Mondiaux d’athlétisme : Kevin Mayer, modèle d’une nouvelle génération de décathloniens français

Mondiaux d’athlétisme : Kevin Mayer, modèle d’une nouvelle génération de décathloniens français

Quand on a 20 ans et que l’on pratique le décathlon, quel meilleur guide que Kevin Mayer, champion du monde, double vice-champion olympique et recordman du monde de la spécialité ? C’est la chance de Baptiste Thiery, 21 ans, et de Téo Bastien, 19 ans, tous deux originaires de l’île de La Réunion et qui vont regarder avec attention leur aîné (30 ans) tenter de conquérir une deuxième couronne mondiale le samedi 23 et le dimanche 24 juillet à Eugene (Oregon).

Le premier, qui est également spécialiste du saut à la perche, vient, en l’absence du grand patron, de remporter son premier titre national au décathlon à Caen (7 966 points). Le deuxième est déjà médaillé de bronze européen dans la catégorie des juniors en 2021. Et il a battu son record personnel cette année, avec un total de 7 892 points.

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Grands espoirs du décathlon français, ils n’ont pas encore le niveau pour participer aux Mondiaux (un minimum de 8 350 points réalisé en compétition est requis), ou aux championnats d’Europe prévus au mois d’août (8 100 points). « Il faut qu’ils continuent à bosser et qu’ils se rendent compte des problématiques pour continuer à évoluer, relève Kevin Mayer. C’est le moment difficile. Quand tu arrives à 7 900-8 000 points, comment tu passes le palier nécessaire pour atteindre les 8 500 points qui te permettent de participer aux grands championnats ? »

Avec son palmarès long comme le bras, son record du monde à 9 126 points – une performance herculéenne –, le Drômois sait de quoi il parle. « Il faut commencer à voir le décathlon comme dix disciplines de spécialistes. C’est à partir de ce moment-là où j’ai passé un cap énorme », rappelle-t-il.

Lavillenie et Mayer, « deux sources d’inspiration »

A défaut de pouvoir participer aujourd’hui par ses performances à de grandes compétitions internationales, la jeune garde du décathlon français, pour qui « le » rendez-vous se situe en 2024 à l’occasion des Jeux olympiques à Paris, s’est vu offrir un joli coup de projecteur, le 18 juin, lors du meeting de Paris, étape de la Diamond League.

Grâce à la volonté et au standing de Kevin Mayer, les organisateurs ont mis sur pied un triathlon (lancer de poids, saut en longueur et 110 m haies), qui ne figurait pas au programme officiel. Mais qui a offert une occasion rêvée à Téo Bastien et d’autres comme Makenson Gletty (23 ans) ou Arthur Prevost (24 ans) de connaître l’ambiance d’un tel meeting. Baptiste Thiery s’alignait, lui, au saut à la perche, où il a battu son record avec une barre à 5,65 mètres.

« J’ai la chance dans mes deux épreuves, perche et décathlon, d’avoir, d’un côté, Renaud [Lavillenie] et, de l’autre, Kevin [Mayer], se réjouit Baptiste Thiery. Ce sont vraiment deux sources d’inspiration. Pouvoir faire des compétitions où on est à la bagarre avec Kevin, ça nous fait sentir qu’on progresse. C’est hyperenrichissant. »

« Quand quelqu’un de son pays arrive à performer à ce niveau et à durer dans le temps, ça conforte et rassure, ça permet de se lancer sans se poser trop de questions », complète Téo Bastien.

« C’était impressionnant et intimidant au début »

Le 5 juin, lors d’un décathlon à Montpellier, le fief de Kevin Mayer, Baptiste Thiery avait déjà eu la joie de voir le recordman du monde venir se tester sur l’épreuve du saut à la perche. Il l’avait aussi rencontré l’hiver dernier lors d’un stage du collectif des épreuves combinées à La Réunion. Comme Téo Bastien, qui en garde un souvenir marquant : « C’était impressionnant et intimidant au début. Mais il m’a mis à l’aise, se souvient-il. Cela m’a permis d’échanger sur les épreuves du décathlon, les questions de nutrition ou sa manière d’aborder la compétition. »

Le licencié d’Arras (Pas-de-Calais) détaille un point qui l’a impressionné : « Le jour J, il arrive à se transcender. Il m’a expliqué ce qu’il ressentait intérieurement. Comment il joue sur le souffle. Quand ça vient de lui, on essaie de le reproduire. » Baptiste Thiery, néochampion de France, confirme : « C’est quelqu’un qui est assez ouvert, surtout avec les jeunes générations, parce qu’il a vraiment un maître mot, c’est de partager son sport. »

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Kevin Mayer assume « ce rôle d’ambassadeur de son sport. » Il y prend plaisir et ne voit pas cette relève comme une menace. « La concurrence a toujours été saine au décathlon, même à l’international. Je ne suis pas conservateur de mes records du monde, de mon prestige, affirme-t-il. Et s’ils doivent me dépasser, il n’y a pas de soucis. Je n’ai pas la science infuse, mais si on me demande des conseils, je suis très content de les donner. »

L’ambition n’est pas encore si forte chez les jeunes décathloniens. Le crime de lèse-majesté n’est pas pour tout de suite. « Battre le record de France qui est le record du monde, c’est très compliqué pour ne pas dire impossible, plaisante Téo Bastien. Mais on a envie de reprendre le flambeau. Garder la France au top niveau serait une fierté. »

En attendant, cela repose encore sur le trentenaire Kevin Mayer, qui aura la tâche difficile lors d’un décathlon des championnats du monde qui s’annonce très concurrentiel.

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