Pourquoi la variole est une "arme biologique", selon le ministre de la Santé

Pourquoi la variole est une “arme biologique”, selon le ministre de la Santé

FranceInfo/Getty Creative Monkeypox: pourquoi la variole est une “arme biologique” selon le Ministre de la Santé

FranceInfo/Getty Creative

SANTÉ – « La variole reprend une place de choix dans l’arsenal moderne des armes biologiques. » Cet avertissement, c’est celui de deux scientifiques dans une tribune publiée dans Le Monde en juin 1980, au lendemain de son éradication. S’il a quelque chose de sinistre au regard de l’épidémie actuelle de variole du singe – qui a touché 1837 personnes en France au 26 juillet 2022 – il ne surprendra pas le ministre de la Santé, François Braun.

Ce dernier a d’ailleurs expliqué, sur l’antenne de France Info ce mercredi 27 juillet, que le stock de vaccins contre la variole – qui permet également de lutter contre le monkeypox – « est secret-défense, parce que [ce virus] est reconnu comme une arme biologique ». Une classification qui ne date pas d’hier, et qui ne concerne pas la seule variole.

De la guerre froide au terrorisme

Les armes biologiques font, depuis toujours, partie de l’arsenal des humains en temps de guerre. C’est ainsi que la terrible peste noire de 1346 aurait commencé : l’armée mongole, en échec devant la cité génoise de Caffa, aurait catapulté des cadavres pestiférés par-dessus les murailles de la ville.

Depuis le Moyen-Âge, les progrès de la médecine et l’arrivée de la guerre moderne ont précisé la menace biologique. Après la Deuxième Guerre mondiale, le bactériologiste Théodore Rosebury définit les caractéristiques d’un agent infectieux pouvant être utilisé comme une arme : résistant, contagieux, difficile à soigner… Les deux blocs ne se privent pas de mener des recherches dans ce sens pendant la guerre froide. Parmi les agents pathogènes étudiés : la variole.

La Convention sur les armes biologiques de 1972 mettra l’utilisation militaire de la peste, de la variole ou de toute autre maladie hors la loi. « Les États occidentaux ont respecté la Convention, la France la première », assure Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste des armes chimiques et biologiques.

Mais la menace biologique se concrétise brutalement au milieu des années 1990. Le 20 mars 1995, la secte Aoun tue 13 personnes et en blesse 6300 dans une attaque au gaz Sarin, en plein métro de Tokyo. C’est alors que la France va développer un véritable protocole de réponse à une attaque biologique.

La variole, l’anthrax, le botulisme…

C’est le plan Biotox (anciennement Piratox) qui dicte la réponse à avoir face à une menace biologique ou à la dispersion accidentelle d’agent infectieux. Le plan comprend la surveillance des laboratoires à risque et, en cas de début d’épidémie, la mise à disposition d’hôpitaux spécialisés, ainsi que la fourniture de traitements d’urgence pour toute une liste de maladies.

Parmi les infections répertoriées, la variole (de l’homme, pas du singe), malgré son éradication officielle en 1980. « Le virus est encore détenu officiellement par deux laboratoires : l’institut Vector, en Sibérie, et le CDC à Atlanta », précise Olivier Lepick au HuffPost. Les autorités sanitaires listent aussi la peste, la brucellose, le botulisme… En tout, une douzaine de maladies, famille de maladies ou toxines.

Pourquoi celles-ci et pas d’autres, comme le virus MERS-CoV, un virus respiratoire cousin du Covid-19 ? Leur robustesse. « Tous les agents pathogènes ne réunissent pas les qualités qui permettent de les militariser », explique Olivier Lepick. « Certains sont trop fragiles, trop sensibles à la chaleur, au froid… Et les utiliser comme arme est alors trop complexe. »

Cette stabilité, c’est par exemple une caractéristique du tristement célèbre anthrax, ou maladie du charbon. « Sous forme de spores, la bactérie de l’anthrax est extrêmement résistante, quasiment indestructible. Cela permet de la disséminer facilement », analyse le spécialiste. C’est pourquoi la maladie du charbon est également sur la liste Biotox, avec des stocks d’antibiotiques prêts à être distribués. Sans que l’on sache dans quelle quantité.

Barrière en béton

C’est en effet le cœur de la question posée à François Braun, ce mercredi sur France Info et depuis plusieurs jours par des parlementaires : quels sont les stocks de vaccins contre la variole disponibles, prêts à être utilisés contre la variole du singe ? « Secret-défense », a répondu le ministre, alors que les 42 000 doses « déstockées », selon le ministre, font pâle figure en face d’une population à risque qui serait près de dix fois supérieure à ce chiffre.

Il y a près de deux semaines, un représentant de la Direction générale de la Santé avait déjà fait part, devant les sénateurs, de son impossibilité de communiquer l’ampleur des stocks. « Si je vous divulgue les choses qui sont couvertes par le secret, je risque 5 ans de prison et 100 000 euros d’amende », avait souligné le docteur Clément Lazarus, de la Direction générale de la santé, lors d’une audition sur la variole du singe devant la commission des Affaires sociales du Sénat.

Cette information est gardée secrète pour l’ensemble des stocks d’antibiotiques, d’antiviraux et de vaccins prévus pour faire face à une attaque biologique. Il pourrait même s’agir d’un secret-défense renforcé.

Un document classifié est communicable au public au bout de 50 ans, voire 100 ans si la sécurité des personnes est en jeu. Mais il existe une catégorie d’informations dites « incommunicables de façon permanente », celles « permettant de concevoir, d’utiliser ou de localiser des armes nucléaires, biologiques ou chimiques ». Une barrière en béton face à la liberté d’informer… Et à la polémique sur le manque de doses disponibles.

À voir également sur Le HuffPost : Variole du singe : pourquoi la communauté gay s’inquiète


#Pourquoi #variole #est #une #arme #biologique #selon #ministre #Santé

Leave a Comment

Your email address will not be published.