Mondiaux d’athlétisme : malgré l’or de Kevin Mayer, les Bleus ont encore souffert à Eugene

Mondiaux d’athlétisme : malgré l’or de Kevin Mayer, les Bleus ont encore souffert à Eugene

Cela devient presque une tradition. A Tokyo, le décathlonien Kevin Mayer avait déjà revêtu sa cape de super-héros, seul médaillé olympique de l’équipe de France. Un an plus tard, c’est à nouveau ce qu’il s’est passé aux Mondiaux d’Eugene (Oregon), où le Français a obtenu, le dernier jour, dimanche 24 juillet, la seule médaille des Bleus.

Au Monde, le recordman du monde avait prévenu : « Il ne faudra pas compter sur moi pour lancer la dynamique. Je suis en fin de programme. » A défaut, la médaille d’or de Mayer évite l’humiliation d’un zéro pointé.

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Il s’agit d’un des plus mauvais bilans depuis la création des Mondiaux en 1983. Pour cette première, les athlètes français étaient rentrés fanny de Finlande. Une contre-performance rééditée dix ans plus tard à Stuttgart. A Doha en 2019, lors d’une dernière édition déjà mitigée, les Bleus avaient remporté deux médailles, d’argent et de bronze. A Eugene, l’athlétisme français reste loin des cinq médailles mondiales de Londres en 2017 ou du feu d’artifice olympique de Rio et ses six médailles en 2016.

Aux JO de Tokyo, Kevin Mayer s’était battu face à deux redoutables adversaires : son grand rival Damian Warner et une intense douleur au dos. Les deux avaient disparu. Le Canadien Warner, ultra-favori, s’est blessé samedi lors du 400 mètres. Cet abandon lui a ouvert les portes du titre malgré la résistance du Canadien Pierce Lepage (2e) et de l’Américain Zachary Ziemek (3e). Le Montpelliérain, vainqueur avec 8 816 points, en était le premier persuadé : « Ça m’ouvre un boulevard que je n’avais pas pour être champion du monde. »

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La veille, c’est avec un strap sur le tendon d’Achille que Kevin Mayer avait pénétré dans le stade. Un rappel d’une douleur – encore une – qui l’avait handicapé toute la saison. Un mauvais concours au lancer du poids (14,98 mètres) a failli lui coûter le titre. Il se plaignait à son nouvel entraîneur, Alexandre Bonacorsi : « Je n’y arrive pas ». « Je suis dans la brume depuis mon arrivée. J’ai peut-être fait une indigestion. Le soir, je dors mal, racontait-il après la première journée. J’ai fait 16,22 mètres à l’entraînement. J’ai fait moins bien qu’aux JO alors que j’avais le dos bloqué. »

Montagnes russes

Un décathlon de Kevin Mayer est toujours une expérience à part, avec ses doutes, ses douleurs et ses moments de grâce. Il se retrouvait au saut en hauteur et au 400 mètres. Puis, au matin du deuxième jour, il butait sur le sixième obstacle avec un décevant 13,92 secondes au 110 m haies.

Les montagnes russes d’émotions culminaient lorsqu’il se retrouvait au bord du gouffre, après deux échecs initiaux à 5 mètres au saut à la perche. Il parvint in extremis à éviter le pire pour combler une grande partie de son retard dans cette épreuve. Comme à Tokyo, c’est surtout au lancer du javelot qu’il achevait en apothéose son come-back victorieux, au-delà des 70 mètres et de la concurrence.

Kevin Mayer a remporté le titre de champion du monde grâce à l’épreuve du lancer au javelot.

Hormis cette médaille de Kevin Mayer, les Français semblent faire du surplace. A Tokyo, une délégation de 44 athlètes avait ramené une médaille et huit places de finalistes. A Eugene, une délégation de 28 athlètes revient avec six places de finalistes.

Au rayon des rares satisfactions : le lanceur de marteau Quentin Bigot, 4e, le coureur de 800 mètres, Gabriel Tual, 6e après sa 7e place à Tokyo ou sur le 400 mètres haies, Wilfried Happio, qui a écrasé son record (4e en 47,41 secondes). Le perchiste Renaud Lavillenie a tenu son rang, 5e pas loin d’un podium. Les relais s’en sont mieux sortis que prévus : deux finales au 4 x 400 m et une troisième conclue par une disqualification pour le 4 x 100 m.

Affaires et revers

Au sein de la fédération française d’athlétisme (FFA), les hommes ont changé mais l’organisation reste la même. Après le climat délétère des dernières années, un nouveau duo a pris les commandes, désiré par le président de la Fédération française, André Giraud : Romain Barras a remplacé Florian Rousseau au poste de directeur de la haute performance et Patrick Ranvier a succédé aux deux derniers directeurs techniques nationaux, partis avec pertes et fracas.

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Si cet attelage sera jugé à Paris en 2024, les points de passage que constituent ces Mondiaux et les prochains à Budapest en 2023 sont forcément scrutés. Le premier enjeu était d’apaiser le climat et d’éviter les polémiques. Si le nouvel organigramme semble s’entendre, le deuxième n’est pas atteint.

Plusieurs affaires ont à nouveau secoué la FFA. Les sprinteurs Amaury Golitin et Mouhamadou Fall sont sous la menace d’une suspension définitive de deux ans pour trois manquements à leurs obligations de localisations antidopage. Ils avaient été (petitement) sanctionnés pour leur comportement au sein du relais à Tokyo.

L’une des réussites de ces championnats, Wilfried Happio, est impliqué dans une histoire délicate, à laquelle la fédération refuse pour l’instant de se mêler, attendant les résultats de l’enquête de police. Une plainte pour agression sexuelle a été déposée contre lui. L’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) a en revanche ouvert une enquête interne.

D’autres athlètes, parmi les promesses de médailles pour Paris 2024, n’ont pas hésité à faire part de critiques. C’est le cas de Jimmy Gressier, qui était le seul fondeur sélectionné avec le marathonien Hassan Chahdi, la faute à des minima français plus difficiles que ceux de World Athletics. « Je me dis que c’est dommage d’être tout seul, sachant que l’on a des mecs talentueux en France », a-t-il fait valoir. Hugo Hay a fait les minima [de world Athletics]. Dommage de se priver d’un gars comme lui.

Eliminé en demi-finale du 800 mètres, Benjamin Robert – qui a amélioré son record cette année – ne se sentait pas mis en valeur avant les Mondiaux : « On m’a mis dans le cercle 3 de performance. ça veut dire qu’à ce jour on ne comptait pas trop sur moi. On verra si j’entre dans le cercle 1. »

Derrière Kevin Mayer, l’arbre qui cache la forêt, le panorama offert par l’athlétisme français n’est pas aussi chatoyant qu’une forêt de l’Oregon.

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