Plaidoyer pour les gardiennes de but, critiquées mais « en évolution »

Plaidoyer pour les gardiennes de but, critiquées mais « en évolution »

A l’occasion du début du championnat d’Europe, le 6 juillet en Angleterre, nous vous proposons une série d’articles consacrée au football féminin. Ce vendredi, le dernier volet est consacré aux gardiennes de but, souvent moquées pour leurs boulettes. Elles sont pourtant en très net progrès.

Retrouvez le premier épisode : « On a tout pour réussir », assure Clara Matéo, le couteau suisse de l’équipe de France

Le deuxième : Pourquoi il y a si peu d’entraîneuses dans le foot féminin ?

Le troisième : Trois ans après le Mondial en France, où en est le foot féminin français ?

Et le quatrième : Le difficile combat pour l’égalité salariale entre joueuses et joueurs

La boulette. Toujours ridicule, parfois déshonorante. Offrir un but facile à l’adversaire, faillir dans sa mission de dernier rempart est un affront passible de crucifixion numérique. Mais les conséquences, selon qu’on est un gardien ou une gardienne, ne sont pas tout à fait les mêmes. Dans le premier cas, la bourde n’engage que son auteur, qualifié de chèvre, tanche, pipe, bref, de tout ce que vous voudrez, par la moitié de Twitter. Dans le foot féminin, c’est différent. Cas d’école avec Barabara Votikova, auteure de plusieurs erreurs grossières, fin avril, à l’occasion de la demi-finale aller de Ligue des champions contre l’OL. Sur les réseaux, sous la vidéo devenue rapidement virale, des railleries contre la gardienne du PSG accompagnées de remarques sexistes et d’une inévitable remise en cause du niveau de l’ensemble des gardiennes. C’est comme ça à chaque fois.

Comble du malheur, là où les hommes peuvent connaître la gloire moyennant trois, quatre ou cinq arrêts décisifs dans un match important, les gardiennes, elles, n’ont droit aux projecteurs que pour être pointées du doigt. Dommage. Les amoureux de sauvetages spectaculaires sur la ligne y auraient gagné à revoir la masterclass de Christiane Endler, la gardienne lyonnaise, lors de cette même double confrontation en C1.

Des clichés obsolètes

C’est peu dire que les clichés sur le foot féminin ont la peau dure. De quoi faire soupirer Corentin Esclandre, entraîneur des gardiennes de Saint-Malo (D2 féminine). Ce dernier répond aux amateurs de critiques faciles, quand elles ne sont pas désuètes.

« Il y a des personnes qui restent dans une image très négative de la femme qui joue au foot, et jugent le foot féminin comme il l’était il y a 10 ans, sans aucune remise en question. Mais ce n’est pas vrai. On est en 2022, le foot féminin a bien progressé, à ces gens je dis : regardez un match de foot. »

Ne tombons pour autant pas dans l’extrême inverse. Il serait tout aussi malhonnête de dire que tout va bien et qu’il y a autant d’Endler qu’il y a de Neuer. Mais on a aussi le droit de mettre en exergue les progrès en la matière. « Le poste de gardienne a longtemps été en retard dans le développement du poste en lui-même, dû à un manque d’entraînement, un manque de spécialisation et de suivi, analyse Jessica Silva, entraîneuse du FC Metz. C’est quelque chose qui va continuellement être un axe de travail dans les prochaines années, pour poursuivre cette évolution. Mais il y a de plus en plus de meilleures gardiennes de but. »

Les progrès pourraient être plus rapides si le plus grand mal du football féminin, à savoir sa professionnalisation encore trop éparse, était éradiqué. Esclandre : « les filles bossent en parallèle. Donc tu travailles sur la fatigue, tu ne peux pas aller puiser vraiment au bout comme tu veux. On essaye de faire en sorte de pas les cramer parce qu’elles ont leur vie à côté. »

Différence(s) de taille

Outre les différences liées aux cadences de travail, l’argument du physique mérite aussi d’être pris en compte dans la manière de juger les gardiennes (et les joueuses, en général). A commencer par la taille : lors du match d’ouverture de l’Euro 2022, ni la numéro 1 anglaise, ni son adversaire autrichienne n’atteignent le mètre 80 (1m73 pour Earps contre 1m77 pour Zinsberger). On est assez loin du mètre 96 de Gigio Donnarumma et du mètre 85 de Jordan Pickford lors de la finale de l’Euro masculin de 2021.

Un écart de hauteur (et donc d’envergure) qui avait conduit l’entraîneuse de Chelsea, Emma Hayes, à s’interroger sur la taille des cages, dans une intervention devenue célèbre datée de 2019. « Leur cage est simplement un peu trop grande. Si elles avaient été construites en prenant en compte nos différences physiques, on parlerait des gardiennes comme étant de grandes gardiennes plutôt que de les critiquer. »

On leur demande la lune

Comparativement et proportionnellement, les buts que gardent les femmes sont plus grands que celles gardées par les hommes. En 2019, un trio de chercheurs de l’université de Trondheim (Norvège) ont comparé les efforts réalisés par les femmes et les hommes en fonction des différences anthropométriques et physiologiques entre les deux sexes. La conclusion est la suivante

  • Les matchs féminins « durent » 113 minutes
  • Les cages mesurent 7,93 m de long sur 2,64 de haut (actuellement 7,32 x 2,44 m)

« Les femmes sautent moins haut, sautent moins loin, ce ne sont pas les mêmes fibres musculaires, pas les mêmes morphologies de corps, donc forcément, on ne peut pas demander à une fille de sauter aussi haut qu’un garçon, appuie Corentin Esclandre. Ce n’est pas possible. »

Ce double-déficit taille-détente met aussi les gardiennes en péril sur les interventions aériennes dans la surface, à l’origine de nombreuses erreurs, même si celles-ci tendent à diminuer. Celui qui est aussi gardien de la N2 de Saint-Malo poursuit. « Il y a quand même beaucoup moins d’erreurs basiques sur les prises de balle, les contrôles, etc. Aujourd’hui, c’est très propre techniquement sur ce qui est basique. L’évolution a été réelle à ce poste. Le regard sur les gardiennes de but finira forcément par changer. » Les boulettes, elles, existeront toujours.

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