Tadej Pogacar s'attend à « batailler jusqu’au bout » avec Jonas Vingegaard

Tadej Pogacar s’attend à « batailler jusqu’au bout » avec Jonas Vingegaard

De notre envoyé spécial à L’Alpe d’Huez (Isère),

Un tel duel au sommet, dans une des étapes vedettes de ce Tour de France, aurait pu virer au trash talking. Lorsque Tadej Pogacar a tenté (en vain) plusieurs attaques, ce jeudi dans l’ascension finale de L’Alpe d’Huez, pour essayer de lâcher le nouveau maillot jaune Jonas Vingegaard, il a dans la foulée semblé glisser quelques mots à son principal rival. « Non, en fait on ne s’est pas parlé, assure le Danois, impérial pour son premier jour comme leader de la Grande Boucle. Il m’a juste fait un sourire et je le lui ai rendu, c’est tout. On se respecte beaucoup. Il est déjà l’un des plus grands coureurs de l’histoire. »

Un profond respect entre les jeunes coureurs de 23 et 25 ans qui n’empêchera évidemment pas une âpre bataille d’ici le 24 juillet à Paris. C’était d’ailleurs le credo de la Jumbo-Visma au départ de Briançon. « On voulait durcir la course aujourd’hui, indique ainsi Jonas Vingegaard. On s’était dit que plus elle serait dure avant la montée de L’Alpe d’Huez, et mieux ça serait pour moi. Comme ça, c’est moins explosif à la fin, et je pense que ça me convient mieux ainsi, pour me donner la possibilité de suivre ensuite Tadej. »

Jonas Vingegaard a suivi Tadej Pogacar comme son ombre, ce jeudi dans l’ascension de L’Alpe d’Huez. – Bernard Papon/AP/SIPA

« On arrive toujours à un combat d’homme à homme avec Tadej »

Maillot jaune pour la première fois de sa carrière, l’ancien lieutenant de Primoz Roglic sur la Vuelta 2020 s’est en tout cas clairement mis en tête qu’il s’agit à présent d’un duel avec Tadej Pogacar (toujours à 2’22” au général, mais passé de 3e à 2e), qu’il redoute bien plus (à raison) que Geraint Thomas, Romain Bardet (tombé du podium), Adam Yates et Nairo Quintana, tous à moins de 4 minutes, ou encore que le Britannique d’Ineos Thomas Pidcock (8e à 7’39”), auteur d’un spectaculaire bond au classement après son succès de prestige ce jeudi.

Je m’attendais aux attaques de Tadej. Il recommencera chaque fois qu’il le pourra. Je dois le surveiller, ne pas le perdre de vue. Au bout d’un moment, on arrive toujours à un combat d’homme à homme avec lui. Le but n’était pas de gagner l’étape ou de prendre du temps mais de garder l’écart sur lui. J’avais suffisamment de jambes pour le suivre dans la dernière montée mais je ne savais pas si j’en avais assez pour le lâcher. Je ne souhaitais donc pas me rendre vulnérable car si j’avais attaqué, il m’aurait peut-être lâché sur une contre-attaque. »

Une lecture tactique partagée par son adversaire : « Lorsque j’ai essayé d’attaquer, Jonas n’a jamais contre-attaqué. J’aurais bien aimé qu’il le fasse, car cela m’aurait permis de répondre à mon tour. Mais il m’a simplement suivi, et je n’étais pas assez fort pour le lâcher. Jonas est super fort mais nous allons batailler tous les deux jusqu’au bout ». Le rendez-vous est pris, et on a hâte de voir ces deux-là s’écharper la semaine prochaine dans les Pyrénées, même si on était loin ce jeudi de la dramaturgie de dingo de la 11e étape.

« J’ai dépensé trop d’énergie mercredi dans la montée du Galibier »

Dans ce sens (celui du suspense sur ce Tour 2022), la bonne nouvelle est d’avoir vu un Tadej Pogacar autrement plus costaud que dans le col du Granon, théâtre d’une défaillance inattendue de sa part la veille . « Je sais pourquoi j’ai souffert hier, j’ai dépensé trop d’énergie dans la montée du Galibier, pointe le Slovène. Cela ne se reproduira pas. Je me sentais bien mieux aujourd’hui, de nouveau en confiance et plus reposé. Et puis l’équipe a été très bonne. Elle m’a beaucoup apporté de quoi me rafraîchir, ce qui m’a permis de ne pas me rendre compte qu’on approchait les 40 degrés. »

Il n’empêche que si des porteurs d’eau se sont révélés dans l’étouffante chaleure iséroise, UAE Team Emirates n’a une nouvelle fois placé que deux autres coureurs dans le Top 70 de cette étape clé (Rafal Majka 21e et Marc Soler 39e), lorsque Jonas Vingegaard a encore eu le luxe de s’appuyer sur cinq coéquipiers bien positionnés (Sepp Kuss 9e, Steven Kruijswijk 15e, Primoz Roglic 27e, Wout van Aert 47e et Tiesj Benoot 57e). Un rapport de force rédhibitoire pour que Tadej Pogacar puisse remporter son troisième sacre consécutif aux Champs-Elysées ? Les mauvais signes ambiants, comme le nouveau cas de Covid-19 au sein de son équipe, qui entraîne cette fois le départ du directeur sportif espagnol Joxean Matxin, ne semblent pas affecter le prodige slovène.

On risque de souvent revoir des images d'un passionnant face-à-face entre Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard dans les Pyrénées.
On risque de souvent revoir des images d’un passionnant face-à-face entre Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard dans les Pyrénées. – Daniel Cole/AP/SIPA

« J’ai beaucoup grandi sur le plan mental »

« La Jumbo est très forte mais elle n’est pas imbattable, riposte Tadej Pogacar. Jonas est l’un des meilleurs grimpeurs mais je peux le défier. Je vais essayer de l’attaquer dans les prochains jours, mieux que je ne l’ai fait aujourd’hui. » Au vu du calme et de la maîtrise de Jonas Vingegaard à L’Alpe d’Huez, le double tenant du titre est conscient qu’il aura fort à faire, comme lors de son incroyable remontée sur Primoz Roglic en 2020, s’il tient à se parer à nouveau de jaune cet été.

« Tout le monde a vu l’an passé que j’avais déjà le niveau pour être là, confie le Danois, surprenant dauphin de Tadej Pogacar lors de l’édition 2021. J’ai beaucoup grandi sur le plan mental. Et c’était une expérience folle aujourd’hui de courir avec ce maillot jaune. Maintenant que je le porte, je vais m’accrocher à lui chaque jour. » Il va falloir être monstrueux pour priver un tel talent, si déterminé et si bien protégé en montagne, de la première grande victoire de sa carrière.


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