FC Barcelone : Cash investigation

FC Barcelone : Cash investigation

Depuis le début du mercato estival, le FC Barcelone a déjà dépensé plus de 100 millions d’euros pour Raphinha et Robert Lewandowski, signé librement Andreas Christensen et Franck Kessié et prolongé Dembélé. Un été dépensier qui interroge jusqu’à Julian Nagelsmann, qui lui-même ne comprend pas comment un Barça surendetté il y a six mois peut se permettre de claquer à tout-va. Petit coup de fact-checking.


«  Barcelone est le seul club au monde qui n’a pas d’argent, mais qui achète tous les joueurs qu’il veut. Je ne sais pas comment ils font. C’est un peu bizarre, un peu fou » , lâchait mercredi Julian Nagelsmann, légèrement chafouin de voir Robert Lewandowski quitter le Bayern contre un chèque de 45 patates direction le FC Barcelone. L’entraîneur bavarois soulevait par la même occasion LA question que beaucoup se posent lors de ce mercato. Comment un Barça surendetté il y a six mois peut se permettre de lâcher 50 millions sur Raphinha, 45 millions sur Lewandowski, réussir à attirer des joueurs libres en leur proposant le salaire qui va avec et prolonger Ousmane Dembélé ? Le tout alors qu’il ne semble pas avoir fini ses emplettes et vise aujourd’hui Jules Koundé ou un autre défenseur de renom.

  • Pourquoi le Barça a de l’argent cet été ?
    Pour pouvoir signer tous ces joueurs, le FC Barcelone a dû vendre des actifs. C’est-à-dire vendre des biens que possédait déjà le club à des sociétés privées. En l’occurrence, le Barça a vendu 25% de ses droits TV à Sixth Street pour les 25 prochaines années, en deux ventes successives de 10% le 30 juin et de 15% le 22 juillet, contre un chèque de presque 600 millions d’euros. En échange, le club s’engage donc à verser ce qu’il perçoit comme droits TV issus de la Liga au fonds d’investissement américain, soit 25% de 166 millions d’euros (ce que perçoit aujourd’hui le Barça) sur 25 ans, donc plus de 1000 millions d’euros. Un accord qui avait été préalablement validé par les socios lors d’une assemblée générale. Une vente d’actifs comme a pu le faire le Real Madrid en cédant 20% des futures recettes d’exploitation du Santiago-Bernabéu en construction contre 360 millions d’euros. Ou comme l’ont fait les clubs de Ligue 1 en vendant 13% de ses droits télévisuels futurs. Une façon d’augmenter les revenus sur le court terme tout en les diminuant sur le long terme. Ainsi, après les deux ventes successives de ces parts de droits TV ajoutées au très juteux contrat de sponsoring de Spotify estimé à 70 millions d’euros annuel pendant quatre ans, le Barça a des liquidités et peut se permettre de recruter massivement cet été. Et dispose encore d’un recours pour lever des fonds : la vente de 49% de Barça Studio, qui gère tout l’univers des médias autour du club, approuvée en octobre par les socios et estimée à 300 millions d’euros.

  • Est-ce dangereux pour le club ?
    Comme expliqué, vendre des actifs est devenu une pratique courante dans le monde du football. Le principe permet aux clubs d’avoir des liquidités immédiates pour financer les transferts et les besoins courants. Du côté du Barça, le contrat signé avec Sixth Street prévoit que le club peut racheter ses parts à tout moment et que l’inflation des droits TV aille au club. Pour autant, les 25% des droits TV représentent 5% des revenus annuels du Barça, il faut donc trouver un moyen de compenser cette perte. Les Blaugrana comptent sur plusieurs choses : la reprise économique post-Covid avec un Camp Nou plein toute la saison (150 millions d’euros de billetterie par saison avant la pandémie), une équipe plus compétitive qui amènera plus de revenus et les futurs revenus de l’Espai Barça, le projet de rénovation du stade. Cela oblige aussi le club à des réussites sportives, sans quoi il ne pourrait pas combler cette perte.

  • Pourquoi le Barça ne pouvait pas signer de nouveaux joueurs ? Qu’est-ce que le salary cap ?
    La saison passée, on se souvient que plusieurs joueurs avaient dû baisser leurs salaires afin que les nouvelles recrues puissent être inscrites en Liga. Le problème tient donc moins du souci du Barça à financer les salaires qu’à rentrer dans les clous fixés par le salary cap de la Liga. Cet encadrement de la masse salariale est une particularité du championnat espagnol qui, en fonction des revenus (publicité, vente de joueurs, contrats de sponsoring, revenus des droits TV, abonnements, billetterie, primes de compétitions, etc.) moins les coûts structurels (salaires des employés non sportifs, coûts d’exploitation, achats de joueurs, etc.) de chaque club, fixe un montant maximal de dépenses salariales possibles. Le montant de ce salary cap, qui comprend les primes, les salaires et l’amortissement annuel des transferts, est évolutif selon les hausses et baisses des revenus. En temps normal, le Barça avait environ 550-660 millions d’euros de salary cap fixé par la Liga, soit le plus haut du championnat. Depuis des années, les Blaugrana ont une masse salariale élevée, mais cela ne posait aucun problème, puisque le salary cap lui était encore supérieur. Seulement, la mauvaise gestion économique de ces dernières années avec d’énormes salaires donnés à certains joueurs et la baisse de revenus en raison du Covid a fait que le Barça a connu plus de pertes que prévu. Le club a ainsi clos sa saison 2020-2021 avec 481 millions d’euros de pertes nettes. Petit calcul : en décembre 2021, le salary cap était donc de… -144 millions d’euros.

  • Pourquoi le Barça peut recruter et inscrire ses joueurs cette saison ?
    Dans ces conditions de salary cap négatif, le Barça avait une marge de manœuvre très limitée pour recruter et inscrire ses joueurs en championnat. Selon les règles de la Liga, le club était soumis à la règle des 1/4, c’est-à-dire que pour chaque euro dépensé, il doit en économiser quatre. Une façon de réassainir les comptes, mais qui n’est pas viable sur le long terme, puisque le club catalan serait contraint de perdre les joueurs dotés d’un gros salaire pour financer ceux des autres. L’objectif du FC Barcelone est donc de passer d’une limite salariale de -144 millions d’euros à au moins 500 millions. Pour cela, il doit trouver 700 millions d’euros. Pour pouvoir inscrire ses nouveaux joueurs, le Barça a donc cumulé les baisses de salaires, les départs de Coutinho et Griezmann, la prolongation à la baisse de Dembélé, le contrat de sponsoring avec Spotify et… la vente des fameux droits TV. Un ensemble de facteurs qui ont permis au Barça de terminer dans le vert au 30 juin dernier, et donc de voir sa masse salariale revue à la hausse par la Liga. Avec la vente des 15 derniers % ce vendredi, le club a levé les 500 millions d’euros que Javier Tebas exigeait en début d’été pour inscrire des joueurs et pourrait donc signer sans problème les nouveaux arrivants. Aujourd’hui, la masse salariale du FC Barcelone est estimée à 560 millions d’euros par le directeur économique du club, et celle-ci devrait encore augmenter avec les derniers transferts. Cependant, avec cette augmentation du salary cap ajoutée aux prochains départs de joueurs et la possibilité de vendre la moitié de Barça Studio, le Barça devrait rentrer dans les clous à la fin de l’été. Sachant que le président Joan Laporta souhaite encore réduire la masse salariale à 400 millions, en misant sur les départs des joueurs ayant de gros salaires comme Frenkie de Jong (et ses 20 millions d’euros prévus cette saison) et une échelle salariale stricte : aucun joueur ne gagnera plus de 10 millions et une grande partie du salaire est liée au rendement individuel et collectif.

  • Et la dette dans tout ça ?
    Si Julian Nagelsmann s’est vivement agacé lors de sa conférence de presse, c’est sans doute parce qu’il a en tête cette image de Joan Laporta qui déplorait il y a un an la « situation financière dramatique » du club, endetté à hauteur de 1,35 milliard d’euros. Le Barça avait l’obligation de rembourser une partie de cette dette avant le 30 juin 2021 et n’était pas en capacité de le faire, ce qui poussait le président catalan à évoquer une « situation de faillite comptable » . Tout juste élus, lui et son équipe se sont empressés de négocier avec les organismes auxquels ils devaient de l’argent afin de transformer cette dette à court terme en dette à long terme, et de la lisser sur plusieurs années. Une autre partie de la dette devait elle être absolument payée à temps, et le Barça a donc contracté un prêt de 595 millions d’euros auprès de la banque Goldman Sachs en août dernier pour la rembourser. Tout cela dans le but d’éviter une faillite. Cette rentrée d’argent avait aussi permis de financer le transfert de Ferran Torres cet hiver. Cependant, le club s’est de nouveau endetté à hauteur de 1,5 milliard d’euros pour la rénovation du Camp Nou. Aujourd’hui, le Barça a restructuré sa dette et est, pour l’instant, hors de danger de faillite.

    par Anna Carreau

  • #Barcelone #Cash #investigation

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