Tour de France 2022 : la menace du Covid éclipse la victoire de Wout van Aert à Lausanne

Tour de France 2022 : la menace du Covid éclipse la victoire de Wout van Aert à Lausanne

A 30 ans, Geoffrey Bouchard espérait un épilogue un peu différent pour son premier Tour de France. Mais le sort en a décidé autrement. Et ledit sort ne s’est pas trop foulé, ressortant une recette éculée de ces deux dernières années : le Covid-19. Le grimpeur d’AG2R-Citroën a dû jeter l’éponge, samedi 9 juillet au matin, après avoir été testé positif au SARS-CoV-2. La veille, il avait ressenti de premiers symptômes lors de l’étape de la planche des Belles-Filles (Haute-Saône).

Un peu plus tard, un autre forfait a mis équipes et coureurs sur les nerfs, celui du Norvégien Vegard Stake Laengen, équipier du maillot jaune Tadej Pogacar. Pas de quoi faire perdre au Slovène son éternel sourire, mais il reconnaît tout de même qu’il perd un rouleur précieux, toujours présent pour le replacer dans le peloton. « Il était très fort, en bonne condition, prêt à rouler sur le plat, dans les ascensions, partout… Ça va être dur sans lui, mais je pense qu’on peut y arriver avec sept coureurs jusqu’à Paris », assurait le Slovène, 3e d’une 8e étape remportée par l’autre glouton de ce Tour, le Belge Wout van Aert, sur les hauteurs de Lausanne (Suisse).

Dans son entourage, on ne cache pas que le double tenant du titre redoute une éventuelle contamination (et un retour forcé à son domicile monégasque) bien davantage qu’une perte de temps sur un de ses rivaux, toujours réversible.

« Quand ce n’est pas Tadej, c’est Wout »

La situation sanitaire – et ses potentielles conséquences – a animé un samedi bien morne entre Dole (Jura) et Lausanne malgré un parcours propice sur le papier aux attaquants. Wout van Aert (Jumbo-Visma) a doublé la mise à l’issue d’un sprint à vingt-six coureurs, après son succès à Calais mardi.

Le maillot vert a devancé l’Australien Michael Matthews (BikeExchange) et un Tadej Pogacar content de prendre à la volée quatre secondes de bonification. Comme le résume Benjamin Thomas (Cofidis) : « Quand ce n’est pas Tadej, c’est Wout. Mais il reste deux semaines, on espère qu’ils vont se fatiguer sur les grosses étapes de montagne et nous laisser des opportunités sur celles plus faciles. »

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Samedi, l’Italien Mattia Cattaneo (Quick-Step Alpha Vinyl) et le Britannique Fred Wright (Bahrain Victorious), un temps épaulés par le Belge Frederik Frison (Lotto-Soudal), ont aussi livré un joli numéro avec une échappée lancée dès le début de l’étape. Wright a même poussé la résistance un peu plus loin, pour n’être repris que dans les premiers mètres de la côte du stade olympique, à 3,5 kilomètres de l’arrivée.

Reste que le peloton a toujours été en contrôle, ne les laissant guère espérer. Les spectateurs non plus. Bref, les deux seuls moments où un semblant de frémissement a traversé cette chaude journée helvète sont la chute collective survenue au kilomètre 9, retardant bien des leaders au classement général – dont Tadej Pogacar – et qui a coûté le Tour à l’Américain Kevin Vermaerke (DSM).

Et puis, il y a eu le moment insolite, à 47 kilomètres de l’arrivée, dont Thibaut Pinot rigolera bien un jour, mais pas tout de suite. En voulant attraper sa musette, le Français a reçu un coup de coude involontaire de l’assistant de la Trek-Segafredo. Sonné, il a terminé dans les bras d’un spectateur, un peu étonné, mais masqué.

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Un retour de la « bulle » ?

Des spectateurs à la fenêtre de leur maison, lors de la 8ᵉ étape du Tour de France, entre Dole et Lausanne, le 9 juillet 2022.

On ne va pas se mentir, à quarante-huit heures de la journée de repos et donc des tests obligatoires de dépistage au Covid-19, la tête était un peu ailleurs. Le protocole de l’Union cycliste internationale (UCI) a beau avoir été allégé et un résultat positif n’étant plus – en théorie – synonyme d’une exclusion automatique de l’épreuve, l’angoisse, elle, reste palpable.

Le manager général de la Groupama-FDJ, Marc Madiot, avoue « ne pas être médecin ». Mais, il sait observer : « J’ai vu ce qu’il s’est passé au Tour de Suisse. Quand le virus arrive dans le peloton, il se propage vite. » Bref, poursuit le Mayennais : « On vit avec un orage au-dessus de la tête qui peut nous péter dessus à tout moment. » La situation génère une part de stress supplémentaire, concède Guillaume Martin (Cofidis), même si « sur un Tour, de manière générale, les maladies font partie du jeu ».

Après deux années marquées par la pandémie, le choix a été fait d’apprendre à vivre avec le virus. Et c’est là que le décalage avec le peloton se fait sentir. Et que les avis divergent. Difficile évidemment d’enlever le public du bord de la route, mais faut-il revenir à un système de « bulle » comme ce fut le cas lors des deux précédentes éditions ?

Pour le manager de TotalEnergies, Jean-René Bernaudeau, la réponse est évidente. « On prend des précautions avec test PCR tous les trois jours et test antigénique tous les jours, et on m’oblige ce matin au village départ à passer dans la foule. Je ne comprends pas qu’on ne protège pas plus cette bulle course, cette bulle c’est l’avenir de ce Tour », avance-t-il.

Guillaume Martin, lui, comme à son habitude, est plus philosophe. Pour la population générale, le Covid-19 est désormais moins grave qu’il ne l’était, développe le coureur. Difficile dans ces conditions de faire machine arrière. « Nous, le peloton, le Tour de France, on est qu’un microcosme, par rapport au macrocosme qu’est le public. Il y a deux points de vue qui sont logiques et pas une évidence. »

A Lausanne, dans le « sous-microcosme » des suiveurs, dont beaucoup ont connu le Tour « sous bulle » en 2020 et 2021, une certaine fatalité gagne du terrain. En salle de presse, ce mardi, plus que les prouesses de Wout et Tadej, le débat portait sur la possible fermeture de l’accès à la zone des cars des équipes, lieu d’échange avec les coureurs et leur encadrement après les étapes, où le port du masque est déjà obligatoire.

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