Aux Mondiaux d’Eugene, l’athlétisme français espère des jours meilleurs

Aux Mondiaux d’Eugene, l’athlétisme français espère des jours meilleurs

Le grand air des forêts de l’Oregon conviendra-t-il mieux aux athlètes français que la moiteur de la mégalopole de Tokyo ? A Eugene, l’équipe de France d’athlétisme avance profil bas aux championnats du monde (du 15 au 24 juillet) après sa performance ratée lors des Jeux olympiques (JO) de l’été 2021, seulement sauvée du zéro pointé par le décathlonien Kevin Mayer, médaillé d’argent.

Tancée pour ces mauvais résultats, secouée par des tensions internes (départ de deux directeurs techniques nationaux (DTN) et du directeur de la haute performance) et engluée dans relations compliquées avec l’Agence nationale du sport (ANS) et le ministère des sports, la Fédération française (FFA) se sait attendue au tournant. L’athlétisme tricolore espère se montrer sous un meilleur visage.

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A deux ans des JO de Paris, il n’y a plus de temps à perdre. En décembre 2021, après des mois de négociations, l’ANS et la FFA sont tombées d’accord sur la constitution d’un nouveau duo : l’ancien décathlonien Romain Barras a été promu directeur de la haute performance à l’ANS; l’ex-DTN de l’aviron Patrick Ranvier est chargé du même poste au sein de la Fédération : « Arriver de l’extérieur, sans a priori et sans affect, après une période ayant été compliquée, ça peut être bénéfique », affirme ce dernier.

Inspecteur général de la jeunesse et des sports, passé par quatre différentes fédérations, Patrick Ranvier était le premier choix du président André Giraud, qui a bataillé plusieurs mois pour le faire valider. « On a perdu six mois. J’en aurais bien eu besoin », confie Patrick Ranvier, qui se félicite aussi d’avoir « repris une relation normale » avec l’ANS.

« Signal pertinent »

Le temps est un luxe dont l’athlétisme français ne dispose guère. Comme l’a confié le perchiste Renaud Lavillenie, « à deux ans des Jeux, c’est trop tard ». Romain Barras en a conscience : « On ne va rien révolutionner et il ne faut pas. Il faut jouer à la marge sur l’accompagnement des athlètes. »

Patrick Ranvier insiste : « La FFA est une grosse boutique qui mérite qu’on réorganise un peu les choses. Il faut apporter de la lisibilité, de la simplification, un peu de process et de management des hommes. »

Le climat semble apaisé. « C’était une fédération qui fonctionnait à double vitesse, la direction technique nationale d’un côté, l’organigramme de la fédération de l’autre, détaille Patrick Ranvier. Tout le monde travaille de nouveau ensemble pour le même enjeu. C’est déjà un signal. »

« Il faut regarder la manière »

Pour les Mondiaux, une sélection resserrée de 28 athlètes individuels et de 3 relais a été envoyée aux Etats-Unis. La ligne directrice est simple : envoyer une équipe compétitive avec moins d’athlètes susceptibles d’être éliminés au premier tour. D’autant que cette année, les championnats d’Europe auront lieu trois semaines plus tard, à la mi-août – 42 Bleus font déjà partie de la sélection pour Münich qui sera complétée au début du mois.

Selon les « conseils » de l’ANS, les efforts sont concentrés sur « un public de jeunes en capacité d’être finalistes voire médaillables, développe Barras. On les accompagne, on priorise l’énergie et les moyens ». Dans ce plan « Ambition 2024 », 56 athlètes ont été identifiés. « On ne veut pas passer à côté de quelqu’un », ajoute-t-il.

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Renaud Lavillenie, qualifié pour Eugene et qui espère être présent à Paris en 2024, est bien placé pour le savoir : « Pour aller chercher cinq médailles olympiques, il faut compter sur un potentiel de 15 à 20 finalistes. » Le champion olympique 2012 le clame : « Utilisons les deux années à venir pour donner les moyens aux jeunes de progresser. »

Kevin Mayer, le recordman du monde du décathlon et l’une des rares grandes chances de médailles mondiales, se montre plus optimiste : « On dit que notre athlétisme ne va pas bien. Je ne suis pas trop d’accord. Il faut regarder la manière et pas juste les médailles. Il y a eu beaucoup de finalistes à Tokyo. Je ne suis pas inquiet ».

Premier podium crucial

Alors qu’il esquive le pronostic de médailles pour Eugene, Patrick Ranvier ne se cache pas pour les Jeux 2024. « Notre sport distribue 144 médailles. On ne peut pas avoir une ambition moindre que celle d’en avoir six à huit à Paris. Une ambition, pas un objectif. » « Romain, ça lui fait peur quand je parle comme ça », rapporte-t-il en souriant. En 2016, les Tricolores avaient remporté six médailles olympiques à Rio.

Mais si l’athlétisme français est confronté à l’urgence de résultats en vue de Paris 2024, les succès des Jeux 2028 et 2032 se construisent dès aujourd’hui. « Mon challenge est à deux vitesses, confirme le DTN. On met en place des dispositifs plus stables et structurés pour travailler à la relève. » Le 1er août, l’ex-entraîneur de Kevin Mayer, Bertrand Valcin, sera nommé responsable de l’optimisation de la performance. Et un profil scientifique viendra s’occuper du domaine de la recherche.

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Premier point de passage vers les JO à la maison, les Mondiaux d’Eugene seront scrutés. D’autant que la natation française, l’autre sport olympique majeur en délicatesse au Japon, a brillé lors des championnats du monde à Budapest en juin, avec huit médailles, dont deux en or. « La natation nous a mis un peu la pression, sourit Patrick Ranvier, On fera le dos rond si ça ne marche pas, on sera très contents si ça marche. Mais je ne voudrais pas que l’on ne retienne que le bilan de médailles. »

Toujours importante dans un grand championnat, l’obtention d’un premier podium sera cruciale. « L’émulation d’une médaille peut parfois en amener d’autres, confirme Kevin Mayer. Moi, je suis à la fin du programme[dimanche 24 juillet]. Faudra pas compter sur moi. » L’équipe de France l’espère, elle, dès le premier week-end. Samedi 16 juillet, Quentin Bigot est l’un des favoris en finale du lancer du marteau.

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