Accouchement: quand “l’heureux événement” tourne au traumatisme

publié le lundi 18 juillet 2022 à 08h39

La naissance d’un bébé, le plus beau jour de la vie d’une mère? Pour certaines, ce moment tourne au cauchemar et provoque un syndrome de stress post-traumatique qui peut avoir des répercussions durables sur elles et leur enfant.

Depuis le 1er juillet, un entretien postnatal précoce avec un médecin ou une sage-femme, entre la quatrième et la huitième semaine qui suit l’accouchement, est obligatoire pour les mamans, afin de repérer très tôt des signes de dépression.

Alertés par des femmes qui brisent ce tabou et par des études scientifiques, des médecins ont lancé ce printemps une formation gratuite destinée au personnel des maternités pour mieux prendre en compte les risques psychologiques des accouchements traumatiques.

Ce syndrome de stress post-traumatique (SSPT) peut être dû à un problème survenu lors de l’accouchement (césarienne d’urgence, détresse fœtale, impression de frôler la mort…) ou à une expérience amère avec le personnel médical, voire la perception de violences gynécologiques.

“L’accouchement peut être un heureux événement. Mais une femme qui accouche la première fois a 20% de risques d’avoir une césarienne et 20% de risques d’avoir un accouchement instrumenté. Et 30% des femmes qui ont une césarienne non programmée font un syndrome post traumatique”, souligne le Dr Amina Yamgnane, gynécologue-obstétricienne, qui codirige avec le Pr Israël Nisand la formation “Bientraitance en maternité” pour les soignants, proposée par l’Hôpital Américain de Paris.

Roberta Amprino a connu une grossesse sans problème pour son premier enfant. Mais à la maternité, le travail est très long. Soudain, le bébé montre des signes de souffrance et tout s’accélère.

“Quand ils m’ont mis ce bébé sur le ventre, il semblait mort, il était tout mou, tout vert. Il avait souffert d’anoxie cérébrale, son cerveau n’avait pas été irrigué”, raconte-t-elle. Les médecins ne savent pas si l’enfant survivra, et avec quelles séquelles.

L’enfant va bien aujourd’hui, mais des séquelles, Roberta en a gardé quatre ans. “J’étais traumatisée, j’avais des angoisses, je revoyais en boucle mon accouchement. Si je pensais au présent ou à l’avenir, je m’inquiétais pour mon bébé. Une petite phrase anodine pour un autre parent? j’éclatais en sanglots”, raconte cette cadre dans le marketing de 37 ans.

Ce n’est qu’à sa deuxième grossesse qu’un psychiatre diagnostique un syndrome de stress post-traumatique et qu’elle bénéficie d’un traitement.

– le bréviaire de l’hémorragie –

Comme sur les violences sexuelles, les fausses couches ou le vécu d’examens gynécologiques, le mouvement #MeToo a libéré la parole sur ce tabou, avec des blogs comme afterbirthtrauma ou des hashtags comme #postpartum.

“Les femmes nous ont dit souvent qu’elles avaient vécu leur accouchement de manière traumatisante et que ceci avait obéré voire détérioré la relation avec leur enfant”, explique le Pr Nisand. Deux premières séances au printemps ont fait le plein et la prochaine aura lieu en octobre.

“Ce n’est pas pareil d’avoir une maman qui vous fait des gouzi gouzi dans le cou et qui vous chante des berceuses que d’avoir une maman déprimée pendant les six premiers mois de sa vie”, selon le Pr Nisand.

Selon une enquête de Santé publique France publiée en 2021 et menée de 2013 à 2015, le suicide est, après les problèmes cardiaques, la deuxième cause de mortalité maternelle: 13% des décès maternels jusqu’à un an après l’accouchement sont causés par des suicides, 8% par des hémorragies.

“Tous les colloques portent sur comment traiter un placenta praevia, une éclampsie et là les gens sont très compétents. Le bréviaire de l’hémorragie de la délivrance, les professionnels le connaissent par cœur. En revanche, quels sont les facteurs de risque de stress post-traumatique, quelles en sont les conséquences? c’est feuille blanche”, estime le Pr Nisand.

Les symptômes sont multiples: dépression, tristesse, flashbacks, des réminiscences par dizaines chaque jour. La mère éteint ses émotions pour ne pas souffrir. “Elle abandonne le présent et donc son bébé. Cauchemars, troubles du sommeil contribuent à son épuisement. Elle peut avoir des conduites d’évitement: ne pas aller voir le médecin pour ne pas avoir de flashbacks”, explique le Dr Luis Alvarez, psychiatre qui intervient dans cette formation.

“Un SSPT de la mère entraîne troubles de l’attachement, retard de développement et dépression du bébé. A l’adolescence, ces enfants ont un risque très accru de faire une dépression”, met-il en garde.

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