Wimbledon : Novak Djokovic, la délivrance après une année de remous

Wimbledon : Novak Djokovic, la délivrance après une année de remous

On ne va pas se mentir. Il y aurait eu une certaine ironie à voir triompher sur le Centre Court de Wimbledon, où la révérence est de mise, le joueur le plus impertinent du circuit. La présence en finale de Nick Kyrgios dans un décor qui d’ordinaire honore les manières des gentlemen faisait tousser parmi les membres du très sélect All England Lawn Tennis Club. Mais Novak Djokovic leur aura épargné cet affront en décrochant, dimanche 10 juillet, sa septième couronne anglaise, après sa victoire contre l’enfant terrible du tennis australien (4-6, 6-3, 6-4, 7-6).

Après le sacre la veille de la Kazakhe née à Moscou Elena Rybakina, sous forme de pied de nez aux organisateurs qui avaient décidé cette année d’en priver Russes et Biélorusses, il flottait décidément comme un parfum de défiance dans cette édition pas comme les autres.

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Finale ou pas finale, Kyrgios, casquette à l’envers et maillot de basketteur, certes immaculés comme le veut la tradition, n’avait pas souhaité déroger à ses habitudes vestimentaires. Pas question non plus d’édulcorer son tennis aussi nonchalant que flamboyant, malgré cette première pour lui dans la cour des grands : un service dévastateur, une gâchette en coup droit, un revers frappé presque en marchant et une « main » capable aussi bien d’amorties que de demi-volées inspirées. Dans le premier set, le 40e joueur mondial donna parfois l’impression de disputer un match d’exhibition, gratifiant les 15 000 spectateurs du Centre Court de « tweeners » (coups entre les jambes) et autre service à la cuillère qu’il se permit dès son premier jeu de service.

Jurons à la pelle sous les yeux du prince George

Mais Novak Djokovic, qui avait jusqu’ici perdu leurs deux face-à-face, n’était pas là pour admirer son petit numéro trop longtemps. Il se mit à mieux lire les jeux de service de l’Australien dès le début de la deuxième manche et resta imperturbable quand il s’agit de sauver sa mise en jeu.

Le scénario qui allait suivre était par trop prévisible : Kyrgios commença à sentir la moutarde lui monter au nez. Il accusa une femme alcoolisée au premier rang de le perturber entre ses services. « C’est celle qui ressemble à quelqu’un qui a bu 700 verres », lança-t-il à l’arbitre de chaise, le Français Renaud Lichtenstein, qui lui colla un avertissement. Au premier rang de la « Royal Box », le prince George n’avait sans doute pas entendu autant de jurons de toute sa jeune existence.

Entre Kyrgios et Djokovic, l’heure est désormais à la « bromance », après plusieurs années de guerre froide

L’Australien s’en prit ensuite verbalement à son clan, sortant définitivement de son match. Novak Djokovic l’y aida aussi, rentrant dans le cerveau de l’impudent en le forçant à surjouer. La machine était lancée et comme souvent avec le métronome serbe, le suspense était vite évacué. Après trois heures pile de jeu, il s’agenouilla pour mâchouiller son brin de gazon, comme il en a pris l’habitude depuis sa victoire face à Roger Federer en 2019. Durant tout le match, il fut bien le seul à ne pas en prendre pour son grade.

Il faut dire qu’entre Kyrgios et Djokovic, l’heure est désormais à la « bromance », comme le vainqueur le confirma dans son discours, après plusieurs années de guerre froide. Le Serbe était devenu la cible privilégiée de l’Australien, qui avait lancé les hostilités dans un podcast en 2019. « J’ai l’impression qu’il a un besoin maladif d’être aimé. Il veut être comme Roger [Federer]. Sa célébration après les matchs, c’est très embarrassant. Elle me tue. La prochaine fois qu’on se jouera, si je gagne, je ferai sa célébration devant lui. Ça serait hilarant, non ? » En réponse, Djokovic avait fait savoir que s’il admirait le talent de son cadet sur le court, en dehors, il n’avait « pas beaucoup de respect pour lui ».

Mais tout cela, c’est du passé. Les deux hommes ont enterré la hache de guerre en début d’année, alors que le Serbe était en pleine tourmente aux antipodes. Kyrgios fut l’un des rares joueurs à avoir publiquement pris sa défense à Melbourne, en Australie, où l’ancien numéro un mondial avait été placé en détention avant d’être expulsé du pays.

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Au moment de recevoir son trophée, Djokovic lui rendit un hommage appuyé : « Nick, tu reviendras ici en finale. Je te respecte énormément. Tu es un joueur phénoménal, avec un talent incroyable. Je n’aurais jamais imaginé dire autant d’éloges sur toi », rigola le numéro 3 mondial, qui n’a plus perdu sur le Centre Court depuis sa défaite en finale face à Andy Murray en 2013 et égale au passage son idole de jeunesse Pete Sampras, septuple vainqueur à Londres.

A une longueur du record de Nadal

Avec cette victoire, la 21e en Grand Chelem, le voilà revenu dans la course à l’histoire, à une longueur de Rafael Nadal (22, contre 20 pour Roger Federer).

Cette année plus que jamais, à Wimbledon, le joueur de 35 ans était un homme en mission. Depuis le début de sa quinzaine, il n’avait pas caché la pression supplémentaire générée par les incertitudes de son calendrier. Déjà privé de l’Open d’Australie, en l’état actuel des choses, il ne pourra pas non plus participer à l’US Open (29 août-11 septembre), les Etats-Unis refusant toujours d’autoriser sur leur sol les personnes non vaccinées contre le Covid-19. Et dépend du bon vouloir des autorités australiennes pour pouvoir de nouveau entrer sur le territoire depuis son expulsion.

« C’est là une motivation supplémentaire pour bien réussir à Wimbledon », a expliqué le désormais quadruple tenant du titre en posant le pied sur le gazon londonien, après avoir laissé passer sa chance à Roland-Garros, où Nadal lui barra la route en quarts de finale.

Un an qu’il attendait ce 21e trophée en Majeurs, une éternité à l’échelle de Djokovic, qui avait raté d’une marche le Grand Chelem calendaire (remporter les quatre Majeurs sur une année civile), à l’US Open en août. « C’est un soulagement au vu de ce que j’ai traversé cette année, cela y ajoute de la valeur et du sens. Le début de saison a été évidemment turbulent pour moi émotionnellement, mentalement, s’épancha-t-il dimanche soir. [L’épisode australien] fut un obstacle à surmonter, cela n’a pas été facile de clore le chapitre, tous les médias m’en parlaient, j’ai mis du temps à affronter la tempête au fond de moi. »

Sans savoir de quoi sera fait demain, l’accalmie tombe à point dans son jardin.

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