Euro 2022 : Une finale tout sauf banale

Euro 2022 : Une finale tout sauf banale

Angleterre-Allemagne, un classique parmi les classiques du football international. Treize ans après la finale de l’Euro 2009 remportée par la Frauen-Nationalmannschaft aux dépens des Three Lionesses, les deux nations se retrouvent à Wembley ce dimanche (18h) pour tenter de décrocher la couronne européenne. Coup de bol, il s’agit-là des deux meilleures équipes du tournoi, de quoi promettre une rencontre de haut vol, ainsi que pas mal de belles perspectives d’avenir pour la discipline.


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On connaît la chanson : le football est un sport qui se joue à onze et à la fin, bla bla bla. En conférence d’avant-match, certains journalistes anglais ressassaient jusqu’à l’écœurement le souvenir de la finale du Mondial 1966 remporté par Geoff Hurst et sa bande contre la RFA avec, en sous-texte, la question de savoir si ce moment unique dans l’histoire du sport anglais jouait un rôle symbolique sur les 22 actrices de la finale de ce dimanche. Côté allemand, Martina Voss-Tecklenburg répondait poliment oui, sans plus, tout en rappelant qu’elle était née en 1967 et n’avait donc pas vécu le match en question autrement qu’à travers des images d’archives. « Pour les médias, c’est un classique, confirmait l’attaquante Svenja Huth. Mais nous les joueuses, nous ne sommes pas concentrées sur le passé. Nous voulons juste gagner ce Championnat d’Europe. » Fait amusant, une heure plus tard, la capitaine anglaise Leah Williamson répondait exactement la même chose.

Une manière déguisée de souligner le côté un peu silly de cette comparaison hors d’âge, d’autant plus que chez les femmes, l’Angleterre et l’Allemagne ont un contentieux bien plus récent : en 2009, les secondes ont tapé les premières en finale de l’Euro finlandais (2-6), remportant ainsi leur septième couronne continentale. Dix ans plus tard, lors d’un amical disputé à Wembley, les Allemandes remettaient ça grâce à un but victorieux de Klara Bühl dans les toutes dernières secondes et ce devant 77 768 spectateurs. C’était alors un record d’affluence pour un match féminin et – presque – sans surprise, il sera battu ce dimanche : 87 000 personnes sont attendues dans le temple du football anglais qui sera complètement sold-out. Au marché noir, les places s’arrachent pour pas moins de 1625 livres sterling et Georgia Stanway a même dû éconduire certains joueurs de la sélection masculine qui tentaient de gratter un précieux sésame : « Je leur ai répondu : désolé les mecs, on joue à guichets fermés ! » , se marrait la milieue de terrain en conférence de presse.

Voir Wembley et sourire

Cette finale entre les deux meilleures écuries de l’Euro 2022 aura donc un petit parfum de revanche. Avec, croit savoir Martina Voss-Tecklenburg, une pression qui sera « sur les épaules des Anglaises » , eu égard aux attentes liées au fait de disputer un tournoi à domicile, surtout un an après l’échec des garçons face à l’Italie. La sélectionneuse des Three Lionesses Sarina Wiegman, qui est au passage à 90 minutes de réaliser un back-to-back historique, estime que le public se déplacera pour supporter « une seule Angleterre » , sans s’arrêter aux considérations de genre. Kelly Smith, qui menait le front de l’attaque anglaise lors de la finale de 2009, confiait récemment au Guardian, qu’elle n’aurait « jamais pensé voir de toute [s]a vie la nation tomber amoureuse des Lionnes. À l’époque où je jouais, personne n’était au courant qu’il y avait un Euro féminin puisqu’il n’était pas diffusé à la télé avant les demies et cette année-là, les gens nous ont vu perdre en finale. Maintenant, on connaît le parcours de chaque joueuse dès le match d’ouverture ! » Dont celui de la virevoltante Georgia Stanway qui, pour résumer l’état d’esprit de son équipe, racontait la phrase la plus marquante de son tournoi : « Sarina (Wiegman) nous a dit de jouer pour les petites filles qui rêveraient d’enfiler nos chaussures. »

L’ambiance risque donc d’être émotionnelle puisque d’un côté comme de l’autre, aucune joueuse n’a jamais disputé un match aussi important dans des conditions aussi dantesques. « Pour nous, ce sera quelque chose de nouveau, mais ce qui se passe dans ce genre de tournoi, c’est qu’on grandit match après match, analysait Leah Williamson. L’opportunité qui m’a été donnée d’être la capitaine de cette équipe tout au long de la compétition m’a donné de la confiance et je pense que demain (dimanche) je serai prête pour affronter n’importe quelle émotion à laquelle nous devrons faire face. » Il faudra donc commencer par affronter la confiance qui habite l’Allemagne, pas forcément favorite depuis un mois, mais qui s’est depuis affirmée comme un rouleau compresseur sur le terrain : « Nous n’avons pas prévu de perdre, a résumé Martina Voss-Tecklenburg. Je pense qu’au coup d’envoi, Wembley sera anglais, mais ce serait bien s’il pouvait nous appartenir au coup de sifflet final. »

Le combat continue

En attendant, Allemandes et Anglaises s’accordent à dire que le succès populaire de cet Euro (570 000 personnes auront assisté aux 31 rencontres) doit perdurer après la soirée du dimanche 31 juillet et ce, peu importe qui soulèvera le trophée, que ce soit l’Angleterre, pour sa grande première, ou l’Allemagne, pour sa grande neuvième, ce qui, dans les deux cas, sera forcément un peu historique. « On remarque qu’il y a un engouement en Allemagne autour de notre équipe actuellement, nous voulons faire en sorte qu’il se poursuive au-delà de cet Euro. Nous voulons attirer de plus en plus de monde dans les stades, et convaincre des joueuses de se lancer » , affirme la vice-capitaine allemande Svenja Huth, de concert avec sa sélectionneuse : « On ne gagnera vraiment que si notre victoire est durable. Quelque chose doit continuer. Cet Euro doit être une opportunité pour tous les pays de franchir un cap. Et si ce n’est pas maintenant, alors quand cela arrivera-t-il ? »

De son côté, Leah Williamson apportait de l’eau au moulin de ses futures adversaires, avec lesquelles elle partage une cause commune : « Ce tournoi n’a pas seulement transformé le football féminin, mais bien la société en général. Demain, ce ne sera pas la fin d’un voyage, mais le début d’un nouveau. De mon côté, je n’ai été engagée que sur un seul lieu de travail, le terrain, mais je crois que dans le monde, il reste aux femmes de nombreux combats à mener et à remporter. » En résumé, la « fête du football » que prédisait Martina Voss-Tecklenburg n’a jamais été aussi proche de se réaliser. Et si sur le rectangle vert tout le monde s’accorde à dire qu’elle sera belle et qu’il est impératif qu’elle laisse une trace à l’avenir, il ne faudra cependant pas oublier que l’histoire ne retient que les vainqueurs et que le trophée de la Coupe d’Europe, contrairement aux valeurs communes, ne se partage pas.

Quand Lena plus, Lena encore

Par Julien Duez, à Londres

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