Wilson Isidor : «je suis au Lokomotiv Moscou pour le football, je suis en mission»

Wilson Isidor : «je suis au Lokomotiv Moscou pour le football, je suis en mission»

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Foot Mercato : bonjour Wilson, ce samedi tu affrontes le Zenit Saint-Petersbourg pour le compte de la 3e journée. Un match très important vu que le Lokomotiv Moscou affiche deux matches nuls pour le moment (1-1 contre Paris NN et 2-2 contre Rostov). Cela peut servir de détonateur pour ton équipe ?

Wilson Isidor : je pense que tous les matches sont très importants, peu importe l’adversaire. C’est toujours une vraie belle affiche de jouer contre le Zenit surtout dans leur stade (Krestovski ndlr) qui est magnifique. Ça va être un très bon match. On a les armes pour les déstabiliser. On a une bonne équipe motivée pour les battre là-bas. On est encore en rodage. On a perdu des points très bêtement. Je pense que si on gagne ça peut nous lancer sur une bonne dynamique. On sait que ça va être compliqué, mais si on met de la volonté et de la détermination, je pense qu’on peut chercher quelque chose.

FM : le Lokomotiv Moscou est un club qui a pas mal évolué au cours des dernières années. Ralf Rangnick y a lancé un projet avant de partir pour Manchester United. Comment as-tu vécu le fait d’arriver dans un club qui devait retrouver des repères ?

WI : depuis que je suis arrivé, il y a eu certes quelques recrues et quelques départs, mais ça n’a pas non plus autant bougé je trouve. Je pense que l’équipe s’est bien renforcée surtout dans les secteurs où on avait le plus besoin. On a les armes pour viser le top…

FM : et viser le top cela correspond à quoi ? Le titre, un podium ou pas de limite particulière ?

WI : on veut aller chercher soit la première ou la deuxième place. On en est capable et on a les armes pour le faire. J’aimerais leur donner un titre (aux fans ndlr) pour les remercier de leur soutien. Ça va être très dur, mais je travaille pour ça.

«J’ai été rapidement acclimaté et intégré dans le groupe. Je me suis senti bien directement.»

FM : à la base tu jouais à Monaco et l’hiver dernier le Lokomotiv Moscou est arrivé, comment as-tu perçu leur approche ?

WI : quand on m’a dit que le Lokomotiv voulait m’approcher, je me suis dit “non, non, non, j’ai pas envie d’aller en Russie.” J’avais envie de signer en France, dans mon pays. Finalement, cela ne s’est pas fait en France avec un club de Ligue 1 qui était Angers et j’ai rouvert les négociations avec le Lokomotiv. Là j’ai vraiment discuté avec eux en profondeur et ils m’ont proposé un projet intéressant. Ils misent beaucoup sur les jeunes, car c’est Ralf Rangnick qui est à l’origine du projet. Ce qui m’a aussi poussé à venir c’est qu’il y avait Alexis Beka Beka. De savoir que je ne serais pas le seul français, ça a aidé.

FM : et François Kamano qui est l’autre francophone de l’effectif, tu lui parles souvent à lui aussi ?

WI : oui on se parle beaucoup, il est super gentil. Il est un peu timide, mais c’est un super mec. On parle beaucoup de ce qu’on a vécu en France.

FM : le fait d’aller en Russie aussi jeune, tu n’as pas eu trop de doute sur ton exposition ?

WI : en termes d’exposition, en France oui c’est vrai que le championnat russe est peu regardé. Mais en Allemagne, en Angleterre ou même en Italie, ils regardent plus la Russie qu’en France. Je voulais du temps de jeu. Je suis jeune et pour lancer sa carrière il faut jouer. Je ne pouvais plus me contenter d’être dans un groupe professionnel, faire les entraînements et quelques petites apparitions. Ce n’est pas parfait pour lancer sa carrière. C’est pour ça qu’il fallait que je me lance. Ça s’est fait en Russie et j’en suis vraiment très content. J’espère que ça va continuer. Je suis très content de ce choix.

FM : quand tu arrives en Russie en plus l’acclimatation est express. Tu arrives pourtant en même temps qu’un autre buteur (Jan Kuchta arrivé du Slavia Prague ndlr) donc on se dit qu’il va y avoir une concurrence. Au final tu t’est très vite imposé comme indiscutable avec six matches de suite où tu marques !

WI : quand je suis arrivé, les Russes m’ont permis de très vite me sentir très à l’aise. J’ai été rapidement acclimaté et intégré dans le groupe. Je me suis senti bien directement. Ils m’ont fait comprendre que j’allais avoir les clefs de l’équipe afin d’aider à les faire gagner des matches. Ça m’a donné un boost de confiance. Je suis quelqu’un qui marche beaucoup à la confiance donc je ne pouvais pas rêver mieux et je pense que c’est bien parti. J’étais seul chez moi, je pouvais me concentrer uniquement sur le football. Certes Moscou reste une capitale incroyable où on peut faire plein de choses, mais je suis en mission ici. Je n’ai pas le temps de m’éparpiller. Je reste pas mal chez moi, je fais très attention à ma récupération et je pense que c’est ça aussi qui a fait que je performe aussi.

«le PSG a réussi à perdre des championnats alors pourquoi le Zenit n’en perdrait pas ?»

FM : l’hiver dernier tu exploses et il y a aussi d’autres joueurs qui ont amené de l’engouement comme Yusuf Yazici et Jorge Carrascal au CSKA Moscou. Est-ce que tu as senti une effervescence au niveau du championnat russe sur cette période ?

WI : vraiment je ne m’attendais pas à ça (sourire). Je ne savais pas que les Russes plaçaient le football aussi haut. Je vis dans l’une des plus grandes capitales et les gens me reconnaissent donc ça fait plaisir. Il y a plusieurs clubs à Moscou avec le Lokomotiv, le Spartak, le Dynamo et le CSKA, mais aussi le Torpedo notre rival historique qui vient de monter.

FM : tu as aussi pu voir des infrastructures impressionnantes avec des stades modernes à l’instar de ceux qui ont été utilisés au Mondial 2018 …

WI : c’est fou ! Il y a des stades vraiment magnifiques ! Celui de Krasnodar il est incroyable, celui de l’équipe nationale Luzhniki, celui du Zenit, on est aussi allé à Rostov, les stades sont sublimes. Ceux du Spartak et du Dynamo ont été rénovés récemment aussi. Je me régale de jouer dans des stades comme ça. On est là pour rendre contents nos fans et offrir de belles émotions.

FM : ton coach est l’Allemand Josef Zinnbauer, au niveau des principes de jeu, est-ce que tu as découvert des choses nouvelles par rapport à la France ?

WI : non pas vraiment, car j’étais à Monaco avec le coach Kovac donc je n’ai pas trop vu de changement avec le style “à l’allemande” qu’on a, mais c’est sûr que le championnat russe à des différences avec la France. Cela reste beaucoup dans le contre pressing, c’est très physique, on travaille beaucoup. On a de bons coachs proches de l’humain et j’ai de la chance que le coach parle français. Ils sont gentils et ont soudé le groupe autour d’eux. Quand on a ça, on a la base pour faire de belles choses.

FM : au niveau de la course pour le titre, le Zenit a un peu plus d’arguments, mais derrière cela s’annonce ouvert avec le CSKA Moscou, le Dynamo Moscou ou encore le Lokomotiv Moscou. Comment juges-tu cette course au titre ?

WI : oui le Zenit est un peu plus haut, mais après le PSG a réussi à perdre des championnats alors pourquoi le Zenit n’en perdrait pas ? On est la dernière équipe à avoir gagné le championnat avant eux (2018) donc on a vraiment envie d’aller les chercher. Et même à titre personnel je n’ai qu’une envie c’est de les battre pour la fierté et pour gagner un titre afin de rendre heureux les supporters. Après on n’est pas à l’abri de perdre 3-0 là-bas (rires), car ils sont très forts. Surtout chez eux, ils sont très fort. Les Brésiliens (Malcom, Claudinho, Wendel, Douglas Santos …) qu’ils ont sont vraiment forts.

FM : est-ce qu’il y a des joueurs qui t’ont tapé dans l’œil en Russie ?

WI : ah oui, il y en a. Je pense à un joueur de Krasnodar Eduard Spertsyan, l’Arménien. Il est vraiment très fort. Il y a les stars comme Quincy Promes, Malcom, Jorge Carrascal qui sont excellents. Il y a des joueurs que je connaissais pas qui sont très bons également. Ce week-end on a joué contre Rostov et il y a Dimitri Poloz qui est fort. Il y a Christian Noboa aussi, il est super fort, il joue en marchant, il est gros, il est vieux, mais qu’est-ce qu’il est fort ! Il y a Arsen Zakharyan aussi, on a joué contre eux l’année dernière, il nous a mis un but de 25 mètres. Il y a beaucoup de joueurs intéressants mais le championnat est peu connu en France à part ceux qui sont vraiment fans.

«Il me fallait la stabilité, la confiance et le club me l’a apporté !»

FM : est-ce que l’intensité du championnat est un peu plus faible ?

WI : oui et non. Si tu joues contre le Zenit clairement pas, ils sont vraiment impressionnants. Le championnat manque d’homogénéité, je pense. C’est un peu coupé en deux avec environ 8 équipes qui sont au-dessus du lot et que tu sais qu’ils seront hauts à la fin de la saison. En bas de tableau, il y a des équipes qui se battent plus avec leurs armes. Il y a des équipes difficiles à jouer comme l’Akhmat Grozny qui évolue en Tchétchénie, il y a Rostov ou Khimki, quand tu vas dans leur stade c’est compliqué. Ils ont accroché le Zenit en plus Khimki (1-1 ndlr).

FM : qu’est-ce que tu envisages pour la suite ?

WI : je ne me suis pas fixé d’objectif individuel. Le but c’est plus de gagner la Coupe ou le Championnat. Si je me focalise sur les chiffres, ça va me desservir. Il faut que je continue. Je me sens encore mieux préparé mentalement que la saison dernière. Ça m’a aussi fait prendre en maturité assez rapidement. Quitter son pays aussi jeune, vivre sans mes parents, ça joue beaucoup. Il y avait Beka Beka heureusement, mais il part vers Nice du coup. Ça m’a vraiment apporté que du bien cette expérience.

FM : quand tu vois Alexis Beka Beka partir à Nice, ça te permet aussi de te dire que la porte est grande ouverte pour un retour ?

WI : bien sûr, je le savais déjà après, car vu mes prestations de la saison dernière, j’avais reçu des propositions forcément. Mais là je suis très content pour lui et ça montre que malgré une situation politique compliquée, le championnat reste compétitif et permet toujours de rentrer en Europe.

FM : et tu n’as pas hésité à rester cet été ?

WI : non non, je vais jouer le titre et essayer de gagner quelque chose avec le Lokomotiv. Là c’est le mercato, le téléphone de mes agents sonne, je n’ai pas de doute et je veux faire ma saison au Lokomotiv. Il me fallait la stabilité, la confiance et le club me l’a apporté. Je me sens bien.

«A Bastia, si je me ratais, c’était fini pour moi»

FM : tu as gagné pas mal de maturité en Russie, mais à Monaco tu as dû faire deux prêts, un compliqué à Laval et un autre réussi à Bastia Borgo. Ce dernier en Corse a été très important pour toi, car il a lancé les choses…

WI : à Laval j’ai fini en N3, le coach ne me faisait pas confiance, il fallait que je me relance. C’était très compliqué, ensuite je n’ai pas hésité de rejoindre Bastia Borgo. Je ne peux que les remercier, car ils ont vraiment lancé ma carrière. J’avais le couteau entre les dents. Si je me ratais, c’était fini pour moi. J’ai joué la saison en me disant que j’étais en mission et ça s’est bien passé.

FM : cette pression tu t’en sers comme quelque chose qui te galvanise au final ?

WI : depuis que je suis petit, les gens parlent beaucoup de moi en mal. J’en ai fait une force. Quand les gens parlent mal de moi sans me connaître et sans connaître ma situation, ce n’est pas agréable et ça fait mal. Mais je ne réponds pas, je veux m’en servir comme une force et vivre avec. C’est là que le mental se crée.

FM : tu as été international jusqu’aux U20, est-ce que tu as des discussions avec le sélectionneur Sylvain Ripoll ?

WI : oui j’ai été présélectionné avec les Espoirs en vue des qualifications pour l’Euro en juin. Je n’ai pas été pris, il a fait un choix. C’était bien (d’être présélectionné ndlr) et ça m’a fait plaisir d’apprendre que j’étais dans ses plans.

FM : l’Euro Espoirs 2023 peut d’ailleurs être un bon objectif …

WI : c’est dans un coin de ma tête évidemment. Après je ne vais pas jouer mes matches au quotidien en me fixant cet objectif. Si je travaille bien et que ça arrive, ce sera ma récompense.

FM : comment vois-tu la suite le jour où tu partiras de Russie ?

WI : je pense que ça peut être ma dernière saison. C’est un tremplin, c’est le projet que le club m’a proposé. C’est un projet Rangnick. Pour Alexis (Beka Beka ndlr) ils avaient la possibilité de le vendre et ils n’ont pas hésité. Ils ont commencé les discussions avant-hier (mardi ndlr) et hier (mercredi ndlr) c’était bouclé, ça s’est fait très vite. Même lui était surpris de la rapidité des négociations.

FM : le départ d’Alexis Beka Beka doit te faire quelque chose …

WI : c’est vrai qu’on se voyait beaucoup à l’entraînement ou en dehors. On était voisin, ça met un coup derrière la tête. Après je suis surtout là pour le football, je suis en mission.

«Ce qui m’intéresse dans le football ce n’est pas de gagner de l’argent, c’est de disputer de grands matches.»

FM : tu répètes souvent ce mot : mission. Pour quelle raison ?

WI : c’est vrai, dans ma tête je le vois comme ça. J’étais à Bastia, j’étais en mission, car je n’avais pas le choix. Ce qui m’intéresse dans le football ce n’est pas de gagner de l’argent, c’est de disputer de grands matches. De jouer dans des grands clubs, dans des grands stades, ce n’est pas l’argent. À la base, ce qui m’a fait mal au cœur c’est que les gens m’ont dit que j’allais en Russie pour l’argent. Si je montre mon contrat en Russie et celui que Monaco me proposait pour prolonger c’est le même. J’ai signé un contrat où je peux jouer beaucoup c’est ça la différence.

FM : est-ce qu’il y a un championnat en particulier qui t’attire pour la suite ?

WI : la Bundesliga, la Serie A et la Premier League me plaisent, mais surtout la Ligue 1, je veux performer dans mon pays. C’est vrai que revenir en France et montrer ce que je peux faire, j’aimerais vraiment. Après ce ne sera pas une obligation ni une obstination.

FM : comment tu as accueilli ce changement de lieu de vie en Russie et comment as-tu vécu le bouleversement des derniers mois suite au contexte politique ?

WI : ici on vit très bien, normalement. Par rapport à la politique, je suis là pour faire du football. Mes parents savent que je suis là pour le travail, que je vais bien et ils sont venus pour me voir. Je suis à Moscou, c’est une très belle ville. J’ai découvert la nourriture et les lieux touristiques. J’avais des à priori sur une certaine froideur des Russes en arrivant, mais au final pas du tout, c’est de la timidité. Ils sont très timides, mais en parallèle ils sont très gentils. Ils t’aident, ils ne te jugent pas, ils sont vraiment sympathiques.

FM : quelles sont tes inspirations dans le football ?

WI : quand j’étais petit, je me suis inspiré de Thierry Henry. Plus le temps a passé et plus j’ai cherché à m’identifier à des joueurs dont le profil se rapprochait du mien comme Pierre-Emerick Aubameyang. Quand j’étais petit, vu que je suis Rennais de base, j’étais fan de Jimmy Briand. Il était trop fort à Rennes. J’aimais beaucoup Samuel Eto’o, son association avec Henry au Barça, c’était quelque chose.

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