Tour de France Femmes : les Néerlandaises plus tout à fait seules au monde

Tour de France Femmes : les Néerlandaises plus tout à fait seules au monde

En 2021, le cyclisme sur route féminin était plutôt monochrome. Les Oranje n’ont laissé que des miettes à leurs concurrentes avec quatorze victoires en dix-huit courses disputées en Women’s World Tour (WWT), le circuit d’élite.

Au départ du « premier » Tour de France Femmes (du 24 au 31 juillet), les Néerlandaises forment le plus gros contingent avec vingt-neuf coureuses sur les cent quarante-quatre engagées (20 % du peloton), et l’une d’elles s’avance en grande favorite : Annemiek van Vleuten. La leader de la formation espagnole Movistar vient de s’adjuger deux victoires d’étapes et le classement général du Giro Donne, le Tour d’Italie, début juillet.

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Cette domination sans partage semble pourtant sur le point de passer de mode. L’affaire peut sembler paradoxale. Depuis le début de la saison, les Bataves continuent en effet de truster les podiums – dix-sept sur les quarante possibles – et totalisent déjà un tiers des victoires.

« Ce n’est plus facile de gagner, concédait cependant Annemiek van Vleuten après son sacre sur la « doyenne », Liège-Bastogne-Liège, le 24 avril. Le niveau monte, et il y a de plus en plus de filles, de pays et d’équipes capables de l’emporter. C’est un signe de développement du cyclisme féminin. »

La meilleure coureuse au classement de l’Union cycliste internationale (UCI) en 2021 parle d’expérience. Lors de sa campagne de classiques, ces courses d’un jour du printemps, elle a été privée d’un succès sur les Strade bianche, en Toscane, et d’un doublé au Tour des Flandres. La coupable ? Le Belge Lotte Kopecky (SD Worx), souvent comparée à son compatriote Wout van Aert, pour sa puissance au sprint et sa polyvalence.

Mais la principale menace vient d’Italie avec une jeune génération incarnée par la championne du monde en titre, Elisa Balsamo. A Louvain (Belgique), en 2021, la Piémontaise avait mis fin à quatre ans de règne néerlandais.

Sa coéquipière et compatriote chez Trek-Segrafedo, Elisa Longo Borghini, se sent moins seule désormais pour lutter contre l’armada « oranje », elle qui comptait six des neuf podiums transalpins en Women’s World Tour la saison passée, dont deux victoires (sur le Trofeo Alfredo Binda et le Grand-Prix de Plouay).

Les équipes plus importantes que les nationalités

En 2022, les Azzurre se sont donc déjà offert sept courses de l’élite : Elisa Longo Borghini s’est illustrée sur Paris-Roubaix et le Women’s Tour, Elisa Balsamo a, quant à elle, fait la passe de trois en s’adjugeant le Trofeo Alfredo Binda, la Classic Bruges-La Panne et Gent-Wevelgem, tandis que Marta Cavalli (FDJ Nouvelle-Aquitaine) a signé ses premières victoires en World Tour avec le doublé Amstel Gold Race-La Flèche wallonne.

Ces derniers mois ont un peu pris des allures d’un match Pays-Bas – Italie. « Il y a effectivement des différences de niveaux entre les nations », reconnaît la directrice générale de l’Union cycliste internationale (UCI), Amina Lanaya. Mais le fossé tend à se réduire.

D’autant que le modèle batave, qui propose un programme au niveau de la base, est l’objectif à suivre pour les différentes fédérations nationales. Là-bas, la culture du club est très forte, dès le plus jeune âge, créant une certaine émulation et favorisant l’émergence des talents. Entre 8 et 15 ans, les garçons et les filles courent ensemble, même si les filles sont intégrées dans le groupe d’âge inférieur.

« Le cyclisme y est le sport national. Les enfants ont envie de faire du vélo, parce qu’ils en voient tout le temps à la télévision, parce que le vélo fait aussi partie de leur mode de vie, développe Marion Rousse, ancienne cycliste professionnelle et directrice du Tour de France Femmes. Forcément, cela crée un vivier plus important qu’en France, par exemple. »

Avoir autant de femmes sur les vélos que les hommes n’est pas sans conséquence sur la perception du cyclisme féminin. Dès les années 1970, un prix récompensant la coureuse néerlandaise de l’année – le Keetie van Oosten-Hage Trophy – a même été créé. « Je suis très fière de venir d’un pays progressiste qui donne les mêmes chances aux hommes et aux femmes. Je pense que l’on a montré avec le cyclisme féminin néerlandais que nous sommes des professionnelles », avançait Van Vleuten après son titre mondial du contre-la-montre en 2018.

« C’est plus les formations aujourd’hui qui jouent que la nationalité, estime Marion Rousse. On le constate avec Trek-Segafredo : ils ne font pas de distinction avec les hommes. Ils sont hyper en avance sur le développement et je pense que ça a contribué à ces performances. » Dès 2021, l’équipe américaine a été la première à aligner le salaire minimum des femmes sur celui des hommes de la division d’élite (40 045 euros annuels).

L’entretien avec la directrice générale de l’UCI, Amina Lanaya : Cyclisme : « Il y a un réel désir de pouvoir mettre en valeur autant les hommes que les femmes »

« L’égalité des droits, c’est la direction à prendre pour donner la possibilité de se transcender », explique au Monde le manageur général de la Trek-Segafredo, Luca Guercilena. Au sein de la formation, les vingt-neuf hommes et quatorze femmes partagent tout : structure, matériel, logistique.

« Mettre les athlètes dans des situations de préparation optimales, sans angoisse financière et avec le bon matériel, cela leur permet de se concentrer à 100 % sur la course », poursuit l’Italien. Rendez-vous dans une semaine, à la fin du Tour de France Femmes, pour voir comment cela aura porté Elisa Longo Borghini, ou Elisa Balsamo.

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