SM Caen. Stéphane Moulin : "Je veux vivre une saison passionnante"

SM Caen. Stéphane Moulin : “Je veux vivre une saison passionnante”

Stéphane Moulin a vécu sa deuxième préparation avec le SM Caen. ©Aline Chatel

J-1 pour le Stade Malherbe Caen ! Samedi 30 juillet 2022, les Caennais débuteront leur quatrième saison de suite en Ligue 2. Pour Stéphane Moulin, arrivé il y a un peu plus d’un an, ce sera le premier exercice avec un groupe choisi dans sa quasi-intégralité. L’entraîneur malherbiste refuse de s’illusionner mais espère vivre de belles émotions. Entretien sur les marches du stade d’Ornano. 

À la fin de la préparation, dites-vous « enfin » ou « déjà » ?

Plus « enfin » que « déjà ». À la différence de la saison dernière, j’ai pu travailler rapidement avec un groupe complet, ou quasi-complet. Ce qui est intéressant au cours de cette préparation, c’est de voir notre évolution. On part parfois de loin. Les premières semaines, on débroussaille. Il y a un vrai travail de fond à réaliser. Ce n’est pas celui que je préfère en termes footballistiques, mais il nous permet d’être souvent ensemble sur le terrain. C’est intéressant. C’est quand même une période agréable à vivre sur le plan humain.

Votre groupe a été fortement renouvelé à l’intersaison. Cela signifie qu’il y a encore plus de débroussaillage à faire ?

Tout à fait. 17 joueurs du groupe (sur 26, ndlr) n’étaient pas à la reprise de l’entraînement l’année dernière. Cela veut dire, effectivement, que tout est à refaire. Même si je connaissais quelques nouveaux, il faut forcément repasser par la case balisage, cadre. Quand on ne fait que des petites retouches, on gagne du temps et de l’énergie. Mais c’est de plus en plus difficile dans le foot.

« Voir où on est parti et jusqu’où on peut aller »

On aurait pu imaginer, pour votre deuxième année, que vous seriez davantage sur des retouches.

Non. Entre le 18 juin (2021), quand on est arrivé, et ces dernières semaines, il y a eu 24 départs. C’est un effectif. Je ne parle même pas des Jessy Pi ou Anthony Weber, les joueurs qui étaient déjà partis avant notre arrivée.  C’est juste incroyable. C’est pour cela que le président parlait de l’an 0. On appelle ça un héritage. Parfois, vous héritez de belles choses. Parfois, vous héritez de moins bonnes. C’était un peu notre cas l’an dernier. Les retouches, j’espère que ce sera pour l’année prochaine. Pour moi, on a commencé à construire quelque chose.

Comment envisagez-vous cette saison ?

On ne repart pas de zéro. Il y a des choses qu’on a mises en place la saison dernière et sur lesquelles on va continuer de s’appuyer. Il faut se servir de l’existant, mais on part sur un nouveau groupe. Je le savais, sans l’imaginer dans de telles proportions. C’est aussi tout l’intérêt de ce projet : voir où on est parti et jusqu’où on peut aller. 

Remanier fortement ce groupe, c’était votre choix.

Oui, parce que force est de reconnaître et de constater que ce n’était pas avec le groupe précédent qu’on allait pouvoir atteindre nos objectifs. On doit se donner toutes les chances d’atteindre nos objectifs avec les moyens dont on dispose. C’est la grande équation à résoudre. Il y en a qui sont dans la phase « on a l’argent pour constituer une grosse équipe ». Nous, on est dans la phase « on continue de réduire le déficit en essayant de construire une grosse équipe ». Il y a des choses qui ne sont pas encore tout à fait alignées. Ça en prend le chemin, mais on a du retard sur d’autres clubs. Si on compare à la construction d’une maison, on est sur les fondations. On n’a pas mis les murs, on n’a pas mis le toit. 

À quoi doit ressembler la maison à la fin de la saison ?

J’espère qu’il y aura les murs et le toit. 

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Il n’y aura pas encore la déco ?

Ah non. Aujourd’hui, on n’a pas les moyens de la déco. On est dans le gros œuvre. Il faut que ça se construise étape par étape. Vous pouvez avoir parfois des accélérateurs de particules. Nous, on ne les a pas. 

« Un pas en avant, mais loin de ce qu’on veut »

À quoi doit vous servir cette saison ?

Elle doit nous servir à bien savoir ce qu’on veut, ce qu’on cherche. On doit réussir à trouver de la régularité. C’est plus facile quand on a des joueurs de meilleure qualité. J’espère qu’on va démarrer sur quelque chose à nous, alors que cela avait pris du temps la saison dernière. Aujourd’hui, on ne sait pas encore se situer. On va voir ensuite ce qui nous manque. On n’est pas encore dans quelque chose d’abouti. On est en retard sur des clubs comme Sochaux ou le Paris FC. L’année dernière, le club a fait un pas en avant, mais on est loin de ce qu’on veut. Cette année, j’espère qu’on va avancer un peu plus vite pour pouvoir prétendre rapidement à faire partie des concurrents. 

Êtes-vous un outsider dans ce championnat ?

On nous présentera comme on voudra. Ce que je veux, c’est qu’on vive une saison passionnante. On va essayer de se situer dans les eaux claires du classement, où on peut avoir toujours à portée de fusil [les équipes de tête]… Il y a des équipes mieux outillées que nous. Il n’y a pas de honte. Metz, Bordeaux, Saint-Etienne descendent avec 17 millions d’euros. Nous, on n’est pas encore dans des résultats positifs financièrement. Inévitablement, ces clubs-là vont avoir des joueurs de meilleure qualité.

Après, il y a tous les clubs comme Sochaux, PFC, Dijon, Guingamp, Amiens et j’en oublie. Trois, quatre équipes semblent supérieures aux autres. Derrière, il va y avoir un groupe d’une dizaine d’équipes. Il y aura des bonnes surprises et il y aura des mauvaises surprises. On espère toujours être une bonne surprise. C’est à nous de créer les conditions pour que cela arrive. Ça ne garantit rien. Il faut garder beaucoup d’humilité. Le foot est tellement bizarre…

La préparation vous a-t-elle appris beaucoup de choses ?

Non, finalement, pas grand-chose. On doit avoir un seuil de tolérance un peu plus important durant cette période, mais j’ai vu beaucoup de disparité dans nos performances lors des matchs amicaux. Cependant, c’est toujours compliqué de savoir où est la vérité des matchs de préparation. Les premiers matchs officiels vont nous permettre de nous situer. Globalement, je n’ai pas été surpris de ce que j’ai vu. On les a mis dans le « down » complet. C’était contre Nantes. On ne se facilite pas la tâche, mais ça m’intéresse : comment va-t-on réagir dans les moments difficiles ? C’est ce préparer à ça. On a un gros travail à faire sur le plan psychologique pour qu’au premier problème, on ne soit pas en difficulté. 

Vous en avez souffert en début de saison dernière…

Oui. Je ne le savais pas parce que je ne connaissais pas les joueurs. Quand j’ai appris à les connaître, évidemment que ça ne pouvait pas être autrement. Eux n’y sont pour rien. On a dit que c’étaient des garçons qui pouvaient relever le défi. Mais non… Il y a des niveaux pour tout. Quand on ne peut pas franchir un cap pour aller au niveau du dessus, il faut changer. C’est ce qu’on a fait. 

Stéphane Moulin sur le terrain d'entraînement.
Stéphane Moulin sur le terrain d’entraînement. ©Aline Chatel

« A deux joueurs près, une équipe s’est dégagée »

Vous avez mis du temps à dégager un 11 la saison dernière.

Je considère qu’on avait un effectif limité, relativement faible, quand on est arrivé. Il n’y avait pas de recrues. On avait les joueurs qui avaient fini 17ᵉ la saison d’avant. En défense, on a longtemps joué avec Fouda, Armougom, Rivierez et Oniangué. Donc oui, on a mis du temps, mais parce qu’il n’y avait pas d’arrivées. On est aussi un meilleur coach quand on a des meilleurs joueurs. Je le dis régulièrement aux joueurs : ce sont eux, les acteurs. Quand Mbappé ne joue pas au PSG, l’entraîneur est moins bon. 

Dans l’équipe actuelle, votre hiérarchie est-elle claire ?

Franchement, à quelques exceptions près, oui. Mais il y a déjà des choses qui sont en train de bouger dans la préparation. C’est intéressant. J’ai hâte de me poser des questions sur la composition de l’équipe quand les trois suspendus (Ali Abdi, Bilal Brahimi et Emmanuel Ntim) ne le seront plus. Cela va mettre encore plus en avant la concurrence. Or la concurrence saine tire vers le haut. Mais à deux joueurs près, il y a une équipe qui s’est dégagée parce qu’il y en a qui sont un petit peu en avance sur d’autres. Le groupe est beaucoup plus homogène que la saison dernière. On a trop souffert de notre hétérogénéité. Ce n’est pas possible, on ne peut pas faire une saison avec dix joueurs…

Avez-vous profité d’un renouvellement conséquent pour modifier votre projet de jeu ? 

Le projet de jeu, on essaie de le faire évoluer un petit peu chaque année, pas au point d’avoir des changements radicaux. Il y a une ligne de conduite. Le projet de jeu inclut le système, mais pas seulement. On a travaillé aussi sur un autre système. Le projet de jeu, c’est quelque chose qui m’appartient. Mon objectif est d’amener le plus de joueurs possible à se l’approprier. Plus on aura de joueurs qui vont penser la même chose au même moment, plus on va être efficace. C’est ce qu’on a vu au fil des matchs la saison dernière. Le projet de jeu, ce n’est pas une fin en soi. C’est une identité qui va nous permettre d’être plus performants.

« Evidemment plus à l’aise que l’année dernière » 

Vous parlez souvent de la notion de temps. C’est votre deuxième saison à Caen, commencez-vous à vous sentir à la maison ?

Bien sûr ! Pour un tas de raison. Sincèrement, je me sens bien ici. Je découvre une région que je ne connaissais pas et qui me plaît aussi beaucoup. Tout ça, ça compte. Je me sens évidemment beaucoup plus à l’aise que l’année dernière parce que je connais mieux les gens, je connais plus de gens, et qu’on s’installe tranquillement dans cette ville caennaise.

Je ne suis pas quelqu’un sur du one shot. Il y a des pompiers. Moi, je suis plutôt un bâtisseur. J’ai besoin de temps. J’ai bien conscience qu’on va me le donner ici. Après, je sais comment est le foot, je ne suis pas dupe, mais je ne suis pas inquiet pour ça. Il n’y a pas cinquante solutions : ou ça va le faire, ou ça ne va pas le faire. Je ne vis pas en m’inquiétant. Je vis pour tout mettre en œuvre afin que ça marche. Il faut le vivre avec beaucoup de passion, beaucoup de sincérité, beaucoup d’envie. Je sais qu’il faut aussi un peu de réussite. 

Votre équipe vous paraît mieux armée que la saison dernière. L’êtes-vous également, personnellement ?

Je pense, oui. Je suis toujours très méfiant de nature, encore plus dans le foot. Parfois, il n’y a pas plus grand menteur qu’un résultat de match de foot. Je m’impose de garder l’objectivité et la cohérence. Si vous dites quelque chose et que vous ne le faites pas, vous allez perdre votre légitimité. Dans le foot, c’est très difficile d’avoir cette légitimité, mais c’est encore plus difficile de la garder. On est remis en question en permanence. Je suis vrai. Il y a une chose qu’on ne pourra jamais me reprocher. Si mon équipe n’est pas bonne, je saurai le dire. Il faut garder de la mesure, aussi bien quand ça va bien comme quand ça ne va pas. La démesure, ça ne mène nulle part. 

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