REPORTAGE. Tour de France 2022 : à bord de la voiture-balai, dans la roue des coureurs lâchés qui luttent contre le temps

REPORTAGE. Tour de France 2022 : à bord de la voiture-balai, dans la roue des coureurs lâchés qui luttent contre le temps

Ceux qui l’aperçoivent passent généralement une mauvaise journée sur le vélo. Malgré les ravitaillements et les encouragements, la voiture-balai reste redoutée des coureurs. Entre Briançon (Hautes-Alpes) et l’Alpe d’Huez (Isère), jeudi 14 juillet, franceinfo: sport a pris place à bord du véhicule, le temps de trois cols hors catégorie, et au lendemain d’une étape qui avait déjà pesé dans les jambes jusqu’au col du Granon. 

“Top, le départ réel est donné !” A bord de la voiture-balai, Radio Tour informe le chauffeur, Stéphane Bezault, et l’arbitre de la Fédération française de cyclisme, Jean-Pierre Boutin, du début de la course. La veille, ils ont été les premiers à apercevoir Mathieu van der Poel abandonner et monter dans sa voiture. Ils s’attendent à suivre quelques coureurs retardés sur la 12e étape : “Parfois, on suit un gruppetto avec 20 mecs, parfois on suit un seul coureur décroché, raconte Stéphane Bezault. Mais les étapes comme celles-ci dans les Alpes sont en général celles où on voit le plus de monde à l’arrière. 

La position de la voiture-balai respecte des règles bien précises. “On se place derrière l’ambulance tant qu’il n’y a pas de coureurs lâchés, puis on remonte derrière les voitures de directeurs sportifs et devant l’ambulance une fois qu’il y a des retardés. Ça permet aussi à l’arbitre de contrôler le bon déroulement de la course à l’arrière”, explique Stéphane Bezault, le conducteur du véhicule depuis cinq ans. Si autrefois, les coureurs montaient systématiquement à bord de la voiture-balai au moment de leur abandon, la grande majorité préfère désormais finir l’étape à l’arrière des voitures de leur équipe. “Depuis le début de ce Tour, on a ramassé seulement Kevin Vermaerke et Gianni Moscon, mais ils ne sont pas restés avec nous et on les a déposés à leur voiture un peu plus loin”, explique le conducteur. 

Avec trois cols classés hors catégorie jeudi, l’étape a de quoi effrayer les coureurs peu adeptes de la montagne. Si tous passent correctement le col du Galibier, le premier coureur distancé, Cyril Barthe, est aperçu après la descente de celui-ci. “Il va falloir qu’il rentre, sinon il va passer la journée derrière tout seul”, prévient Stéphane Bezault. Mission accomplie quelques kilomètres plus loin pour le coureur de l’équipe B&B Hotels-KTM. 

Regroupé, le peloton entame l’ascension du col de la Croix de Fer sur des moyennes assez élevées. “Les sprinteurs vont en baver”, remarque Jean-Pierre Boutin. L’arbitre ne se trompe pas, puisque très vite, un gruppetto se forme et le nom de Fabio Jakobsen, vainqueur de la deuxième étape, est cité par Radio Tour parmi les coureurs distancés. “En montagne, on a l’habitude de le voir à l’arrière”, notent les deux hommes. “Il faut qu’ils forment rapidement un groupe, comme ça ils vont s’entraider pour monter à leur rythme, détaille Stéphane Bezault. Le danger, c’est de se retrouver esseulé”. 

Ce danger guette rapidement le Français Victor Lafay, distancé et tout seul, devant la voiture-balai, comme la veille. “Je suis malade depuis la sixième étape. J’ai du mal à respirer, du coup ça n’oxygène pas les muscles, j’ai des courbatures et c’est dur. Je n’ai aucune force, j’ai mal partout“, expliquera-t-il à l’arrivée. Mais le coureur de la Cofidis s’accroche pour rattraper les Quick Step-Alpha Vinyl, qui se relaient pour porter leur leader, Fabio Jakobsen.

Le véhicule de la formation belge est la dernière voiture d’équipe présente à l’arrière, tant ses hommes y sont nombreux. Le staff de Quick Step-Alpha Vinyl donne également des ravitaillements à Victor Lafay. “Je les remercie. Ils m’ont donné des gels, des pâtes de fruits, des bidons. Il faut s’entraider et finalement, à ce niveau de galère, on n’est plus que des coureurs cyclistes, on ne tient plus compte des équipes”, racontera le coureur Cofidis. 

Victor Lafay en difficulté à l'arrière de la course sur la 12e étape du Tour de France, le 14 juillet 2022.  (HORTENSE LEBLANC / FRANCEINFO:SPORT)

Malgré ces ravitaillements, Victor Lafay perd la roue de ses compagnons d’infortune à quatre kilomètres du sommet du col de la Croix-de-Fer. Au volant de la voiture-balai, Stéphane Bezault se porte à sa hauteur pour l’encourager et lui apporter des gels énergétiques chargés avant le départ : “Allez Victor, c’est pour t’aider à recoller aux Quick Step !”. Même si le coureur reste accroché quelques secondes à la main du conducteur pour prendre ces ravitaillements bienvenus, et souffler un peu, l’arbitre ne bronche pas. “C’est toléré, ça ne change rien à la course au point où ils en sont”, explique Jean-Pierre Boutin. 

A 25 kilomètres de l’arrivée pour les coureurs distancés, l’écart avec la tête de la course se porte à 23 minutes. La question des délais se pose alors. “Il ne faut pas qu’il y en ait un qui lâche, sinon ça va casser le rythme”, observe l’arbitre. Quelques kilomètres plus haut, les premiers coureurs passent la ligne d’arrivée et l’officiel lance son chrono. Les délais autorisés pour rallier le sommet de l’Alpe d’Huez sont calculés : Victor Lafay et ses compagnons disposent alors de 44 minutes et 19 secondes pour rejoindre l’arrivée dans les temps, sous peine de disqualification et de retour à la maison.

Prévenus, plusieurs coureurs de la Quick-Step Alpha Vinyl accélèrent le rythme et Victor Lafay ne se trouve plus qu’avec Fabio Jakobsen et Mikkel Honoré. “Il ne faut pas qu’ils perdent plus de cinq minutes par kilomètre, ça ferait 45 minutes de retard et ils arriveraient hors délai”. A deux kilomètres de l’arrivée, le retard accusé par les trois coureurs est évalué à 34 minutes. “Ça va être chaud”, souffle Stéphane Bezault. Finalement, les trois courageux profitent des deux derniers kilomètres, moins pentus, pour passer la ligne avec 40 minutes et trois secondes de retard sur Thomas Pidcock, le vainqueur du jour. 

“A un moment, je n’étais pas serein, surtout quand j’ai vu les collègues de Fabio partir devant, je me suis dit que ça devait être un peu limite pour nous, mais je leur ai fait confiance et de toute façon je ne pouvais pas rouler plus vite”, raconte, soulagé et souriant, Victor Lafay. Alors que le public a fêté le passage des coureurs jusqu’aux derniers, le passage de la voiture-balai marque, lui, la fin du spectacle.


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