Tour de France 2022 : une après-midi dans la roue des échappés

Tour de France 2022 : une après-midi dans la roue des échappés

« Movistar dans l’échappée ; Movistar dans l’échappée… » La voix grésillante qui sort de la radio installée sur le guidon de la moto 22, vendredi 15 juillet, est un peu atténuée par le vent. Il fait très chaud sur la route du Tour. La température dépasse les 30 °C, et les passages à l’ombre sont trop rares.

D’un petit signe de la main, Matteo Jorgensen demande un bidon à la voiture de son équipe. La « chasse à la canette » bat son plein. L’Américain fait partie de l’échappée de sept costauds partie après un bras de fer d’une heure avec le peloton, depuis Le Bourg-d’Oisans (Isère), ville départ d’une 13e étape ayant pour terminus Saint-Etienne (Loire).

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La scène qui suit échappera à la télévision : l’un des véhicules de la formation espagnole déboîte de la droite, se place au milieu de la deux-voies, pour remonter jusqu’à son coureur, tandis que les motos qui circulent sur le côté gauche de la route zigzaguent pour la laisser passer.

Pour des yeux non avertis, l’entreprise semble un peu périlleuse, avec son enchaînement de coups de klaxon, de coups de frein et d’embardées. Au total, plus de 160 véhicules – motos et voitures de l’organisation, des médias, de la gendarmerie… – arpentent chaque jour les routes de la course. Et, au-delà du chaos apparent et d’un niveau de stress digne du périphérique parisien, la mécanique est en réalité bien huilée.

L’un des ballets secrets du Tour se met en action

Prenez ce vendredi, dont le tracé, sans grande difficulté après le diptyque alpestre, promettait une bataille entre baroudeurs. Le scénario est classique, et plusieurs des vingt-deux équipes ont choisi de placer l’un de leurs véhicules d’assistance le long du parcours : plus simple pour accéder à l’échappée sans avoir à remonter tout le long du peloton.

Dès le départ réel, à 13 h 20, les attaques fusent, mais l’échappée du jour tarde à se dégager. Les trois motos « informations », chargées de rendre compte des différents faits de course et de calculer les écarts, multiplient les annonces. « Nous sommes les yeux de l’épreuve », résume l’un de ses pilotes, Bruno Thibout, ancien coureur chez Castorama et Motorola dans les années 1990.

« 171, Mads Pedersen, Trek-Segafredo. 88, Fred Wright, Bahrain Victorious. 64, Matteo Jorgenson, Movistar. 176, Quinn Simmons, Trek-Segafredo. 24, Filipo Ganna, Ineos Grenadiers. 196, Hugo Houle, Israel-Premier Tech. 94, Stefan Küng, Groupama-FDJ. » Vers 14 h 30, Radio Tour égrène les noms des sept fuyards du jour, suivant un rituel bien précis : numéro de dossard, identité du coureur, puis celle de sa formation.

L’écart entre les hommes de tête et le peloton a atteint le seuil fatidique de la minute. A partir de là, l’un des ballets secrets du Tour se met en action. Le champ est enfin suffisant pour que les motos des journalistes et des photographes, les voitures des directeurs sportifs (dont l’un des protégés est dans l’échappée) ou encore celles des commissaires puissent s’insérer sans risquer de gêner les coureurs.

« Il faut dégager le plus vite possible par l’avant »

Mais attention, les choses ne se font pas n’importe comment, et chaque véhicule doit respecter une place précise. Celle des équipes dans le cortège, par exemple, dépend de la position de son premier coureur au classement général : l’équipe du maillot jaune sera la numéro 1 ; celle de son dauphin, la numéro 2 ; et ainsi de suite. Les véhicules rouges des commissaires veillent au grain, on entend parfois quelques rappels à l’ordre : « Bahrain Victorious, à l’arrière ! »

C’est l’occasion aussi de profiter du public du Tour – dont on n’arrive pas toujours à comprendre la manie d’enfiler des costumes chauds en pleine canicule – ou de croiser au détour d’un virage, le long des 193 kilomètres menant à Saint-Etienne, Didi Senft, le « Diable » du Tour.

Les coups de sifflet des gendarmes munis de fanions jaunes signalant les dangers sur le tracé, comme un terre-plein, atténuent la torpeur de ce vendredi. Quelques minutes plus tard, le patron du Tour, Christian Prudhomme, donne de la voix sur Radio Tour pour rappeler à tout le monde de s’hydrater.

D’un coup, les motos accélèrent puis doublent les coureurs, pour se garer sur le bas-côté quelques kilomètres plus loin. « Quand l’écart redescend en dessous d’une minute, il faut dégager le plus vite possible par l’avant », explique Aurélien, un des pilotes qu’Amaury Sport Organisation (ASO), le gestionnaire de l’épreuve, met à disposition des journalistes et photographes.

Le Danois Mads Pedersen à l’arrivée de la 13e étape du Tour de France, à Saint-Etienne, le 15 juillet 2022.

Fausse alerte. L’affaire peut reprendre. La moto toute jaune de l’ardoisière de la Grande Boucle, continue ses allers-retours entre la tête de course et le peloton. L’écart s’est stabilisé : à moins de 30 kilomètres, on devine que le vainqueur est l’un des sept à l’avant.

A 11 kilomètres de la ligne blanche, le Danois Mads Pedersen lance une accélération et prend quelques longueurs d’avance, rapidement rejoint par le Britannique Fred Wright et le Canadien Hugo Houle.

La scène qui suit, cette fois, les spectateurs du Tour y auront assisté. Pas les suiveurs des échappés, faute d’un écart suffisant. A 200 mètres de l’arrivée, tout cet étranger ballet est amené à quitter le parcours et apprend par Radio Tour la victoire du « 171, Mads Pedersen, Trek-Segafredo ».

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