Volley: l’équipe nationale de Chine bientôt intégrée au championnat de France, les coulisses d'un projet fou

Volley: l’équipe nationale de Chine bientôt intégrée au championnat de France, les coulisses d’un projet fou

Le ministère des Sports doit valider ce mercredi la participation de l’équipe de Chine dans le championnat de France masculin (LAM). Depuis lundi, ce projet est passé du rêve à la réalité… même si des questions restent en suspens. Récit des trois jours qui ont bouleversé le volley français.

“On a été scotchés, sur le cul!”: l’expression de ce président d’un club de Ligue A expérimenté reflète bien l’état d’esprit des 13 autres participants à la visio-conférence organisée lundi soir par Yves Bouget, le président de la Ligue nationale de volleyball (LNV). Si les patrons de clubs connaissaient, pour certains, les grandes lignes de ce projet iconoclaste d’inviter une équipe nationale, celle de la Chine, à participer au championnat de France, la déflagration a été réelle dans le Landerneau du volley français. 

Tout est parti d’une initiative de la Fédération française de volleyball (FFVolley). Au contact de toutes les délégations mondiales, le président de la Fédération, Eric Tanguy, sait que l’équipe de Chine souhaite bien préparer les Jeux olympiques de Paris 2024 et que le volley professionnel français est à la recherche de subsides et d’exposition médiatique. Le contact établi, il met en relation la Fédération chinoise et la ligue française pour ficeler un projet dans le plus grand secret. 

Si les premiers échos sortent dans la presse fin juin, Yves Bouget présente officiellement le projet aux présidents de clubs lors d’une visio-conférence, en ce premier lundi de juillet. “La LNV venait d’annoncer un accord de diffusion du championnat avec la chaîne beIN Sport. Mais là, on a été agréablement surpris, avoue un dirigeant. Le président Bouget en pleine présentation? On se serait cru sur le banc d’école face au maître qui fait son cours magistral.”

Une manne de 1,3 million d’euros par saison

Yves Bouget déroule. De projet, il faut maintenant parler de programme tant l’exposé est bien ficelé, du moins en apparence. Ce n’est pas un rêve, ce n’est plus une chimère. C’est une réalité bien concrète. La ligue propose bien la participation de l’équipe nationale de Chine, 17e nation mondiale au ranking de la Fédération Internationale (FIVB), au sein du championnat de France de Ligue A masculine (LAM). La fédération chinoise envisage un contrat de deux ans, pour 1,3 million d’euros par saison. Une aubaine. L’occasion de renflouer les caisses du volley français est trop belle.

Et contrairement à ce qui a été écrit, il n’a jamais été question que chaque club de Ligue A perçoive 50.000 euros de cette manne financière chinoise, comme l’ont certifié de nombreux présidents à RMC Sport. “Aucune redistribution pour les clubs n’a été proposé, insiste un dirigeant. Mais la question se pose car cet apport financier est du pain béni pour les clubs. Je ne dis pas certains clubs. Je pense à tous les clubs français de LAM, soupire un président.” 

Face à l’intérêt financier bien compris, des patrons de clubs sont toutefois montés au créneau pour demander des éclaircissements. “C’était direct, parfois véhément mais souvent pertinent, rembobine un autre participant. Bien sûr que l’aspect marketing est bien vu, l’exposition à l’international avec la diffusion de matchs à la télévision chinoise est une belle avancée mais on n’a pas donné un blanc-seing au programme, conclut-il.”

La question des playoffs

Redistribution, surcoûts liés à l’organisation des nouvelles journées, engagement de nouveaux frais… si le volet financier doit encore être affiné, l’aspect sportif appelle aussi à des éclaircissements, notamment sur l’équité. Les questions fusent et certaines réponses tombent: la sélection chinoise pourra-t-elle être sacrée champion de France de LAM? Non. Pourra-t-elle descendre en Ligue B si son classement l’exige? Non. Pourra-t-elle participer aux playoffs du championnat si elle termine dans les huit premiers? La question n’a pas été tranchée lundi soir mais une majorité de dirigeants semblent aujourd’hui y être favorables. “Comment refuser à la sélection chinoise de participer au tournoi le plus important de la saison, si elle le mérite en terminant dans les huit premiers?”, insiste le membre d’un staff qui pense même que l’équipe de Chine peut même viser le Top 4 du championnat. “En revanche, que dire à un club français qui sera le dindon de la farce en terminant neuvième”, regrette un autre.

Dans un championnat comprenant à l’origine 14 clubs, la participation de la sélection chinoise, 15e équipe, impose alors un reformage du calendrier. Et d’abord de répondre à la question: “faut-il rester à 15 équipes, avec une formation exempte lors de chaque journée ou doit-on évoluer avec 16 équipes?”, interroge un président pour RMC Sport.

Le cas de l’AS Cannes… finalement repêché?

Apparait alors une nouvelle équipe dans ce projet: l’AS Cannes, formation reléguée sportivement en fin de saison. Selon le règlement de la LNV, seul le club qui est relégué en Ligue B peut être repêché. Donc l’AS Cannes. Ce club historique du volley français, champion de France 2021, a plongé à l’étage inférieur après une saison en enfer marquée par des blessures, des erreurs de recrutement et, au final, une dernière place des playdowns. L’affaire devient cocasse quand on se souvient que le club azuréen a ferraillé contre la LNV pour une affaire de recrutements litigieux lors du mercato hivernal. La Ligue a sanctionné le club azuréen en lui retirant des points et lui intimant l’ordre de ne plus jouer avec ses recrues. Finalement, l’AS Cannes a pu jouer avec tous ses joueurs puis a menacé de mener une action en justice pour défendre ses intérêts… pour finalement, donc, descendre en Ligue B.

Si les relations ont été houleuses entre la LNV et Cannes, la Ligue n’en a pas moins demandé au club azuréen de préparer un budget pour jouer en… Ligue A, selon nos informations. Gouverner c’est prévoir et la LNV préparait ainsi la possible arrivée de l’équipe de Chine en LAM, se prémunissant d’une descente administrative de clubs de l’élite, visés par la DNACG, le gendarme financier du volley. Aujourd’hui, la nouvelle direction bicéphale de l’AS Cannes se tient prête à toute éventualité et tend la main à la Ligue: “C’est encore vague, insiste un membre du club azuréen, mais si l’opportunité de rester en Ligue A existe, notre volonté d’aboutir est réelle. On a fait passer le message aux instances professionnelles que le temps de la guérilla sportive et juridique était passé. C’est derrière nous. Nous souhaitons apaiser les relations entre Cannes et la Ligue.” Si, sportivement, l’équipe semble au point autour du nouveau coach Jason Haldane, le club de la Croisette est prêt aux ajustements financiers impliquant un maintien en Ligue A, alors que le budget avait été au départ formaté pour l’échelon inférieur.

Le club azuréen est prêt, le règlement lui est favorable… mais lundi soir, lors de la visio, l’idée du maintien de l’AS Cannes n’a pas fait l’unanimité parmi les présidents de clubs. Et c’est un euphémisme. “Face aux manquements de Cannes lors de la saison écoulée, certains présidents de club souhaitaient plutôt promouvoir le finaliste des playoffs de Ligue B”, raconte un patron de LAM. “Bien sûr le club méditerranéen a fauté mais le règlement est clair, insiste un autre dirigeant pour RMC Sport. Alors s’il y a maintien, ce ne peut être que l’AS Cannes. Cela va au-delà des inimitiés et des batailles d’ego.”

La Chine cherche une ville et une salle

S’il reste des questions en suspens, que la LNV devrait lever avec tous les présidents de clubs qui souhaitent maintenant que la décision soit prise rapidement, la sélection chinoise recherche de son côté activement une ville résidente et une salle. Selon les informations de RMC Sport, la Chine vise une agglomération qui dispose d’un aéroport et d’une salle de 2.500 à 3.000 places aux normes de la LNV (plafond haut et grand écran, notamment). En début de semaine, la mairie de Paris n’avait reçu aucune demande de la sélection chinoise pour disposer de créneaux d’entraînement et d’une salle pour évoluer en LAM. Au Paris Volley, l’idée de partager la salle de Charpy semble irréaliste, avec les entraînements du club professionnel résident et ceux du club amateur affilié, le PUC, sans parler des heures de sports des établissements scolaires alentours.

Lundi soir, au terme de la réunion, les patrons de clubs de LAM ont donné leur accord de principe au président Bouget. Reste à convaincre le ministère de tutelle. La rencontre est prévue ce mercredi, pour clôturer les trois jours les plus incroyables du volleyball français.

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