Tour de France 2022 : Pogacar tape du poing sur la « Super Planche », mais ne tue pas le suspense

Tour de France 2022 : Pogacar tape du poing sur la « Super Planche », mais ne tue pas le suspense

Oubliez ce sourire de premier communiant, Tadej Pogacar est la cruauté faite homme. Lors de la 7e étape du Tour de France, le coureur slovène a admiré les charmes des Vosges puis attrapé une belle « planche » pour taper sur le crâne de ses adversaires. Même avec un casque, le Danois Jonas Vingegaard risque de se réveiller avec une jolie bosse après avoir vu le maillot jaune le dépasser par la droite dans les vingt derniers mètres de la montée de la Super Planche des Belles-Filles (Haute-Saône), avec ce regard en coin qui semblait dire « Coucou, je suis là. » Sur une pente assassine et caillouteuse à 24 %, cela donne une idée de la lucidité du double vainqueur en titre.

Déjà vainqueur la veille à Longwy (Meurthe-et-Moselle), le jeune homme de 23 ans (UAE Emirates) ne partage pas, surtout quand il a « une étape en tête depuis un moment » comme celle de ce vendredi 8 juillet. Le directeur du Tour, Christian Prudhomme, n’en est toutefois pas encore à augmenter les primes du 2e et du 3e comme son lointain prédécesseur, Jacques Goddet, lassé de la domination de l’Italien Fausto Coppi en 1952.

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Pour le bonheur et la santé mentale du suiveur actuel, Jonas Vingegaard refuse de déposer les armes. Le coureur de l’équipe néerlandaise Jumbo-Visma ne pointe jamais qu’à 35 secondes à l’issue de cette étape. Et encore, prévient son coéquipier Christophe Laporte, « une montée courte comme ça, c’est vraiment ce que Pogacar aime, ce n’est pas le terrain favori de Jonas ».

En conférence de presse, le maillot jaune a d’ailleurs dit en trois réponses bien calibrées que « le Tour n’était pas encore fini », évoqué « des écarts pas si énormes » et pointé « des adversaires très forts comme on a encore pu le voir ». La rhétorique est connue, mais le leader de la course ne donne pas que dans la fausse modestie.

Tadej Pogacar ne donne pas ses jouets

Après tout, il n’a pas encore livré son Grand Bornand 2021, une étape coup-de-poing au cours de laquelle il avait envoyé ses rivaux dans les cordes. Geraint Thomas (Ineos) refuse de jeter l’éponge dès à présent. « Pogacar a gagné aujourd’hui, mais au moins il ne nous a pas mis deux minutes dans la vue », relativise le Gallois, increvable 4e au classement général, à 36 ans.

D’autres ont perdu de nombreuses plumes. Le Russe Aleksandr Vlasov (Bora-Hansgrohe) lâche ainsi 1mn 39 secondes, Primoz Roglic rassure, lui, avec ses 12 secondes de retard, deux jours après sa roulade provoquée par une botte de paille. La tête va mieux, mais pour le corps en revanche, le kiné de la Jumbo-Visma risque de facturer des heures supplémentaires. « Je suis très content de finir avec les meilleurs. Ma douleur est toujours là, c’est comme si j’avais des coups de couteau dans le dos », concède l’autre Slovène.

Ce vendredi matin, certains imaginaient peut-être les UAE de Pogacar renouer avec la tradition du « lâchage » de maillot pour le confier – et, avec lui, le contrôle de la course – à une autre formation. « Jeudi, ils ont dépensé beaucoup d’énergie pour reprendre Van Aert [le Belge de l’équipe Jumbo-Visma avait mené une longue échappée] et ça serait la meilleure tactique », avançait le Français d’AG2R-Citroën, Geoffrey Bouchard.

Mais la formation émiratie ne connaît pas le mode économie d’énergie. L’occasion était pourtant belle avec une échappée de costauds partie après 50 kilomètres de rouler pied au plancher. Parmi les onze fuyards, les Allemands Maximilian Schachmann et Lennard Kämna avaient un profil pas trop menaçant pour emprunter le maillot jaune, mettre leur équipe Bora-Hansgrohe à contribution et le rendre gentiment plus tard.

Mais non. Tadej Pogacar ne donne pas ses jouets. Ses hommes ont roulé pour garder l’échappée à trois minutes. « Vegard-Stake [Laegen] et Mikkel Bjerg ont tiré comme des animaux, salue avec ses mots, George Bennett, dernier venu dans la bande à Pogi. L’échappée était si forte, on était obligé de tirer comme ça. Je pensais qu’on les rattraperait à mi-chemin, mais ils ont fait un boulot incroyable. »

« On a montré qu’on était forts »

Le Néo-Zélandais pense surtout à Lennard Kämna. Grand talent mais personnalité sensible, l’Allemand assume de ne pas être qu’un cycliste, de ranger le vélo quand le cerveau sature comme en 2021 quand il a fini sa saison en mai. Mais bien dans sa tête, ce rouleur grimpeur est un client. A 800 mètres de l’arrivée, certains confrères actualisaient déjà sa biographie comme vainqueur d’étape, deux ans après son succès à Villard-de-Lans (Isère).

Reste que dans son format « Super », la Planche cisaille les jambes avec ses passages à plus de 20 %. Encore plus quand est lancé derrière vous un maillot jaune revigoré pour avoir croisé le regard de sa fiancée, la cycliste Urska Zigart. Lennard Kämna s’est « garé » à 100 mètres de la ligne d’arrivée avant de terminer en zigzag, victime de la pente, de l’appétit de Pogacar mais aussi du gros travail de ses sherpas, Brandon McNulty et Rafal Majka.

« Dans l’ascension, on a montré qu’on était forts, plus personne ne dit que notre équipe n’est pas au niveau. Je suis si heureux », confie le second. A 32 ans, le Polonais (vainqueur du maillot à pois de meilleur grimpeur en 2014 et 2016) a mis de côté ses ambitions personnelles et irradie comme lieutenant de ce gamin slovène, jamais le dernier pour chambrer ses habitudes de père de famille. « Tous les gars ont été là aujourd’hui. Maintenant, on peut célébrer la victoire : plus de champagne ! », exige un Majka hilare.

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Geraint Thomas, lui, attendra pour tremper ses lèvres dans une pinte de bière, son péché mignon des intersaisons. Le vainqueur de la Grande Boucle 2018 cherche la faiblesse de Tadej Pogacar dans son collectif. « Il court super bien, mais vous savez tout le monde trouve son équipe un peu vulnérable – ils courent bien, ne vous méprenez pas – mais il y a quelques grincements çà et là. Nous, on a le nombre. La Jumbo aussi. »

Jusqu’à preuve du contraire, Tadej Pogacar n’a jamais été trop sensible ou dérangé par la force du nombre. Lui fait parler celle de ses jambes. Pour l’instant, personne n’a trouvé la parade.

Les Français ont bien « planché »

Sur ses terres, Thibaut Pinot n’avait pas les jambes (32e) pour s’imposer au sommet de sa « Super Planche ». Mais le grimpeur de Groupama-FDJ a effectué son travail d’équipier pour David Gaudu, 6e à 19 secondes de Tadej Pogacar. « On est dans les clous, à une vingtaine de secondes du podium, se réjouit le Breton. J’avais de bonnes sensations, pas forcément les meilleures, mais correctes. »

Discret mais parfait depuis le départ de Copenhague, Romain Bardet termine 8e à deux secondes de son compatriote. Au classement général, le coureur de la DSM occupe la 6e place à trois secondes de David Gaudu. Derrière un Tadej Pogacar intouchable et un Jonas Vingegaard très costaud, la 3e marche du podium à Paris apparaît comme un objectif loin d’être irréaliste pour les deux tricolores.

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