Pogba, à la recherche de la Juve perdue

Pogba, à la recherche de la Juve perdue

Après un transfert en grande pompe à Manchester United en 2016, Paul Pogba semble retrouver la Juventus presque comme il l’a quittée, avec Massimiliano Allegri aux manettes de l’équipe A et Andrea Agnelli à celles de la présidence. La réalité est évidemment autre : c’est au sein d’une Vieille Dame affaiblie sportivement et politiquement que le milieu français va tenter de relancer une carrière en club qui ne raconte plus rien, depuis six ans maintenant.

C’est presque à se demander pourquoi il est parti. Été 2016. Paul Pogba sort de ce qui reste encore aujourd’hui la meilleure saison de sa carrière. Rayonnant en Serie A avec la Juventus (8 buts, 12 passes décisives), cadre incontournable d’une équipe de France finaliste du dernier Euro, phénomène marketing et médiatique, la Pioche est au top du hip-hop du football mondial. Trop fort, trop bling-bling, trop profitable pour une Juventus qui le refourgue pour 105 millions d’euros à Manchester United, le joueur quitte un club qui l’aura pourtant beaucoup aimé. Paul Pogba est une superstar, et les étoiles mondiales ne s’éternisent plus dans le calcio. Ces temps sont révolus. Six ans plus tard, pourtant, l’astre est de retour dans le système solaire piémontais. Son rayonnement est plus faible. Sa chaleur plus diffuse. Mais c’est bien à Turin que Paul Pogba est venu ranimer le feu sacré d’une carrière en club qui ne fait plus grand sens, depuis un bon paquet d’années.

Love and Pogba

Outre le symbole, qu’est-ce que raconte ce retour ? Pour Pogba, on peut songer à première vue à la perspective d’ambitions sportives régénérées. Selon les médias transalpins, le joueur aurait concédé une baisse de moitié de ses émoluments (de 16 à 8 millions d’euros). Ce qui ferait néanmoins toujours de lui le plus gros salaire de l’effectif, avec Matthijs de Ligt. Le Français renoue aussi avec un club et des tifosi qui lui ont réservé un retour triomphal ce samedi, alors que le joueur s’était rendu au centre d’entraînement de la Juventus pour passer sa visite médicale. La passion reste intacte, mais la raison incite à un chouia plus de prudence.

Inconséquent à Manchester United depuis trois saisons, Pogba revient en Italie avec quelques interrogations dans ses bagages. Sa capacité à régulièrement briller au plus haut niveau fait partie du lot, même si le joueur n’a pas franchement été aidé par le contexte mancunien ces dernières années. Sa carrière n’aura retrouvé qu’un semblant de cohérence en équipe de France, notamment lors du Mondial 2018, où son apport au milieu fut évidemment prépondérant dans le succès des Bleus. Dans son documentaire sorti mi-juin dernier, le joueur discutait avec feu Mino Raiola de la différence de son rendu en sélection et en club : « On doit trouver un club où tu es aussi bon qu’en sélection, énonce ce dernier. Avec l’équipe de France, tu es le vrai Pogba, le Pogba de la Juventus, le Pogba que tout le monde aime… » C’est donc précisément pour retrouver « le Pogba que tout le monde aime » que l’ex-numéro 6 mancunien se repointe chez les Bianconeri. Pas sûr, néanmoins, que cette Vieille Dame-là ait les moyens de lui offrir la cure de jouvence tant attendue.

Vieille Dame usée

La Juventus que la Pioche retrouve est bien différente de celle qu’il a connue. Giuseppe Marotta, le magicien du mercato piémontais, a filé depuis 2018 faire des merveilles à Milan, comme directeur sportif de l’Inter. À rebours de ses anciennes habitudes, la Juve aura dépensé beaucoup d’argent pour des résultats inégaux. Notamment 115 millions d’euros de transfert plus 30 en salaire annuel, pour attirer Cristiano Ronaldo dans ses filets. Un énorme investissement financier, qui s’est avéré improductif sur le plan sportif : avec le Portugais dans ses rangs, la Juve n’a pas dépassé les quarts de finale de C1. Son all in sur Ronaldo ne lui aura par ailleurs pas permis de renforcer un effectif structurellement déficient. Pogba – titulaire de la finale de la C1 en 2015 au sein d’un milieu où figuraient aussi Pirlo, Vidal et Marchisio – va devoir redynamiser un entrejeu blanc et noir atone depuis de longues années. Ce que n’avait par exemple pas réussi à faire Manuel Locatelli, brillant à Sassuolo il y a un an, mais beaucoup plus quelconque depuis son arrivée à Turin.

La faute en revient pour beaucoup aux maîtres du jeu piémontais. D’abord à Massimiliano Allegri, qui avait déjà eu Pogba sous ses ordres de 2014 à 2016. Inspiré lors de ses trois premières années noir et blanc, le Mister s’est depuis enfermé dans un conservatisme tactique mortifère, qui a fait des Juventini la grosse écurie la plus lénifiante du championnat. Andrea Agnelli, le boss de la Juventus, semble pour l’instant s’en contenter. Le président des Bossus garde confiance dans son entraîneur, mais est lui-même affaibli politiquement. L’échec de la création de la Superligue – dont il s’était fait le premier défenseur – auquel s’additionnent les bides répétés de la Juve en C1, ont fragilisé l’image du club et de son lider maximo. Paul Pogba, dont la carrière ne constitue pas un modèle de linéarité, replonge donc dans une formation instable, plombée par les doutes et rongée par le spectre de son déclassement. Le défi s’annonce donc immense. La route, salement accidentée. Mais qui sait ? En cours de chemin, il y a peut-être le vrai Paul Pogba qui attend son heure. Le Pogba de la Juventus, d’il y a six ans maintenant.

Par Adrien Candau

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