Tour de France femmes 2022 : comment les équipementiers s'adaptent au peloton féminin

Tour de France femmes 2022 : comment les équipementiers s’adaptent au peloton féminin

Dans le paddock des équipes du Tour de France femmes, une couleur domine : le rose. SD Worx, Le Col-Wahoo, EF Education, UAE Emirates… Plusieurs équipes le déclinent sur leur maillot. Comme quoi les clichés ont encore la cote à l’heure de dessiner les équipements pour les cyclistes féminines. “La première chose que nous demandent les coureuses, c’est de ne pas avoir des choses trop girly pourtant”, s’étonne Dorian Tabeau, responsable marketing de Lapierre, partenaire de la FDJ-Suez-Futuroscope. Il regrette que ces préjugés aient la peau dure : “Les choses sont encore trop sexuées”.

Présente dans le peloton féminin depuis six ans (également chez les hommes avec la Groupama-FDJ), la marque française fait partie de celles qui ont pris le virage des gammes unisexes. “À l’oeil nu, vous ne verrez pas de différence entre le vélo de David Gaudu, et celui de Marta Cavalli. C’est une volonté”, assure Dorian Tabeau. Il ajoute : “Ça fait quatre ans qu’on ne fait plus de vélo avec une géométrie supposée féminine. En discutant avec les coureuses, on a compris que ça n’apportait rien, que ça dévalorisait presque leurs performances.”

Sur les vélos Lapierre, les cadres sont donc unisexes. En dehors des selles, seule la taille varie pour une simple et bonne raison : les coureuses sont en général bien plus petites que les coureurs. Mais cette façon de penser n’a pas encore pris le dessus dans le paddock des équipes du Tour de France femmes, même si d’autres équipementiers comme Cannondale la partagent. “Le marché du cyclisme féminin a dix ans de retard, il émerge, il se cherche, et connaît encore mal ses consommatrices. On a beaucoup à apprendre, mais pour nous, la voie c’est le matériel unisexe”, éclaire Dorian Tabeau.

Cette conclusion, l’équipementier tricolore la tire de ses six années de partenariat avec la FDJ-Suez-Futuroscope, et d’échanges permanents avec le staff et les coureuses. “Aujourd’hui, on sait ce que veulent les filles. On se préoccupe maintenant quasiment que de la technique, l’esthétique c’est réglé“, affirme le responsable marketing. Lapierre a d’ailleurs dévoilé en début de Tour un vélo spécial, imaginé par les coureuses, avec des références aux huits étapes de la Grande Boucle.

Entre concevoir un vélo au goût des coureuses, et tomber dans les clichés sexistes, la ligne est alors très fine. “Pour les éviter, on chasse d’abord les préjugés, notamment coloriels. On embauche aussi des femmes, dans un milieu encore trop masculin, assure Dorian Tabeau. C’est un jeu d’équilibre parce qu’on reste dans un univers masculin, et d’un autre côté, on ne veut pas passer pour des opportunistes sur le marché féminin.”

À ce titre, le Tour de France femmes doit accélérer le processus. Derrière ce discours, il existe pourtant des différences réelles entre le vélo de David Gaudu et celui de Marta Cavalli. Dorian Tabeau lève le voile sur ce qui ne se voit pas à l’œil nu : “La grosse différence, c’est le relationnel entre le comportement du vélo, son poids et le niveau de rigidité. Il faut trouver un bon compromis, parce que les coureuses sont moins lourdes”. Même si au final, l’ajout de composants (dérailleurs, chaînes, bidons…) rend le poids sensiblement égal. 

Voilà pour la monture, mais qu’en est-il des tenues ? Responsable de la marque Ekoi, qui habille les équipes Arkea, Saint-Michel Auber 93 et Cofidis, Pietro Cicoria reconnaît que ses équipes cherchent à “apporter une touche féminine au monde du cyclisme”, sans tomber dans les travers du rose à tout-va. “D’abord, on équipe systématiquement les équipes masculines et féminines de nos partenaires. C’est naturel”, reconnaît-il.

Depuis deux ans, la marque Ekoi a mis en place un service dédié au peloton féminin, avec ses collections propres. “On a fait venir quelqu’un qui n’est pas issu du monde du vélo, mais de la mode, qui travaille avec nos coureuses. Le but, c’est que ce qui plaît aux professionnelles soit demain disponible à toutes”, promet Pietro Cicoria. 

Avec ses maillots flashys, portés également par les hommes, l'équipe EF Education - Tibco - SVB détonne dans le peloton féminin.  (MATTHIEU MIRVILLE / MATTHIEU MIRVILLE)

Evidemment, les tricots féminins sont taillés différemment, pour s’adapter à la morphologie d’une femme. “On améliore tout cela en continu grâce à leurs retours”, apprécie Pietro Cicoria. Un exemple ? Les casques. “On a adapté le serrage à l’arrière du casque en laissant l’espace pour faire passer les cheveux longs, nos ingénieurs ont travaillé là-dessus à la demande des coureuses”. Même cas de figure pour les brassières, pensées de sorte que les coureuses puissent courir le maillot ouvert, sans trop se dévoiler.

“Le vélo est très associé aux hommes culturellement, mais ça doit changer et ça change. Il faut s’adapter quand c’est nécessaire, mais sinon faire le moins de différences possibles. Un cycliste, qu’il soit homme ou femme, est un cycliste”, conclut Pietro Cicoria. “C’est un challenge parfois pas simple, mais il faut le faire. Le vélo a pris du retard, il doit le rattraper.” Et rejoindre le peloton des sports où l’on ne se pose plus de questions de genre. 


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