Hantise de nombre d

Le moustique tigre pullule à Toulouse : les conseils d’un spécialiste pour lutter contre ce fléau de l’été

Hantise de nombre d’habitants de Toulouse et sa région lors de la période estivale, le moustique tigre « célèbre » déjà dix ans de présence dans la Ville rose en 2022.

Il pullule à Toulouse, où entre la chaleur ambiante et l’humidité stagnante autour de la Garonne et ses affluents, il trouve « le gîte et le couvert », surtout dans « les zones pavillonnaires ». En 2022, l’aedes albopictus, alias moustique tigre, fête ses 10 ans d’implantation dans la Ville rose, et pour l’occasion, il offre aux habitants un été plus piquant que jamais…

Quelles sont les meilleures astuces pour éviter ses piqûres et (surtout) lutter contre son implantation ? Grégory L’Ambert, entomologiste médical à l’EID Méditerranée (Entente interdépartementale pour la démoustication) – un opérateur public et désintéressé du marché – livre ses conseils sur les choses à faire, et à ne pas faire, pour éviter de se faire dévorer cet été.

#. Porter des vêtements longs, amples et clairs

« On teste beaucoup de solutions alternatives (pour venir à bout de l’insecte, ndlr), mais pour l’instant, il faut surtout apprendre à vivre avec, et éliminer les gîtes autour de la maison », annonce d’emblée Grégory L’Ambert. Comprenez : il n’y a pas de recette magique, et « la meilleure solution pour lutter contre le moustique tigre, c’est encore d’éviter d’être piqué ».

Et si par temps de canicule, on a plutôt tendance à tomber des épaisseurs sous un soleil de plomb et 40°C au compteur, il conseille aux habitants de « porter des vêtements longs et amples avec des couleurs claires ».

Pas simple, en pleine alerte orange à la canicule, où on a plutôt tendance à enfiler shorts et tongs et shorts… Mais n’oubliez jamais que ce qui appâte les moustiques, ce n’est pas votre domicile, mais vous-même : « Ils sont attirés par la chaleur, la respiration, la transpiration, et les odeurs des bactéries qui vivent sur la peau ».

#. Un ventilo au-dessus de la table, un autre au-dessous !

Si vous profitez d’une soirée d’été sur le balcon ou en terrasse avec des amis, Grégory L’Ambert glisse une suggestion, doublement agréable par temps de canicule : se doter de ventilateurs, l’une des meilleures armes pour empêcher les nuisibles de voler. Et en plus, c’est naturel.

“Utiliser des ventilateurs à large pâle, cela va vraiment gêner les moustiques pour venir vous piquer : un sous la table, l’autre sur la table, c’est idéal !”

Grégory L’Ambert Entomologiste médical à l’EID Méditerranée

Les moustiques ayant tendance à jeter leur dévolu sur vos chevilles et vos jambes, un ventilateur de sol aura en effet le mérite non seulement de « venir perturber le vol du moustique », mais aussi de « diluer les odeurs corporelles ».

Vidéos : en ce moment sur Actu

#. Les ultrasons et bracelets anti-moustiques, à oublier

Pour lutter contre les moustiques, il faut aussi avoir conscience de ce qui est totalement inefficace : « Ce qui ne marche pas, ce sont les prises anti-moustiques avec ultrasons, mais aussi les bracelets anti-moustiques ». 

Cela ne fonctionne pas plus « que les bougies à la citronnelle, qui sentent bon, mais ne sont pas efficaces, sauf à les utiliser en très très grande quantité ». À ranger au rayon des oubliettes, aussi : les « recettes miracles avec des tomates ou du basilic », ou celles tout aussi empiriques « à base de marc de café ».

#. Les bons vieux serpentins, efficaces… en extérieur

Ne désespérez pas totalement, il y a aussi des outils qui sont (un peu) plus salutaires, selon Grégory L’Ambert. « Ce qui marche, c’est ce qui contient des insecticides, mais en la matière, il n’existe qu’une seule famille qui est autorisée, c’est celle à base de pyréthrine (ou pyréthrinoïdes) ».

Ces insecticides se déclinent sous forme de différents produits, mais pour l’entomologiste, « ce n’est pas à utiliser en routine, car cela tue les autres insectes, et cela peut, à terme, rendre le moustique tigre résistant au produit ».

Parmi ceux dont l’efficacité relative est avérée : les bons vieux serpentins. À utiliser en extérieur, bien évidemment, puisqu’ils sont justement à base de pyréthrine, et « respirer des insecticides, ce n’est jamais très bon pour la santé ».

#. Les répulsifs sur prise, à brancher… et débrancher !

Parmi les nombreux produits sur le marché, il y a aussi les fameux répulsifs à brancher sur des prises électriques, qui ont pignon sur rue en grande surface, et qui fonctionnent soit avec un diffuseur liquide, soit avec des plaquettes, à l’eucalyptus par exemple.

Généralement, ce sont des dispositifs « qui fonctionnent », mais qui ne sont jamais que « des diffuseurs d’insecticides que vous allez respirer ».

Pour conjuguer le bien-être et la santé, le spécialiste de l’EID conseille plutôt « de les brancher quand vous n’êtes pas dans la maison, en particulier dans les chambres, et de les débrancher quand vous l’occupez ».

#. Les moustiquaires aux fenêtres, une vraie solution

Si vous êtes dans l’obligation d’ouvrir les fenêtres la nuit en raison de la canicule, notamment dans les chambres, votre odeur corporelle risque bien d’attirer les moustiques, la seule idée pérenne semble « d’installer des moustiquaires aux fenêtres ». C’est une des solutions les plus efficaces », de bon sens… et de long terme !

#. Les sprays cutanés, fausse bonne idée ?

Pour ce qui est des sprays cutanés anti-moustiques, « d’une marque à l’autre, leur efficacité est très variable ». Mais l’entomologiste met en garde : « Mettre des produits sur la peau, ce n’est jamais anodin, en particulier pour les femmes enceintes, mais aussi les enfants, chez qui il y a un nombre d’applications maximales à respecter ». Il recommande de les utiliser avec une grande parcimonie, et de « les acheter de préférence en pharmacie » pour bénéficier des conseils de l’officine. 

#. Les huiles essentielles, une durée (très) limitée

Dans la panoplie anti-moustique qu’on trouve dans le commerce, il y a aussi de nombreux sprays à base d’huiles essentielles. « Un certain nombre de celles qui sont sur le marché sont scientifiquement inefficaces », balaie Grégory L’Ambert.

Cela dit, toujours d’après le spécialiste de l’EID, « certaines huiles essentielles, à l’eucalyptus citronné, au géraniol, ou à la citronnelle, peuvent fonctionner », mais là encore, « ce n’est pas anodin pour la peau et ils n’ont qu’une efficacité limitée d’une vingtaine de minutes seulement ».

#. Les lampes UV, totalement inefficaces

Pour ce qui est des lampes UV anti-moustiques dont les fabricants vendent les vertus à souhait, inutile d’en acheter. Non seulement « cela ne marche pas » mais c’est « une catastrophe écologique si on les utilise à l’extérieur ».

“Le moustique, et en particulier le moustique tigre, n’est pas attiré par la lumière ultraviolette, à l’inverse des autres insectes qui sont nécessaires pour la biodiversité du jardin…”

Grégory L’Ambert

On peut à la rigueur l’utiliser « à l’intérieur des maisons », mais d’après lui, cela ne sert pas à grand-chose : « Les moustiques sont beaucoup plus attirés par la chaleur (humaine, de surcroît) que par la lumière ».

#. Les bouteilles coupées, un (mauvais) piège de mémé

Quant aux remèdes de grand-mère de type « pièges à guêpe », avec « une bouteille coupée en deux (et à l’intérieur du sucre, de l’eau, de la levure, ou encore bière), c’est « totalement inefficace contre les moustiques, mais là encore très nocif pour « les insectes pollinisateurs de votre jardin ».

#. Les nichoirs à chauves-souris, « une légende urbaine »

Quant aux nichoirs à chauves-souris, qui sont parfois même installés par les collectivités publiques, Grégory L’Ambert n’y croit guère plus : « Les chauves-souris urbaines, c’est une légende urbaine ».

“Les chauves-souris vont manger plein de choses, mais très peu de moustiques tigres. Elles préfèrent se nourrir de gros insectes, comme les papillons de nuit, qui sont beaucoup plus nutritifs pour elles qu’un moustique. Si c’est pour faire disparaître les papillons de nuit qui sont aussi une espèce en déclin…”.

Grégory L’Ambert

Autre donnée à prendre en compte : « Les chauves-souris ont une activité crépusculaire, et volent généralement entre 2 et 7 mètres. Or, le moustique tigre va être actif plus tôt, dans l’après-midi, et il sévit entre 0 et 1 mètre. Autant dire qu’elles le croisent très peu ».

Bref, oubliez, ça aussi !

#. Les pièges à moustique, en complément

Parmi la foultitude de produits qui ont fait leur apparition sur le marché, on retrouve aussi de nombreux pièges à moustiques, « qui diffusent soit du dioxyde de carbone, soit des odeurs, pour simuler la présence d’êtres humains ». Ces produits « fonctionnent plus ou moins bien » en fonction des marques, selon l’entomologiste. « Certains vendeurs, peu scrupuleux, commercialisent des pièges à moustiques difficiles à évaluer ». Cela dit, dans ce business où les arnaques pullulent autant que les moustiques, quelques exceptions sont toutefois jugées comme « sérieuses ». Pour Grégory L’Ambert, ces pièges, comme les autres outils, ne feront pas tout : « Ce n’est qu’un complément. L’essentiel, c’est d’éliminer la production de moustiques à domicile ».

Quels sont les bons pièges à moustiques jugés efficaces ?

À la lecture de la littérature scientifique, l’efficacité de plusieurs pièges à moustiques est reconnue par les spécialistes, notamment les produits de l’entreprise Biogents, tenue par des entomologistes, en lien avec une université.
Cette société très en vue dans les enseignes de bricolage et de jardinage propose différents produits phares : le “BG Mosquitaire”, qui fonctionne comme un leurre, qui nécessite une alimentation électrique et qui est vendu entre 150 et 200 euros. Mais aussi le “BG Gat”, qui reproduit de faux gîtes larvaires avec de l’eau, fonctionne sans électricité, et est beaucoup moins cher, pour une trentaine d’euros seulement.

Le spécialiste de l’EID met aussi en garde face aux idées reçues : « Ce n’est pas parce que vous avez un piège qui capture des moustiques que votre situation va forcément s’améliorer. Le moustique tigre ne se déplace pas beaucoup, ces pièges vont attirer seulement ceux qui sont à proximité immédiate. Or, si vous avez 100 moustiques dans le jardin, que vous avez une quinzaine de piqûres, et que vous en capturez 15, vous aurez le sentiment d’en avoir attrapé beaucoup mais vous allez continuer à vous faire piquer. Un piège n’est qu’un leurre grossier, et sera toujours moins attractif que vous ».

#. Lutter contre les eaux stagnantes, une vraie solution

L’une des meilleures solutions pour éviter de se faire dévorer par les moustiques, c’est « d’éliminer une fois par semaine tous les endroits qui peuvent contenir de l’eau ». De vérifier que ses arrosoirs soient bien vidés, de mettre un seau sous son arrosage automatique, de mettre du gravier ou du sable dans la soucoupe de ses pots de fleurs. « Si les habitants font tout cela, normalement, ils n’ont pas de gîte larvaire chez vous, mais quand on fait du porte à porte, on en trouve tout le temps… »

Pour éviter au mieux les moustiques, lutter contre les eaux stagnantes doit être un défi quotidien. Les larves se nichent dans « les piles de seaux, les plis de bâches, ou encore les pieds de parasol, qu’on leste avec de l’eau ».

Le plus efficace étant encore de prévoir le coup lors de l’aménagement de son habitation, et de bien penser que « les terrasses sur plot, par exemple », sont souvent des réservoirs à moustiques.

#. Étanchéifier ses collecteurs d’eau de pluie

Autre astuce à ne pas sous-estimer : « Faire très attention aux collecteurs d’eau de pluie », dont de nombreux habitants se sont dotés ces dernières années, afin de faire des économies d’eau, dans un souci écologique. Grégory L’Ambert suggère « de les étanchéifier au maximum, ou d’y installer une moustiquaire, car c’est un véritable aimant à moustiques.

Comme le rappelle également la campagne lancée par Toulouse Métropole, Pensez aussi à nettoyer régulièrement et sécher vos gouttières, et autres évacuations d’eaux pluviales… Objectif : éviter la reproduction. « Il faut au moustique de l’eau pendant au moins une semaine pour que les œufs puissent éclore », indique Grégory L’Ambert. « Si vous faites attention à tout assécher, vous êtes tranquille ».

Attention aussi à nettoyer les ustensiles après avoir arrosé vos plantes ou votre potager, et à vider les coupelles sous les plantes : « Il peut facilement y avoir une centaine de larves dans un arrosoir ! »

#. Non, le moustique ne raffole pas des piscines !

Alors que la Haute-Garonne est l’un des départements de France les plus dotés en piscines privées, faut-il y voir dans ces bassins enterrés ou au sol, de potentiels réservoirs à moustiques ? Qu’on se le dise : selon Grégory L’Ambert, entomologiste médical à l’EID (Entente interdépartementale pour la démoustication) Méditerranée, les moustiques « n’aiment ni le chlore ni le sel ». Même si, par définition, une piscine vient « humidifier le milieu et les moustiques aiment bien cet environnement », il peut y en avoir qui s’établissent dans d’autres points d’eau, autour du bassin, mais pas à l’intérieur.

“Une piscine entretenue normalement ne va pas générer de présence du moustique tigre. Il n’y a en principe pas de larve dans le bassin, ni même dans ses skimmers. Les moustiques pondent au-dessus du niveau de l’eau, et préfèrent les petits endroits, comme les seaux, les arrosoirs…”

Grégory L’Ambert

Sous réserve, bien évidemment, que leurs propriétaires entretiennent leurs bassins et qu’ils ne se transforment pas en mare aux canards…

#. Et si le voisin ne fait rien ?

Enfin, si dans un monde idéal, la lutte contre le moustique tigre se fait de manière collégiale, elle repose aussi sur le bon vouloir de vos voisins : « Si vous faites très attention dans votre jardin, mais qu’à côté, les habitants ont disposé 200 bidons d’eau dans son jardin, c’est perdu d’avance… Il faut essayer de mener une lutte collective et inciter ses voisins à en faire de même ». Vaste programme !

La démoustication massive, c’est exceptionnel

Les campagnes de démoustication massives sont exceptionnelles, et autorisées dans leur immense majorité pour des raisons sanitaires (lors d’apparition de cas de dengue ou de chikungunya). À Toulouse, d’après la municipalité, une seule campagne de démoustication très localisée a été menée, le 21 juin dernier.
Un cas a toutefois fait l’objet d’une dérogation exceptionnelle en Occitanie, début juillet 2022 au Grau-du-Roi (Gard), où une prolifération inédite de moustiques tigres faisait fuir les touristes en masse : “Le Grau-du-Roi a fait l’objet d’une dérogation, après validation de toutes les instances administratives, car l’invasion des moustiques menaçait toute l’économie locale”.

Infos pratiques :
Pour plus d’infos sur les trucs et astuces pour lutter contre le moustique tigre, consulter le site moustiquetigre.org tenu par l’EID Méditerranée.

Cet article vous a été utile ? Sachez que vous pouvez suivre Actu Toulouse dans l’espace Mon Actu . En un clic, après inscription, vous y retrouverez toute l’actualité de vos villes et marques favorites.


#moustique #tigre #pullule #Toulouse #les #conseils #dun #spécialiste #pour #lutter #contre #fléau #lété

Leave a Comment

Your email address will not be published.