ENTRETIEN. Tour de France femmes : "Ça n'est pas un cadeau qu'on fait aux coureuses, elles le méritent", souligne Marion Rousse, directrice de l'événement

ENTRETIEN. Tour de France femmes : “Ça n’est pas un cadeau qu’on fait aux coureuses, elles le méritent”, souligne Marion Rousse, directrice de l’événement

Jamais une course à étapes sur le sol français n’avait eu autant d’allure dans le monde du cyclisme féminin. La première édition du Tour de France femmes débute à Paris, dimanche 24 juillet. Après huit éditions de La Course by Le Tour (2014-2021), qui proposait chaque année au peloton féminin de courir une étape du tracé dévolu aux hommes, Amaury sport organisation a décidé de mettre les bouchées doubles en organisant une épreuve longue de huit étapes.

Franceinfo: sport a rencontré le 11 juin Marion Rousse, directrice de la course et ex-coureuse professionnelle de 2010 à 2015. Cette dernière espère que l’événement s’inscrira sur le long terme, tout en permettant au cyclisme féminin de continuer son ascension.

Franceinfo sport : Que représente ce Tour de France dans l’histoire du cyclisme féminin ?

Marion Rousse : Ce n’est pas un cadeau qu’on fait aux coureuses. Il n’est pas non plus le fruit d’une pression sur Amaury sport organisation (ASO). Elles le méritent. C’est cohérent d’un point de vue sportif et professionnel. C’est la preuve que le cyclisme féminin est prêt et qu’il a évolué. Je pense qu’on a toutes les clés pour que cette épreuve perdure. Notre but, c’est qu’elle soit toujours là dans 30 ans.

Le cyclisme féminin a-t-il complètement changé depuis votre expérience de coureuse professionnelle ?

Ça n’a plus rien à voir. De cycliste professionnelle, je n’en avais que le nom. Il fallait que j’aille travailler le matin et m’entraîner après. A mon époque (2010-2015), seules trois ou quatre filles étaient payées au sein du peloton. Il y avait vraiment des écarts de niveau. Avec l’instauration du salaire minimum dans les équipes World Tour par l’UCI, les choses se sont homogénéisées.

“Les courses sont devenues encore plus intéressantes. Avec France Télévisions, on a la chance d’en commenter tout au long de l’année, et on s’éclate parfois plus à les commenter que celles des hommes.”

Marion Rousse, directrice du Tour de France femmes

à franceinfo: sport

Quand je courais, aucune course de cyclisme féminin n’était diffusée à la télé. Même sur internet, il fallait aller les chercher. On était passées sous silence, sans aucune reconnaissance.

Concrètement, comment s’est traduite cette progression au sein du peloton ?

Ça a l’air d’être un peu bête comme ça, mais prenons rien que les bus. Nous, on devait se changer au pied du camion quand même. Tout s’est bien structuré depuis. En ce qui concerne l’hébergement, j’étais logée dans des casernes, des lycées, des dortoirs… On a tout connu.

Par ailleurs, beaucoup d’équipes masculines se sont déclinées au féminin. Elles ont mis les moyens et ce n’est pas juste pour “faire bien”.

Vous êtes convaincue que le cyclisme féminin est sur le bon chemin…

Evidemment, il reste pas mal de choses à faire, mais, oui, nous prenons la bonne direction. L’existence de notre épreuve, le Tour de France femmes, est une super évolution. Que ce soit chez les hommes ou chez les femmes, c’est la plus belle course du monde. Elle dépasse les frontières du sport. On va parler du cyclisme féminin et le faire entrer dans le quotidien des gens, chose qu’aucune autre course au monde ne peut faire.

Quelles retombées espérez-vous grâces à cette première édition ?

On espère que les chefs d’entreprise qui vont allumer leur télé se diront que c’est super, le cyclisme féminin, et que ça leur donnera envie d’investir. Car même s’il existe, le système économique du cyclisme féminin est encore faible à l’heure actuelle.

Marion Rousse sur le podium des championnats de France, après sa victoire lors de la course sur route, le 23 juin 2011, à Saint-Amand-les-Eaux (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

On veut avoir un impact là-dessus, tout en donnant des vocations aux petites filles qui seront sur le bord des routes ou devant leur télé en juillet.

Avez-vous éprouvé des difficultés à attirer les sponsors pour cette nouvelle épreuve ?

Beaucoup de partenaires historiques du Tour de France se sont lancés dans l’aventure du cyclisme féminin : LCL, Leclerc… Ils ont été assez vite conquis. A côté de ça, ce qui est intéressant, c’est qu’on a vu arriver des partenaires qui ne veulent investir que dans le cyclisme féminin, dont Zwift (l’application de cyclisme virtuelle en est d’ailleurs le sponsor titre) et Liv. On arrive à trouver nos propres sponsors tout en conservant les historiques. C’est un super mélange.

Pour ce qui est du format de l’épreuve, doit-on s’attendre à ce qu’il se calque à terme sur le Tour de France masculin et ses trois semaines de course ?

C’est une première année, ça aurait été une folie de commencer directement avec trois semaines. On n’a pas envie de mettre la clé sous la porte au bout de trois ans. On perdrait beaucoup trop d’argent. Je préfère partir sur huit jours de course avec les mêmes standards qu’un Tour de France hommes, avec une caravane et des bons hôtels. Je ne pense pas qu’on restera sur huit jours de course pour toujours. Il y a un format à trouver. On a envie d’évoluer et on ne ferme la porte à rien.

Comment faire pour exister en dépit des éternelles comparaisons avec le cyclisme masculin ?

On m’a souvent demandé pourquoi on n’organisait pas le Tour de France femmes en même temps que celui des hommes. Ça aurait été la pire des choses qu’on puisse faire. On serait toujours dans l’ombre. Je pense qu’on a trouvé le créneau idéal. C’est une quatrième semaine du Tour de France et il n’y aura pas meilleur teaser qu’à France Télévisions. On va parler de notre épreuve pendant trois semaines. C’est le meilleur timing possible.


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