Finale de l'Euro féminin Angleterre - Allemagne - Passion, enthousiasme et...une question qui dérange avec les Lionesses

Finale de l’Euro féminin Angleterre – Allemagne – Passion, enthousiasme et…une question qui dérange avec les Lionesses

Ce jeudi, la fan zone du Women’s Euro de 2022, érigée sur Trafalfar Square entre la National Gallery et la colonne de Nelson, affichait déjà complet. Les buvettes – 6€ la bouteille de Heineken, tout de même – y côtoyaient les stands dédiés au football féminin et à des jeux organisés pour les nombreux enfants, fillettes en particulier, qui étaient venus s’offrir un avant-goût de la fête à venir ce dimanche à Wembley. L’engouement des Anglais pour leurs Lionesses est réel, et profond.

A preuve : la veille de la finale, le Times, pourtant un quotidien d’informations générales, avait consacré un encart de huit pages à l’apothéose de l’Euro féminin, contre une seulement au Community Shield qui se jouait le jour même entre Manchester City et Liverpool au King Power Stadium de Leicester. La place d’honneur revenait à la sélectionneuse – néerlandaise – Sarina Weigman, à la capitaine Leah Williamson et à ses coéquipières, pas à Jürgen Klopp et à Pep Guardiola. La Premier League attendrait.

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Les écrans électroniques des abribus disposés autour de la fameuse place affichaient des photos de Lucy Bronze entre deux publicités pour des sodas ou des jeux vidéo. Un peu plus loin, King’s College venait d’accueillir un ‘Sommet de l’égalité’ qui, pendant deux jours, avait rassemblé des dirigeantes du football féminin anglais et international.

Cette poussée de fièvre est évidemment attisée par le réel espoir de voir enfin une équipe anglaise seniors mettre fin à la quête d’un premier titre majeur depuis 1966, un espoir d’autant plus vif que la victoire en demi finale sur la Suède – l’une des grandes favorites de la compétition -, dans un stade de Bramall Lane chauffé à blanc, blanc comme le maillot des Lionesses, avait pris tout le monde de court par son ampleur – 4-0 ! – et par la manière dont elle avait été acquise. Ah, cette talonnade-petit-pont d’Alessia Russo sur la pauvre Hedvig Lindahl…un candidat au prix Puskas, a décidé Twitter. Et voilà qu’on entend à nouveau le Football’s Coming Home des Lightning Seeds.

Alessia Russo

Crédit: Getty Images

Une publicité qui ne dit pas tout

Ce n’est pourtant pas la première fois que les Anglaises vont disputer une finale d’Euro. Celle-ci sera leur troisième, après celle de 1984, perdue aux tirs au but (certaines traditions anglaises transcendent les sexes) face à la Suède, et celle de 2009, dans laquelle elles avaient été balayées 2-6 par…l’Allemagne. Mais ni l’un ni l’autre de ces matches n’avaient suscité un intérêt et une passion qu’on puisse seulement comparer avec ce que l’on vit depuis le début de ce tournoi.

Le fait qu’il se déroule “at home” n’explique pas tout. En 2005, déjà, l’Angleterre avait aussi accueilli l’Euro féminin, mais dans une indifférence presque totale. La Women’s Super League (WSL), qui regroupe aujourd’hui les douze clubs de l’élite, tous professionnels (*), n’a été créée par la FA qu’en 2011, et ce n’est qu’en 2018 que l’affluence moyenne de la compétition a dépassé les mille. Mais la courbe de ces affluences ne cesse de monter.

Elle atteignit 1 850 la saison passée (*), et son potentiel de croissance est une évidence, ce qui explique pourquoi des équipes féminines associées à des clubs de Premier League comme Manchester City et Chelsea ont désormais des budgets se chiffrant en millions d’euros, quand la majorité des clubs fondateurs de la WSL avaient un statut amateur. Quand un match entre les féminines de Tottenham et d’Arsenal peut attirer plus de 38 000 spectateurs au Tottenham Stadium en 2019, on a le droit de penser que le football féminin anglais a déjà gagné.

C’est aussi Google qui a volé au secours de la victoire, achetant une pleine page de publicité dans le Guardian et dans quelques autres quotidiens du samedi. “Careful, these Lionesses have byte“. Le jeu de mots est épouvantable. “Have bite”, avec un ‘i’, c’est : ‘Savent mordre’. Mais ‘byte’ : avec un ‘y’, c’est ‘octet’. On mettra cela sur le compte de l’enthousiasme. On s’arrêtera plutôt sur ce qui n’est pas qu’un détail : la photo qui illustrait cette publicité.

C’est que l’une des trois joueuses qui y figuraient était noire : Nikita Parris, attaquante d’Arsenal et ancienne de l’OL. Or Parris, qui fait bien partie du squad de Sarina Wiegman, n’a joué que quatre minutes de la prolongation contre l’Espagne, en quart de finale. Les deux autres joueuses noires des Lionesses, Jess Carter et Demi Stokes, n’ont pas été davantage mises à contribution. La première a joué un quart d’heure contre l’Irlande du Nord en phase de groupe, quand l’Angleterre menait déjà 4-0.

La seconde est restée sur le banc lors des cinq matches disputés par la sélection anglaise. Google, souhaitant demeurer fidèle à son message d’inclusivité et de diversité, avait choisi une photo prise avant le tournoi, et ainsi sacrifié l’exactitude sur l’autel de sa ‘philosophie’ d’entreprise et de relations publiques, alors que les Lionesses sont une équipe dont l’homogénéité ethnique et raciale a fait et continue de faire l’objet d’un débat qui n’est pas réservé aux seuls activistes de la diversité en Angleterre. Loin de là.

Le débat sur la diversité bat son plein

La BBC avait abordé le sujet l’an passé, et l’a de nouveau fait durant ce tournoi, lorsque sa présentatrice Eilidh Barbour dit à l’antenne, au terme de la victoire 8-0 des Anglaises sur la Norvège : “Les onze joueuses qui étaient titulaires et les cinq qui sont entrées en jeu étaient toutes blanches; et cela indique un manque de diversité dans le football féminin en Angleterre“. Barbour ne faisait que constater ce qu’elle – et tous les autres – avaient vu de leurs propres yeux, et qui n’était pas un accident. Cela n’empêcha pas la BBC de recevoir 200 plaintes de téléspectateurs s’indignant du caractère ‘raciste’ de ses propos.

Le sujet a aussi été évoqué dans la presse, et pas seulement dans celle qu’on qualifierait de ‘progressiste’. Le Times, par exemple, a comparé la proportion de joueurs provenant de minorités ethniques dans la sélection de Gareth Southgate – 11 sur 26 pour l’Euro 2020 – à ce qu’on observe dans le squad de Sarina Wiegman. Comment expliquer une telle différence ? Et comment la justifier ?

L’ancienne internationale anglaise Anita Asante, qui représenta aussi la Grande-Bretagne aux JO de 2012, parlait pour beaucoup lorsqu’elle écrivit il y a deux semaines dans le Guardian : “Il est légitime de questionner la ‘blancheur’ de l’équipe d’Angleterre. Le faire ne devrait pas être considéré comme une critique d’une très bonne équipe ou d’un très bon manager, Sarina Wiegman, mais d’une admission que la visibilité a de l’importance. Les filles qui ne voient personne qui leur ressemble [en sélection anglaise] manquent d’héroïnes à imiter, et ça, ça compte“.

En Angleterre, les Bleues sont un modèle

Asante n’était pas la seule à comparer la composition ethnique des Lionesses à celle d’un autre demi-finaliste – la France, dont la diversité est souvent évoquée à titre de contre-exemple. Hannah Baptiste, une ancienne internationale anglaise U16 qui porte aujourd’hui le maillot de la Guyane, déclarait ainsi à The Athletic : “Je regarde et je supporte l’Angleterre, mais j’aime l’équipe de France. Elle est belle. Elle est ce à quoi le football devrait ressembler. Pourquoi est-ce que la France est capable de faire les choses bien, pourquoi pas nous, qui sommes un pays si divers ?

Entendons-nous. En Angleterre, personne, absolument personne n’accuse la FA ou la sélectionneuse Sarina Wiegman de faire preuve de pratiques discriminatoires. De fait, l’une et l’autre acceptent que le problème est réel, et que ses racines sont systémiques : les fillettes et jeunes filles issues de minorités ethniques manquent tout simplement de voies à suivre lorsqu’elles veulent faire l’apprentissage du football de compétition.

A la différence de ce qu’on observe dans le football masculin, le réseau de centres d’excellence de la FA et d’académies de clubs est ainsi structuré que beaucoup des centres urbains et des régions les plus diverses, ethniquement parlant, n’offrent pas encore suffisamment de points de chute à ces jeunes filles qui sont prêtes à tenter leur chance dans le football. Pour elles, suivre son rêve signifie donc souvent faire le pari de quitter sa ville et sa région – pour autant qu’on en aie les moyens.

C’est un choix que beaucoup ne peuvent tout simplement pas faire. Wiegman, Williamson et les autres ne sont pour rien dans ce qui est bien un échec. De fait, la vague d’enthousiasme qui les porte en ce moment contribue à ce qu’on parle d’une réalité que tous s’accordent à vouloir corriger. Ce match-là sera long.

(*) Ce championnat regroupe désormais presque exclusivement les équipes féminines affiliées aux clubs masculins de Premier League, la seule exception étant Reading FC, club de Championship.

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Crédit: Getty Images

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