« Le Trophée des champions est un match qui devrait avoir lieu en France »

« Le Trophée des champions est un match qui devrait avoir lieu en France »

Groupe de supporters historique du FC Nantes, la Brigade Loire a annoncé qu’elle ne se déplacerait pas en Israël pour soutenir son club lors du Trophée des champions ce dimanche contre le PSG. Alors que la LFP a de nouveau délocalisé sa Supercoupe au stade Bloomfield de Tel-Aviv pour promouvoir la Ligue 1 à l’étranger, les Nantais entendent manifester leur désaccord avec une vision mercantile qui laisserait à penser que le traitement des supporters en France serait secondaire. Entretien avec Romain Gaudin, le capo habitué à faire rugir la Beaujoire.


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Pourquoi la Brigade Loire a décidé de boycotter ce Trophée des champions ?
Tout simplement parce que c’est un match qui devrait avoir lieu en France. C’est comme si on jouait une finale de Coupe de France ou un match de championnat à l’étranger pour des raisons commerciales. Depuis 2009, la LFP a fait jouer ce match dans une dizaine de pays sous prétexte de vendre notre Ligue 1 à un nouveau public. Ce n’est pas acceptable quand dans le même temps, les instances nous font la guerre, à nous les supporters, à coups de déclarations et de mesures pour nous éloigner des stades. Dégager le public le plus fervent – qui serait pourtant une vraie plus-value pour notre championnat – pour aller chercher des consommateurs versatiles qui s’en foutent, c’est assez cynique de la part de la Ligue. Par ce communiqué, on voulait expliquer les raisons de notre absence clairement parce que la plupart des groupes ultras français concernés par ces délocalisations sont globalement d’accord, mais ne l’ont pas fait par le passé.

Vous avez eu des nouvelles du Collectif Ultras Paris depuis votre communiqué ?
Non, aucune nouvelle, mais l’année dernière, ils ne s’étaient déjà pas déplacés pour le Trophée des champions à Tel-Aviv [défaite 1-0 du PSG contre Lille, NDLR]. Seulement, il n’y avait pas eu de discours officiel pour dénoncer tout cela.

À quel point le fait que cela soit en Israël, où les symboles politiques sont nombreux, a influencé votre décision ?
Cela aurait été exactement la même chose si le match avait eu lieu en Chine, aux États-Unis ou au Gabon. Pour nous, il n’y avait aucune différence. Certains médias ont repris notre communiqué en sous-entendant qu’on boycottait spécialement parce que c’était Israël. Ça a fait la joie des pro-Palestiniens et on nous a traités d’antisémites… Mais non, il n’y avait aucune arrière-pensée de ce genre derrière notre décision.

« Quand on voit le mal qu’on se donne pour nous écraser, ça nous pose un problème de voir la Ligue se pencher vers des pays qui n’ont rien à foutre de notre foot français. »

Dans votre communiqué, vous dites que les supporters sont considérés comme des « indésirables voire chassés des stades » . Vous avez ressenti une dégradation concrète des conditions d’encadrement dans les stades et sur les déplacements depuis le Covid ?
Le retour au stade après Covid a été chaud. La préfecture avait mis les gros moyens pour nous impressionner. On s’est retrouvés face à la Section d’intervention rapide (SIR) qui s’est sûrement demandé où étaient les 3000 déchaînés qu’elle devait accueillir. On a l’impression qu’ils nous imaginent avec tout un commando… Finalement, ils ont joué leur rôle, donc on ne s’est pas laissés faire face à ces pressions. Mais c’est toujours pareil avec la question des supporters. Ils mettent plus d’énergie à essayer de nous casser les couilles qu’à créer un dialogue pour réduire les tensions. Quand on voit le mal qu’on se donne en France pour nous écraser, ça nous pose un problème de voir la Ligue se pencher vers des pays qui n’ont rien à foutre de notre foot français. On a le sentiment toute l’année de se battre pour faire ce qu’on aime le plus, c’est-à-dire animer les stades. Tout est toujours très compliqué : il y a peu de communication, et je ne parle même pas du sketch pour la Coupe de France à Saint-Denis.

Que s’était-il passé ?
Disons que vu l’organisation de notre finale, on n’a pas été surpris quand on a vu ce qui s’est passé pour celle de la Ligue des champions. Nous, on a dû se débrouiller tout seuls. Pendant des semaines, on a demandé comment on pouvait mettre en place un cortège de 10 000 Nantais parce que c’est quelque chose qui se gère avec les pouvoirs publics. Mais on n’a eu aucune réponse de nos différents interlocuteurs. Du coup, on a pris les devants et on a annoncé notre cortège sans aucun accord. Visiblement, ils ont pris acte du truc, mais quand on s’est pointés, la mairie de Saint-Denis semblait à peine avoir été mise au courant. C’était un bordel sans nom. Honnêtement, vu le manque d’organisation, si on avait voulu que ça parte en couilles comme ils le prétendent parfois, ça aurait été très simple. Les forces de l’ordre, les pouvoirs publics, tout le monde était dépassé.

« En France, on interdit des Dijonnais à Auxerre ou des Rémois à Troyes. Je pense que demain, s’il y a 6000 personnes qui se déplacent pour un match de Ligue 2, ça fait la une du JT de 20 heures tellement c’est improbable. »

Pour en revenir au Trophée des champions, vous dénoncez une vision mercantile du football prônée par la Ligue. Que faudrait-il faire pour restaurer le football pour lequel vous vous battez ?
Déjà, il faudrait ramener le Trophée des champions en France. Ensuite, il faudrait changer la philosophie générale. Dans le foot d’aujourd’hui, il faut faire de l’argent. Mais à un moment, c’est aussi pour donner du plaisir aux gens qui s’abonnent tous les ans. Quand on compare avec d’autres pays, on a le sentiment qu’ailleurs, il y a une vraie volonté d’attirer les gens au stade. En Allemagne par exemple, 6000 mecs de Rostock ont fait le déplacement à Hambourg en deuxième division la semaine dernière. Il y a un monde d’écart. En France, on interdit des Dijonnais à Auxerre ou des Rémois à Troyes. Je pense que demain s’il y a 6000 personnes qui se déplacent pour un match de Ligue 2, ça fait la une du JT de 20 heures tellement c’est improbable.

Cette saison, vous jouez la Ligue Europa avec potentiellement des déplacements en Israël, en Azerbaïdjan ou en Turquie. Vous pourriez boycotter ces déplacements également ?
Aller voir un match de Coupe d’Europe à l’étranger, pas de souci, c’est tout à fait logique. On ne boycottera pas. Que ce soit en Israël ou ailleurs. Partout où on pourra se déplacer en Coupe d’Europe, on ira.

Vous allez quand même regarder le Trophée des champions contre Paris ce dimanche ?
On va regarder ça entre nous, bien sûr. On est habitués à se réunir quand on est interdits de déplacement. Mais très franchement, le fait que ça soit délocalisé ne favorise pas l’engouement. À Nantes, il n’y a pas d’attente particulière pour ce match.

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Propos recueillis par Gabriel Joly


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