Tour de France 2022 : Jonas Vingegaard et le Granon font tomber l’invincible Tadej Pogacar

Tour de France 2022 : Jonas Vingegaard et le Granon font tomber l’invincible Tadej Pogacar

Au pied du Granon, Tadej Pogacar offre son plus beau sourire caméra. Au moment où la course doit s’emballer et le Tour de France, peut-être, se jouer. L’effronté ne respecte donc rien ? Le putsch de la Jumbo-Visma quelques kilomètres plus tôt dans le col du Galibier ? Même pas mal. La chaleur, les Alpes, l’altitude, la stratégie de tenaille de la formation néerlandaise… tout glisse alors sur le double tenant du titre.

C’est un peu vite oublier l’essence du cyclisme. Ce sport du temps long, où tout peut s’emballer parfois en quelques secondes. Les certitudes du matin terminent dans le ravin, le dieu invincible chute de son Olympe et nos cœurs de simples païens s’emballent comme mercredi 13 juillet, lors de cette 11e étape de la Grande Boucle.

Revivez la 11e étape du Tour de France : Jonas Vingegaard fait vaciller Tadej Pogacar et s’empare du maillot jaune

Retenez la date. C’est le jour où le Slovène a perdu, à 23 ans, son aura d’invincibilité sur les pentes de ce Granon (Hautes-Alpes), salle des tortures plus empruntée depuis 1986 avec son bitume rugueux, sa végétation rare, mais surtout ses 11,3 kilomètres de montée à 9,2 %. Au crépuscule de sa carrière, Bernard Hinault y avait passé ses dernières heures en jaune, déshabillé par Greg LeMond.

Le tombeur – provisoire – du double vainqueur sortant est tout aussi blond que l’Américain en 1986. Dauphin de Tadej Pogacar en 2021, Jonas Vingegaard n’a pas seulement remporté l’étape et dérobé le maillot jaune à « Pogi ». Le Danois l’a fait avec la manière et une belle marge. Au classement général, il devance de 2 minutes 16 un Romain Bardet (DSM) dont on se demande s’il a découvert une source de seconde jeunesse dans son jardin auvergnat de Brioude. Tadej Pogacar (3e) suit à 6 secondes du Français, après avoir lâché presque trois minutes au vainqueur.

« Je ne me suis pas senti bien, d’un coup »

Dingue et surtout inimaginable ce mercredi matin au départ d’Albertville (Savoie). La bascule ne prévient pas toujours. Quand Vingegaard tire un coup de fusil à 4,5 kilomètres du sommet du Granon, le bruit explose les tympans, mais résonne surtout dans les jambes du leader. Planté, le maillot jaune grand ouvert sur son torse imberbe, « Pogi » laisse son sherpa chez UAE, Rafal Majka, porter le fardeau à sa place et combler l’écart.

Mais quand le Polonais s’écarte, le Slovène se retrouve seul face à sa faiblesse du moment. « Je ne me suis pas senti bien d’un coup, dans le Granon. Quand Jonas a attaqué, je n’ai pas pu répondre », avoue-t-il quelques minutes plus tard au micro de France 2.

A sa décharge, le jeune homme n’avait jusque-là pas eu beaucoup d’occasions d’analyser ses défaillances. Dans le dernier numéro de Vélo Mag, publié avant le Tour, il prévenait pourtant qu’elles viendraient un jour : « Un jour, je n’en doute pas, j’aurai une année de merde ou des journées cauchemardesques, ça fait partie du cyclisme. »

Comme pistes d’explication à sa faillite du jour, il évoque du bout des lèvres une possible « hypoglycémie ». Beau perdant, il met aussi en avant le numéro de Jonas Vingegaard et reconnaît l’efficacité de la stratégie de la Jumbo-Visma, un peu trop vite prise pour une antenne néerlandaise de l’équipe espagnole Movistar en matière de stratégie de course baroque.

Le Danois Jonas Vingegaard, vainqueur de l’étape et nouveau Maillot jaune, dans le final de la 11ᵉ étape du Tour de France entre Albertville (Savoie) et le col du Granon (Hautes-Alpes), le 13 juillet.

Un plan établi « il y a plusieurs mois »

A entendre le nouveau Maillot jaune, cette 11e étape trottait dans les têtes de ses coéquipiers et directeurs sportifs depuis « plusieurs mois ». « On avait un plan au départ, on voulait rendre la course très dure, on pensait que cela jouerait pour moi et pour Primoz [Roglic] », poursuit l’intéressé.

Masque FFP2 sur la bouche, l’autre Slovène laissait deviner le sourire du coéquipier satisfait. « Tout s’est déroulé encore mieux que le plan prévu. On a livré une performance d’équipe incroyable », dit Primoz Roglic. Pour faire échec au roi Pogacar, il a accepté d’être le pion sacrifié, lui qui a perdu des plumes et son statut de leader maison avec son roulé-boulé nordiste de la 5e étape.

Jonas Vingegaard n’avait que des mots d’amour pour le remercier. « Primoz a été formidable. Il était le leader au départ et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour m’aider. Il a montré à quel point il était généreux. »

Le triple vainqueur de la Vuelta a ainsi secoué une première fois le cocotier dans la montée du col du Télégraphe, à près de 70 kilomètres de l’arrivée, puis remis le couvert dans le col du Galibier. L’idée était simple, à écouter Sepp Kuss. « On savait que Primoz voulait attaquer, mais on ne savait pas comment Pogacar et les autres allaient réagir, observe l’Américain de la Jumbo-Visma. Si ça ne marche pas une fois, il faut réessayer, hein. Une fois, ou plusieurs. »

Pogacar promet « un duel sympa à suivre »

Si Jonas Vingegaard et ses copains n’avaient pas décidé de lancer leur 18-Brumaire d’aussi loin, Warren Barguil (Arkéa-Samsic) présentait une bonne tête de vainqueur. Dans le Galibier, « Wawa » – son surnom – a appuyé sur la pédale, avec effets immédiats, pour s’isoler dans le groupe d’échappée, où figurait Wout van Aert et Christophe Laporte.

Ce dernier a vite mis au parfum son ami Mikaël Cherel. « Dès le début, on a vu les Jumbo-Visma, qui voulaient se glisser dans les trous, avec Van Aert notamment, raconte le coureur d’AG2R Citroën. J’ai glissé un mot à Christophe [Laporte] et il m’a fait comprendre la stratégie de l’équipe. Là, j’ai compris que c’était bien d’être dans l’échappée, mais qu’elle avait peu de chance d’aller au bout. »

Nos confrères anglo-saxons ont une expression pour ce genre d’étapes : « vintage stages ». Soit du cyclisme à l’ancienne, avec des attaques si possible à moins de 800 mètres du sommet. Warren Barguil, lui, aurait préféré un schéma plus convenu et un autre plat de résistance que le col du Granon. « La vallée avant m’a achevé. Au pied, j’ai complètement buté et je savais que ça allait être compliqué », concède le combatif du jour, presque à pied au moment d’être dépassé par Jonas Vingegaard.

La première victoire d’étape française attendra un peu. Un succès tricolore à l’Alpe d’Huez, un jour de 14-Juillet, cela aurait de l’allure. Maillot blanc du meilleur jeune sur le dos, Tadej Pogacar a, lui, promis un feu d’artifice, sans préciser la date. « Je vais essayer de récupérer du temps sur Jonas. Je pense que ça va être sympa pour vous de suivre ce duel. »

Le Danois achète déjà le scénario. « Tadej, c’est un énorme coureur, sans doute le meilleur, reconnaît-il. Lui prendre le maillot jaune, c’était impensable et je sais qu’il va tout faire pour le reprendre. » N’est-ce pas Tadej Pogacar qui répétait à tous les micros – avant de croiser cette vacherie de col du Granon – que « le Tour n’était pas fini » ?

Romain Bardet en embuscade, David Gaudu termine bien

A l’arrivée au sommet du col du Granon, Romain Bardet est resté de longues minutes assis à même le sol pour récupérer de son effort. Mais le Français pouvait aussi savourer son étape du jour (3e). A mi-Tour, le coureur de l’équipe néerlandaise DSM pointe à la 2e place au classement général, derrière Jonas Vingegaard (+ 2 min 16).

« C’était une journée très dure, on ne s’attendait pas à ce que la bagarre se déclenche dès le col du Télégraphe pour le classement général, a-t-il déclaré après avoir repris son souffle. Mes équipiers ont fait un gros travail pour me ramener à l’avant à ce moment-là. Je suis très content de ma journée, il a fallu gérer les efforts, mais les jambes répondaient bien. [Jeudi] ça sera une autre grosse bataille. » Sur les pentes de l’Alpe-d’Huez, l’Auvergnat sera très attendu, tout comme David Gaudu. En difficulté dans le col du Galibier, le grimpeur de la Groupama-FDJ a réalisé une excellente montée du Granon pour terminer 5e. Il est 7e au classement général (+ 3 min 13).

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