Wimbledon : Nick Kyrgios, l’enfant terrible du tennis australien, enfin sage ?

Wimbledon : Nick Kyrgios, l’enfant terrible du tennis australien, enfin sage ?

Avec un sens de la « mesure » qui le caractérise, Nick Kyrgios avait claironné à qui voulait l’entendre : « Ce sera probablement le match le plus regardé de tous les temps. » A la veille de disputer sa toute première demi-finale de Grand Chelem, l’enfant terrible du tennis australien trépignait à l’idée d’affronter Rafael Nadal à Wimbledon, vendredi 8 juillet.

Las, jeudi soir, l’Espagnol est venu doucher les espoirs de son cadet. Et celles du All England Lawn Tennis Club avec, lequel salivait des retrouvailles entre deux joueurs que tout oppose ou presque. Vaincu par une déchirure abdominale, le numéro 4 mondial a été contraint de déclarer forfait : « Même s’il m’est arrivé plein de fois dans ma carrière de continuer à jouer dans des circonstances très compliquées, dans ce cas précis, si je continuais, la blessure n’allait qu’empirer », a-t-il justifié.

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Début juin, déjà, l’Espagnol de 36 ans avait remporté son quatorzième Roland-Garros sur un pied – traité depuis par radiofréquences (qui endorment les nerfs douloureux). L’héroïsme a des limites : sans ceinture abdominale et donc sans possibilité de bien servir, l’entreprise cette fois était vaine, a fortiori contre un adversaire à la main verte.

Depuis qu’il a posé le pied sur le gazon londonien, Nick Kyrgios vit la meilleure quinzaine de sa carrière et se retrouve propulsé en finale, où il affrontera le Serbe Novak Djokovic dimanche. Après sa victoire en quart de finale sur le Chilien Cristian Garin (43e mondial), mercredi, il s’est livré comme rarement sur le court, inhabituellement ému.

Considéré par beaucoup sur le circuit et en dehors comme un talent gâché – à commencer par ses glorieux compatriotes qui le voient, selon ses mots, comme un « paria » –, l’Australien n’était pas loin de leur donner raison : « Je n’ai jamais pensé que je serais en demi-finale d’un Grand Chelem, je croyais que j’avais laissé passer mes chances. Je n’ai pas visé les sommets plus tôt dans ma carrière et j’ai peut-être perdu du temps », admettait le joueur redescendu à la 40e place mondiale – il s’était hissé au 13e rang en 2016.

« J’ai grandi, je me sens comme un vétéran »

Paradoxalement, c’est dans ce décor chargé d’histoire où on ne badine pas avec les traditions que Nick Kyrgios, apôtre de l’irrévérence, s’était révélé au grand public. En 2014, l’adolescent de 19 ans avait éliminé en huitième de finale… Rafael Nadal, alors numéro un mondial. A l’époque, cette victoire tout en panache du 144e mondial avait ébahi bien au-delà des frontières pimpantes du All England Club.

Car avant de devenir un joueur qui divise sur le circuit et joue les « intermittents du spectacle », adepte des pitreries et « punchlines » sur les courts et ailleurs, l’ancien numéro un mondial junior était surtout un gamin précoce, bourré de talent. Un service de plomb du haut de son 1,93 m, un coup droit qui claque et une bonne dose d’impudence, assurant le spectacle à grand renfort de « tweeners » (coups entre les jambes) et de services à la cuillère, entre autres.

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Depuis son baptême réussi sur le Centre Court il y a huit ans, l’Australien a enchaîné les coups d’éclat, affichant un surplus de motivation à chaque occasion de dégommer les têtes d’affiche (il détient le meilleur pourcentage de matchs gagnés face au trio Nadal-Federer-Djokovic), sans connaître l’existence des mots rigueur et constance.

Mercredi, le droitier de 27 ans est revenu sur cette trajectoire sinusoïdale : « Si vous aviez demandé à quelqu’un si j’étais capable d’aller en demi-finale de Wimbledon, je pense que tout le monde aurait probablement dit : “Non, il n’a pas la capacité mentale, il n’a pas la capacité physique, il n’a pas la discipline, etc.”, a-t-il développé. Les fois où je suis allé aussi loin dans un Grand Chelem [quarts à Wimbledon 2014 et Open d’Australie 2015], je n’ai pas été capable de faire la part des choses. Mais j’ai grandi. Les gens oublient souvent que ça fait presque dix ans que je suis sur le circuit. Je me sens un peu comme un vétéran. »

Sortie au pub jusqu’à l’aube

En début de semaine, il avait exhumé devant les journalistes une anecdote qui résume à elle seule le personnage : « Il fut un temps où il fallait me faire sortir de force d’un pub à 4 heures du matin pour jouer un deuxième tour de Wimbledon contre Nadal [en 2019, défaite contre l’Espagnol en quatre sets]. J’ai parcouru un long chemin, c’est certain… »

Il a ensuite poursuivi longuement l’introspection en conférence de presse après son quart de finale, abandonnant un ton jadis arrogant : « Il y a eu un moment où j’en avais presque fini avec le sport, a rappelé Nick Kyrgios, qui avait révélé en début d’année sur Instagram avoir eu des pensées autodestructrices et suicidaires à l’Open d’Australie 2019. Au début de l’année, j’avais perdu l’amour du jeu, perdu l’étincelle. Puis certaines choses ont changé dans ma vie. J’ai l’impression de jouer mon meilleur tennis et d’être bien dans ma peau. Je me sens bien, je me sens calme, je me sens mûr. La route a été longue. »

Adieux les « kyrgioseries » ? Pas si vite… L’Australien s’est attiré les sifflets du public dès son entrée en lice sur le gazon londonien, crachant en direction d’un spectateur, puis interprétant une farce avec le Grec Stéfanos Tsitsipas au troisième tour, entre engueulades avec l’arbitre, point de pénalité, balle balancée dans le public et demande de disqualification. En moins d’une semaine, l’intéressé a dû s’acquitter de 14 000 dollars (13 700 euros) d’amende.

Et ses tourments risquent de se prolonger quelle que soit l’issue de cette quinzaine : accusé d’agression par une ancienne petite amie, il a été cité à comparaître devant un tribunal de Canberra début août.


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