Pas la lumière à tous les étages

Pas la lumière à tous les étages

Tout le monde ne maîtrise pas les phases de transition comme le RC Lens, à commencer par le gouvernement. Invitée sur France Info ce mardi, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a évoqué la transition écologique et la possibilité de mettre fin aux programmations sportives en soirée, pour limiter les dépenses énergétiques, notamment concernant l’éclairage.

« C’est pas Versailles ici ! » Utilisée pour souligner la négligence de quelqu’un qui a oublié d’éteindre la lumière alors qu’il n’y a plus personne dans la pièce, et remise au goût du jour ces derniers mois par Total qui en a fait toute une campagne publicitaire, l’expression est en train de prendre tout son sens. Alors que la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, vient d’ouvrir la porte à la fin des programmations sportives en nocturne afin d’œuvrer pour l’économie d’énergie, difficile de résister à la tentation d’évoquer la situation du club de la préfecture des Yvelines.

Fraîchement promu en National, le FC Versailles vient de passer son printemps et un morceau de son été à se casser la tête pour trouver un stade conforme aux exigences du troisième échelon français. La raison ? Le club francilien ne peut pas étrenner son stade Montbauron, faute de pylônes d’éclairage volontairement omis pour préserver les alentours de la demeure commandée par Louis XIV. Et pourtant, le dernier demi-finaliste de Coupe de France, qui a dû se rabattre sur le stade Jean-Bouin, pourrait avoir à s’en passer, puisque la ministre des Sports a donc évoqué ce mardi sur l’antenne de France Info l’éventualité de mettre fin aux programmations sportives en soirée, et ce, dès cet hiver. Pour des raisons présentées comme écologiques. « Cela peut être dès cet hiver, que le sport soit au cœur de la volonté d’accompagner la transition écologique » , a lancé l’officielle du gouvernement.

Des raisons écologiques, donc. On est en droit d’en douter. On pourra d’abord mettre dans la balance la hausse conséquente du prix du gaz (environ 0,19€ le kWh en juillet 2022, deux fois plus qu’en 2010) et la raréfaction de ce dernier, conséquence du conflit russo-ukrainien. Effectivement, il est plus avantageux économiquement de ne pas trop en consommer pour ne pas voir la facture exploser, et mieux vaut profiter de la lumière naturelle tant qu’à faire. En revanche, si l’on se focalise sur cet enjeu climatique, on pourra parler de la légende du colibri. Parce que bien sûr, intrinsèquement, l’idée n’est pas forcément idiote, mais l’éclairage est-il vraiment le facteur le plus polluant de l’organisation d’un match ? D’autant plus que les stades tendent à se doter de systèmes d’éclairage LED (diode électroluminescente), très peu énergivores. Alors, commencer par le dérisoire, pourquoi pas. À condition que le prépondérant suive, ce dont on est en droit de douter, là aussi. Parce que se contenter de ça, c’est évidemment fermer les yeux sur les pollueurs, les vrais.

À 320 km/h, tout est loin d’être loin

Le prépondérant, justement, venons-y. Prend-on le problème par le bon bout lorsque six allers-retours en avion entre Paris et Marseille équivalent aux émissions annuelles moyennes d’un Français pour chauffer son domicile ? Et lorsque le même trajet en train, certes deux fois plus long, est 50 fois plus économe en matière d’émissions de dioxyde de carbone ? Si Amélie Oudéa-Castéra voulait taper du poing sur la table, elle aurait pu – elle aurait dû – obliger les clubs à emprunter les voies ferroviaires plutôt qu’aériennes lorsque cela est possible. « À 320 km/h, tout est loin d’être loin » , le dit si bien le slogan de la publicité TGV Inoui dans les métros. Même un Paris-Lille. Même un Lyon-Paris. En somme, difficile d’entendre cet argument énergétique lorsque le Trophée des champions se dispute en Israël, que la majorité des grands clubs partent en tournée estivale à l’autre bout du globe, et que le nombre de trajets annuels en avion d’un joueur de Ligue 1 se compte par dizaines.

Et puis enfin, indépendamment de tout questionnement écologique cette fois, viennent les questions de programmation qui font pencher la proposition d’Amélie Oudéa-Castéra dans le sophisme. Difficile d’imaginer Amazon et Canal s’agenouiller devant le gouvernement pour modifier des horaires de programmation sciemment définis et qui n’arrangeront plus grand monde, difficile d’imaginer des guichets fermés au stade de l’Aube un mercredi de novembre à 14 heures, difficile d’imaginer la croissance de l’attraction européenne de notre championnat de France sans ses affiches du dimanche soir à 21 heures, même si, outre-Oural, on le verrait probablement comme une aubaine, puisque l’Asie pourra profiter d’un prime time continu en dépit du bon sens et de la passion des Français. Voilà pourquoi, comme prévu, le FC Versailles jouera ses matchs « à domicile » à Paris cette saison. Et pour le coup, quand les supporters du FCV se retrouveront un vendredi sur deux dans les tribunes du stade Jean-Bouin, ils pourront constater qu’effectivement, c’est pas Versailles ici.

Par Clément Barbier

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