont bâti la NBA toute entière.

Russell, le témoin

De sa carrière jalonnée de trophées en pagaille, le plus important à ses yeux restera un titre de meilleur joueur du All-Star Game 1963 à l’apparence si anecdotique. Le match disputé à Los Angeles avait donné lieu à une bataille quasi géopolitique pour savoir quelle était la capitale du basket entre la californienne et clinquante “Cité des Anges” ou la besogneuse machine à gagner de l’Est Boston.

J’avais invité mon père à venir au match, se remémorait-il dans Mr. Russell’s House. La veille, il m’a dit ‘j’espère que vous allez botter le train à ces gars’. Je lui ai dit qu’on gagnerait ce match et que je ferai tout pour être MVP. Et je l’ai fait. Si on parle de titres, celui-ci est le plus important de ma carrière, parce que j’ai pu tenir ma parole à mon père.” C’était ça Bill Russell, un homme de paroles, oui, mais pour qui les promesses aux autres étaient plus grandes que les accomplissements personnels.

La retraite de Bill Russell, légende parmi les légendes

Crédit: Eurosport

Fervent activiste pour les droits civiques des noirs, ses convictions sans concessions en ont fait un leader social. Il est au premier rang à Washington en 1963 pour écouter Martin Luther King prononcer son “I have a dream”. Il refusa toutefois de monter sur scènes aux côtés du Docteur, considérant que sa place n’était pas celle d’un acteur central de ce moment, mais d’un témoin privilégié.

Il prend part aux actions du NAACP (l’Association nationale pour la promotion des personnes de couleur) à Boston, ce qui lui vaut d’être un peu plus détesté par une frange de la ville, et par le FBI. Il se montre même critique face à la non-violence prônée par King, sans rien enlever au respect qu’il lui porte. “Il faudrait que je sois terriblement stupide pour croire dans ce que l’on connaît comme le ‘rêve américain‘” réagissait-il au discours historique de “MLK”. Et il n’hésite pas à soutenir publiquement Mohammed Ali pour son refus d’intégrer l’armée américaine au moment de la Guerre au Viêt-Nam.

Russell, le passeur

Cet activisme fait de lui un ennemi pour une partie de l’Amérique, parfois même une cible à abattre. Il qualifie Boston de “marché aux puces du racisme” après que des inconnus se sont introduits dans son domicile pour couvrir les murs des pires insanités. Une autre époque, où être un immense sportif ne faisait pas de vous un prophète où que ce soit. Cela ne fera qu’alimenter la force de ses engagements, pour le basket – il crée les premiers camps de jeunes “mixtes”, où des enfants noirs côtoient des blancs – et pour l’ensemble de la société.

Cette relation entre amour et haine avec le grand public avait fini par virer vers la passion pour le joueur et pour l’homme, à mesure que les Etats-Unis et la NBA chassaient petit à petit le fléau de la ségrégation. “Plus que la victoire, la compréhension de Bill pour cette lutte est ce qui illuminait sa vie, explique le communiqué poignant annonçant son décès dimanche. De boycotter un match d’exhibition en 1961 (il refusa d’y participer car un restaurant avait refusé de le servir lui, et ses coéquipiers afro-américains, ndlr), à lever le voile sur une discrimination tolérée trop longtemps, organiser des camps de basket “intégrés” suite à l’assassinat de Medgar Evans, jusqu’à des décennies d’activisme reconnues par la Médaille présidentielle de la liberté en 2010, Bill a pointé du doigt l’injustice avec une sincérité implacable qu’il espérait capable de mettre fin au statu quo.

Une fois le chapitre de sa carrière triple XL clos, Bill Russell mit du temps à revenir sur le devant de la scène. Il refusa son intronisation au Hall of Fame en 1975 puisqu’il considérait anormal d’être le premier joueur noir à recevoir cet honneur, avant de l’accepter 44 ans plus tard, une fois que le panthéon du basket ajouta à ses annales Chuck Cooper, premier Afro-Américain drafté en NBA, en 1950. Il finit par pardonner Boston, qui lui offrit enfin l’acclamation qu’il méritait en 1999 au moment de sa cérémonie de retrait de maillot. La statue du géant trône désormais sur la place de la mairie de la ville. “Bill défendait quelque chose de bien plus grand que le sport : les valeurs d’égalité, de respect et d’inclusion qu’il a inscrites dans l’ADN de notre ligue” rendait hommage Adam Silver, grand patron de la NBA.

Et parce que son amour pour le jeu restait toujours aussi vivace, on le voyait encore de temps à autre au bord des terrains à échanger avec certaines des stars récentes. Comme Kobe Bryant, juste avant le All-Star Game 2008.

“- Quand je regarde tes matches, j’essaie de saisir quelle est l’intention de chaque joueur, et comment elle le porte, dit Russell.

– Moi aussi, mais c’est parce j’ai lu ton livre, s’esclaffa Kobe, alors que Russell faisait résonner son rire aigu reconnaissable entre mille.

– Sérieusement, je ne pourrais pas être plus fier de toi que si tu étais mon propre fils. C’est la vérité.”

La NBA a nommé le titre de meilleur joueur de ses finales en son nom, le Bill Russell Award, symbole du champion ultime. “Nous espérons que chacun d’entre nous trouve les moyens de parler et d’agir à la manière de Bill, sans faire de compromis, avec dignité et une approche toujours constructive“, envisage sa famille ce dimanche. Russell a brisé tant de barrières dans le jeu et en dehors qu’il est et restera un exemple, qui vivra de générations en générations, tant que le basket vivra, et tant que la lutte pour l’égalité dans la société vivra.

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