Mondiaux d’athlétisme : les Jamaïcaines réussissent le triplé sur le 100 mètres

Mondiaux d’athlétisme : les Jamaïcaines réussissent le triplé sur le 100 mètres

Du jaune et du vert. Dimanche 17 juillet, l’association de couleurs était omniprésente sur la piste et autour du stade Hayward Field. D’abord parce qu’elle représente les teintes traditionnelles de l’Université d’Oregon, sur le campus de laquelle sont organisés les Mondiaux 2022. Et aussi parce que le « yellow » et le « green » sont – avec le noir – les couleurs de la Jamaïque, à la fête sur l’épreuve du 100 mètres féminin.

A Eugene, sur le sol de leurs rivales américaines, les sprinteuses de l’île des Caraïbes ont répondu aux sprinteurs made in USA, qui avaient réussi la veille un triplé masculin sur la même distance. Shelly-Ann Fraser-Pryce, Shericka Jackson et Elaine Thompson-Herah succèdent ainsi, dans l’ordre et à vingt-quatre heures d’intervalle, à Fred Kerley, Marvin Bracy et Trayvon Bromell.

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A 35 ans, Shelly-Ann Fraser-Pryce remporte une dixième médaille d’or mondiale, avec un temps de 10,67 secondes. Elle est désormais quintuple championne du monde sur 100 mètres. Le palmarès de « Mommy rocket » (« maman fusée ») est encore plus impressionnant, puisqu’il faut y ajouter trois médailles d’or et quatre médailles d’argent olympiques. Sa longévité l’est tout autant : elle règne sur le sprint mondial depuis les Jeux de Pékin, en 2008, où elle avait déjà été sacrée pour la première fois sur la ligne droite.

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L’exubérante sprinteuse a pris sa revanche sur Elaine Thompson-Herah, qui avait réussi le doublé olympique 100 mètres-200 mètres en 2021 au Japon. A 30 ans, la deuxième performeuse de tous les temps (10,54 s en 2021) et quintuple championne olympique a terminé à la troisième place, en 10,81 secondes.

La médaille d’argent est revenue à Shericka Jackson, spécialiste du 400 m et double championne du monde du relais 4 × 400 mètres, qui a amélioré son record personnel en 10,73 secondes. Cette dernière pourrait en revanche dominer ses deux aînées dans le 200 mètres, épreuve où elle est, depuis le 26 juin, la troisième femme la plus rapide de l’histoire grâce à un chrono de 21,55 secondes.

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« Shelly-Ann est un exemple »

Finale la plus attendue de ces Mondiaux, le 100 m féminin a tenu toutes ses promesses. La concurrence et le haut niveau du sprint féminin ont relégué le sprint masculin en arrière-plan. « L’épreuve féminine est vraiment l’épreuve reine depuis la retraite d’Usain Bolt, comme le rappelle la Jamaïcaine Juliet Cuthbert, ancienne double vice-championne du monde du 100 m et du 200 m. En regardant les femmes l’année dernière aux Jeux olympiques, nous avons vu à quel point elles étaient performantes. C’est la course à suivre car toutes les prétendantes sont très proches les unes des autres. »

En incluant les Jamaïcaines, elles étaient treize athlètes sous les 10,90 secondes cette année. Les trois premières mondiales étaient les seules à avoir couru encore plus vite, en dessous de 10,80 secondes. Parmi elles et avant de réussir le même temps en finale, Shelly-Ann Fraser-Pryce avait déjà abaissé le chronomètre à 10,67 secondes par deux fois.

A Eugene, les supporteurs jamaïcains étaient nombreux et démonstratifs. Drapeaux, vestes, survêtements et tee-shirt d’un équipementier à la mode avec un slogan parfaitement de circonstance, « forever faster » (toujours plus vite). L’une d’entre eux, Erica Daily, espérait même plus qu’un triplé à quelques heures de la finale : « Ce soir, nous espérons faire première, deuxième, troisième et quatrième ! » Malheureusement, la jeune Kemba Nelson (22 ans) n’a pas franchi le cap des demi-finales.

Qu’importe, la fan caribéenne est fière de ses représentantes : « Shelly-Ann a bien plus de 30 ans. La plupart des sprinteuses s’arrêtent autour de cet âge. Elle est un exemple et montre aux femmes que c’est encore possible d’être performante. »

Un, deux et trois : les sprinteuses jamaïcaines ont dominé le 100 mètres féminin.

Officier de liaison auprès de la Fédération jamaïcaine d’athlétisme, Dennis Gordon ne cachait pas son admiration pour ses sprinteuses : « Elles sont exceptionnelles. Nous sommes privilégiés en tant que petite nation de produire des athlètes de cette qualité. »

« Nos sprinteurs sont moins présents que pendant les douze ans où Bolt a dominé les Américains. Mais nous sommes en train de reconstruire doucement », poursuit-il. Le jeune Oblique Seville (21 ans) a terminé 4e en 9,97 secondes, au pied du podium samedi lors du 100 mètres masculin.

Le record du monde tient toujours

Fraser-Pryce, Thompson-Herah et Jackson suscitent aussi l’admiration en dehors des frontières jamaïcaines. Le demi-finaliste néo-zélandais du 100 mètres, Edward Osei-Nketia, rencontré dans les travées du stade en ce « jamaïcan day », s’émerveillait avant la finale : « Les Jamaïcaines, spécialement Fraser-Pryce et Thompson, sont excellentes depuis des années et des années. Elles sont super rapides et elles se tirent vers le haut l’une et l’autre. Peut-être que l’on va voir un record du monde battu ce soir ?… »

Malgré l’émulation de cette concurrence féroce et une finale ultrarapide, le record du monde de l’Américaine Florence Griffith-Joyner n’est pas tombé. Le 16 juillet 1988 à Indianapolis, la sprinteuse controversée avait estomaqué le monde en courant en 10,49 secondes. Sur la piste réputée rapide du stade Hayward Field et avec l’apport de la nouvelle technologie de chaussures et de pointes, cette performance paraissait à la portée des reines du sprint.

Juliet Cuthbert y croit dur comme fer : « Elles sont toutes capables de courir en 10,60 secondes ou en 10,50 s. Avant, nous pensions que ce record était inaccessible. A un moment donné, on pensait que Merlene [Ottey, quatorze médailles mondiales en sprint] en était capable avec un vent favorable, analyse celle qui occupe le poste de ministre de la santé. Avec leurs performances récentes, cela devient accessible à Thompson et Fraser-Pryce… »

En juin, cette dernière assumait son ambition : « Je crois vraiment que je peux courir plus vite. C’est ce qui me motive vraiment », déclarait-elle au Monde. Pour remplacer définitivement Usain Bolt dans le cœur des Jamaïcains et des fans, la championne du monde sait ce qui lui reste à faire.

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