Mondiaux d’athlétisme : Mouhamadou Fall, un sprinteur en sursis

Mondiaux d’athlétisme : Mouhamadou Fall, un sprinteur en sursis

A quoi pensera Mouhamadou Fall lorsqu’il s’élancera dans la quatrième série de l’épreuve du 200 mètres des championnats du monde (à 2 h 26, mardi 19 juillet, heure de Paris) ? Le seul représentant du sprint français, engagé en individuel à Eugene (Oregon), est un homme en sursis. Le trentenaire est menacé par une suspension pour des manquements à sa localisation antidopage.

Le 7 juillet, alors qu’il s’était déjà envolé pour les Etats-Unis, il a été informé, par la Fédération française d’athlétisme (FFA), d’une notification de la part de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pour avoir violé, pour la troisième fois, les règles lors des douze derniers mois.

Bien qu’il soit sous la menace d’une suspension de deux ans – la règle en la matière, en général –, la procédure permet à l’athlète incriminé de donner des explications avant que l’AFLD ne rende sa décision. C’est ce que Mouhamadou Fall a fait par l’intermédiaire de son avocat.

La FFA aurait pu décider d’une action préventive. Elle a choisi une sorte de jugement de Salomon. « Nous n’avons aucune restriction de l’Agence française de lutte contre le dopage pour qu’il ne coure pas, mais nous avons pris la décision, avec les responsables du relais, que Mouhamadou Fall ne participe pas au 4 × 100 mètres », a confirmé Romain Barras, directeur de la haute performance à la FFA, en conférence de presse, quelques jours avant le début des Mondiaux. Le sprinteur de Franconville (Val-d’Oise) peut, en revanche, participer à l’épreuve individuelle.

Cet entre-deux permet d’éviter qu’une éventuelle sanction future vienne annuler rétroactivement les résultats du relais français. « Le 200 mètres, c’est une épreuve qui ne concerne que moi. Même en cas d’éventuelle sanction, elle ne rejaillira pas sur l’équipe de France », avance Mouhamadou Fall.

« Ça fait partie de la vie d’un sportif de haut niveau »

Pour l’équipe de France, il n’est pas question de le traiter en paria. « Il s’échauffera avec le groupe, car il fait partie de l’aventure du relais », a précisé Romain Barras. On pouvait d’ailleurs croiser, ces dernières heures, l’athlète, en tenue tricolore, sur le campus de l’université d’Oregon, où se trouve le stade Hayward-Field, dont il arpentera la piste.

De nature plutôt facile et joviale, Mouhamadou Fall était forcément touché lorsqu’il est venu devant les médias samedi. « Ce n’est pas facile, mais ça fait partie de la vie d’un sportif de haut niveau, s’est-il justifié. Avec mon avocat, on leur a fourni des explications, et je fais confiance à l’AFLD pour comprendre ce qui s’est passé. »

Footballeur dans ses jeunes années, le jeune homme s’est converti au sprint alors qu’il était gérant d’un bar à chicha dans sa ville d’origine, Persan (Val-d’Oise). C’est en organisant des courses contre des amis devant son établissement qu’il a pris conscience de sa pointe de vitesse. Un ex-professeur d’EPS l’a alors convaincu de se mettre sur le tard à l’athlétisme.

En quelques années, il a remporté à trois reprises le titre de champion de France du 100 mètres et à deux reprises celui du 200 mètres. Ses premières références chronométriques de débutant datent de 2015 : 10,90 secondes et 22,09 secondes. Cette année, il a amélioré ses deux records personnels : 10,15 secondes le 18 mai en Italie et 20,26 secondes lors du meeting de Charléty le 18 juin.

Un autre sprinteur français suspendu provisoirement

Le collectif des sprinteurs français, éliminé précocement en demi-finales des Jeux olympiques à Tokyo, n’est pas en grande forme. Un autre de ses meilleurs éléments, Amaury Golitin, a été suspendu provisoirement, à la fin de juin, par l’AFLD pour des manquements aux obligations de localisation et pour un soupçon de falsification de document. Il n’a donc pas fait le déplacement outre-Atlantique.

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Alors que les deux hommes risquent la même sanction définitive – deux ans hors des pistes – ils avaient aussi connu d’autres aléas extrasportifs lors des JO 2021. En raison de mauvais comportements, la commission disciplinaire de première instance de la FFA les a tous deux sanctionnés en décembre 2021.

Amaury Golitin a été sanctionné par deux fois : « interdiction de participer aux manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFA » d’une durée de six mois assortie d’un sursis total à cause de son comportement à Tokyo (critiques des choix du responsable des relais et absence à des rassemblements) ; interdiction de six mois, dont quatre avec sursis, pour « comportement violent » envers une autre athlète « en marge d’une compétition et au sein d’une structure d’entraînement ».

Mouhamadou Fall avait, lui, été sanctionné d’une interdiction similaire de six mois avec un sursis total en raison d’absence à des rassemblements du relais et de menaces de refuser la sélection.

Depuis le début de l’année, le sprinteur s’entraîne au sein du groupe de l’ex-sprinteur américain Dennis Mitchell, à Clermont en Floride. Champion du monde et champion olympique du 4 × 100 mètres – suspendu deux ans pour un contrôle positif à la testostérone –, Mitchell est notamment le coach des vedettes américaines Sha’Carri Richardson, Justin Gatlin ou encore Kenny Bednarek.

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