Tour de France 2022 : lunettes, chrono et château sur le rocher

Tour de France 2022 : lunettes, chrono et château sur le rocher

L’étape du jour : Lacapelle-Marival – Rocamadour (40,7 kilomètres, contre-la-montre)

Autant Yves Lampaert a pu créer la surprise lors du contre-la-montre inaugural rendu aléatoire par la courte distance, la pluie et les virages dans les rues de Copenhague, autant ces 40,7 kilomètres de plaine à travers le Lot, qui passent en grande partie dans le parc naturel régional des Causses du Quercy, sont taillés pour les plus grands spécialistes de l’exercice du « chrono ». Dans le final, les coureurs devront grimper deux montées – la côte de Magès (1,6 km, à 4,7 %) et la côte de l’Hospitalet (1,5 km, à 7,8 %) – pour atteindre la falaise de Rocamadour.

Et la lutte pour le maillot jaune ? Personne n’a oublié le dénouement de l’édition 2020 du Tour de France et la prise de pouvoir de Tadej Pogacar lors du contre-la-montre à la planche des Belles-Filles. Mais cette année, les 3 minutes et 26 secondes qui séparent Jonas Vingegaard de son dauphin slovène au classement général représentent un fossé bien trop difficile à combler lors du contre-la-montre précédant l’arrivée aux Champs-Elysées.

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Les pronos

LA RAISON

Filippo Ganna (Ineos-Grenadiers) va-t-il obtenir la victoire d’étape qu’il attend depuis trois semaines ? Lors de la première étape, l’Italien abordait le « chrono » dans les rues de Copenhague avec l’ambition d’endosser le premier maillot jaune du Tour, mais sa journée s’était conclue par une décevante 4e place et quelques frayeurs dans des virages détrempés. Depuis, le rouleur compte les jours jusqu’à ce contre-la-montre de Rocamadour. Cette fois, le parcours et la durée de l’exercice collent bien plus aux capacités du double champion du monde en titre de la discipline (2020 et 2021). L’inépuisable belge Wout van Aert (Jumbo-Visma) apparaît comme son principal concurrent.

LE CŒUR

Si un conseil de classe se réunissait à l’issue du Tour de France, Stefan Küng (Groupama-FDJ) pourrait d’ores et déjà prétendre à une bonne note d’effort pour son travail souvent invisible au service de David Gaudu (4e du classement général). Obtiendra-t-il une récompense moins symbolique à l’issue de cette 20e étape ? Il affectionne en tout cas l’exercice du contre-la-montre, discipline dont il est double champion d’Europe. Seulement 14e du « chrono » de Copenhague, le coureur de 28 ans a démontré sa polyvalence en terminant 4e de la 13étape reliant Bourg-d’Oisans à Saint-Etienne. Il dispose ce samedi d’une belle occasion d’ouvrir son compteur de victoires en 2022.

La décla

« Je pense qu’il peut gagner le Tour un jour, oui. Il est très “indurainesque” »

S’il est bien quelqu’un qui connaît tout ou presque des marges d’amélioration possibles, c’est Lance Armstrong. Or l’Américain, sept fois vainqueur du Tour de France, avant d’être déchu de ses victoires pour dopage, considère que Wout van Aert a les moyens de gagner la Grande Boucle. C’est ce qu’il a déclaré après l’arrivée de l’étape à Hautacam, jeudi 21 juillet, dans l’émission podcast « The Move », qu’il anime en compagnie de son ancien coéquipier George Hincapie.

Lance Armstrong dit avoir demandé à Johan Bruyneel, son ancien directeur sportif, combien pèse Wout van Aert : « Johan m’a dit 76 ou 77 kg », a-t-il expliqué tout en rappelant que, pour sa part, il pesait « 74 kg au départ du Tour, puis je suis tombé à 72,5, ce qui était déjà assez lourd pour un coureur du général ». Lance Armstrong a alors comparé le Belge de la Jumbo-Visma à Miguel Indurain, cinq fois vainqueur du Tour entre 1991 et 1995 : « Il n’est pas aussi explosif que Pogacar ou Vingegaard, mais il est solide en contre-la-montre et a la capacité de rouler à un rythme stable dans les cols, tout comme Indurain », a-t-il dit, tout en notant que Johan Bruyneel n’est pas d’accord avec lui sur les chances de Wout van Aert. Mais George Hincapie en est, lui aussi, persuadé : « Van Aert a les capacités de récupération d’un coureur de grand tour. »

Détour du Tour

« Les maisons sur la rivière, les églises sur les maisons, les rochers sur les églises, et le château sur le rocher. » Voilà comment les habitants du coin présentent Rocamadour (Lot), arrivée de l’avant-dernière étape de la Grande Boucle.

Lieu de pèlerinage depuis près d’un millénaire, la petite cité médiévale offre un décor unique, avec sa falaise abrupte et son unique rue (celle de la Couronnerie). Alors qu’elle ne compte que 623 habitants, elle est fréquentée chaque année par environ 1,5 million de touristes.

A l’occasion du passage du Tour, il est possible d’acheter des places au château pour avoir une vue imprenable sur le parcours de l’étape du jour depuis le belvédère. L’argent récolté servira à réaliser les travaux de rénovation du site, explique le site de France 3 Occitanie.

Dans le rétro

Le Tour 1968 n’est pas spécialement passé à la postérité – une histoire de contexte historique, sans doute. Sauf aux Pays-Bas, où l’on garde le souvenir de la victoire de Jan Janssen. Le coureur aux éternelles lunettes pointe à la 3e place lors du contre-la-montre entre Melun et Paris. Dimanche 21 juillet 1968, ils sont quatre à se tenir dans la même minute. Dans l’ordre : Herman Van Springel, Gregorio San Miguel (à 12 secondes), Jan Janssen (à 16 secondes) et Franco Bitossi (à 58 secondes). Même le 7e, le Belge Ferdinand Bracke, peut rêver de jaune et effacer ses deux minutes de retard grâce à ses qualités de rouleur. Une densité de vainqueurs potentiels jamais vue depuis lors d’une dernière étape.

Au vélodrome de la Cipale, dans le bois de Vincennes, Janssen fait coup double : victoire d’étape et classement général. Maillot jaune déchu, Herman Van Springel n’a jamais accepté cette défaite, la mettant sur le compte d’un matériel plus performant chez Janssen ou des écarts qu’il ne recevait pas, à la différence de son rival. Comme Jean Robic en 1947, le Néerlandais boucle en vainqueur un Tour pendant lequel il n’a jamais été maillot jaune.

La voiture-balai

« – Elle est loin de la ligne d’arrivée la salle de presse ?

– Ça part à quelle heure demain ? Et la caravane ?

– Il est où le PPO ? [point de passage obligatoire]

– On a intérêt à prendre l’itinéraire course ou le hors course ?  »

Quelle que soit la question, on aura droit à la même réponse : « Attends, je regarde dans le roadbook. » En bon français, on dirait plutôt le « livre de route », où chacune des 21 étapes est détaillée par le menu. Reste qu’indépendamment de la langue choisie, ledit livre est la bible du suiveur du Tour.

Alors bien sûr, cela n’aura pas empêché les envoyés spéciaux du Monde de prendre l’itinéraire course – le jour où il ne fallait pas – à Vejle au Danemark, ni de parlementer (longtemps) avec des CRS barrant la route à Rodez… Mais in fine, on est arrivés (presque) sans encombre jusqu’à Cahors. Plus que deux jours avant de pouvoir le fermer pour de bon.

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Collectif

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