Wimbledon: des galères à la gloire, l’étonnant destin d’Harmony Tan

Wimbledon: des galères à la gloire, l’étonnant destin d’Harmony Tan

Méconnue du grand public il y a à peine une semaine, la Française Harmony Tan enchaîne les grosses performances à Wimbledon où elle briguera lundi une place en quart de finale face à l’Américaine Amanda Anisimova. Une révélation surprenante pour une joueuse au parcours singulier.

“J’ai coupé les notifications des réseaux sociaux. Je ne lis rien.” Harmony Tan a changé de monde. Et elle tient à se protéger. A Wimbledon, la joueuse de tennis française de 24 ans est passée en l’espace d’une semaine du statut de quasi-inconnue à celui de révélation du tournoi. Et même d’attraction tant son jeu dénote sur le circuit.

En s’offrant la légende Serena Williams, la 115eme au classement WTA frappe fort d’entrée et attise immédiatement la curiosité. Sara Sorribes Tormo et Katie Boulter subissent, elles aussi, sa loi. “Le gazon va bien avec mon jeu”, s’étonne-t-elle avant d’aborder, ce lundi, le match le plus important de sa vie, en huitième de finale face l’Américaine Amanda Anisimova (n°20 mondiale).

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Qui aurait misé une pièce sur Harmony Tan en deuxième semaine à Wimbledon ? Pas grand-monde. Avant sa première participation à Londres, la native de Paris aux origines cambodgiennes et vietnamiennes avait peu fait parler d’elle, même si on se souvient de ses larmes au 2eme tour du dernier Open d’Australie lorsqu’elle avait dû quitter le court sur un fauteuil roulant, touchée au mollet, face à Elina Svitolina.

“On n’a pas cru en mon jeu”

Sept mois plus tard, elle affiche son immense sourire et peut enfin savourer sa réussite. Jubilatoire. Car ils n’étaient pas nombreux à croire en elle. “On n’a pas cru en mon jeu”, confirme l’intéressée. Son bref passage à l’INSEP fut un échec. La Fédération n’a jamais été convaincue par son jeu peu académique fait de variations de longueur, de hauteur, d’intensité pour déstabiliser l’adversaire. “J’ai plus un tennis des années 90, sourit-elle. Parfois je m’y perds un peu.”

A 16 ans, délaissée par la FFT, Tan songe alors à abandonner le tennis et ses rêves de carrière professionnelle. “Je venais d’avoir mon bac. J’avais passé mon concours Sciences-Po à Paris. J’étais acceptée. Je me suis dit que j’allais reprendre mes études, que j’étais faite pour ça.”

“Ma mère a vendu une maison et des appartements pour pouvoir me financer”

C’était sans compter sur la générosité et la pugnacité de sa maman. Ancienne journaliste, Lizqueen a toujours cru au talent de sa fille. Elle n’a jamais ménagé ses efforts pour l’aider. Sur tous les plans. “Ma mère a vendu une maison et des appartements pour pouvoir me financer lors des premières années, se souvient Tan. J’ai eu aussi l’aide de mon père. Quand mon frère a commencé à travailler, il me donnait un tiers de son salaire chaque mois. Cela ne lui posait pas de problème parce qu’il croyait à fond en mon projet. Le tennis coûte vraiment très, très cher avec les voyages, les hôtels… Si on n’est pas aidé, c’est difficile de continuer. Sans ma famille, je n’aurais pas continué à jouer au tennis.”

Le déclic grâce à Nathalie Tauziat

Sur ses gros efforts financiers, Lizqueen précise : “Je n’ai pas fait un pari, je l’ai fait d’abord par amour d’une maman. Je suis très contente qu’elle ait eu un projet. J’ai travaillé pour laisser un héritage à mes enfants.” La mère de Tan ne se contente pas d’aider financièrement sa fille. Elle fait chauffer le téléphone portable, noue des contacts avec des professionnels du tennis.

Ex-numéro 3 mondiale, Nathalie Tauziat décroche et accepte de rencontrer la Parisienne. Mais chez elle, dans le Sud-Ouest. Sept heures de voiture plus tard, celle qui s’occupe aujourd’hui des juniors canadiens et Tan sont réunies. Le déclic. “La révélation, appuie Harmony. Enfin quelqu’un croit en moi, et en plus c’est une championne ! C’était venu de nulle part.” Tan passe dix jours aux côtés de la finaliste de Wimbledon 1998 avec laquelle elle a un point commun. “On disait aussi de moi que j’avais un tennis d’un autre temps. Mais à la fin, on ne le disait plus !”, raconte Tauziat.

Tan : “Pas une revanche”

Avec Sam Sumyk, le coach d’Harmony Tan depuis novembre, Tauziat fait progresser la Parisienne. “J’avais fait un gros travail sur son tennis et donné les bases à Sam. On essaie de faire le mieux, lui et moi, pour Harmony. J’ai trouvé qu’elle avait quelque chose de spécial. C’est une bonne personne. J’aime travailler avec les gens gentils et agréables. J’aimerais même qu’elle me secoue un peu plus.”

Aujourd’hui encore, les deux femmes sont restées très proches. Nathalie Tauziat lui a textotée un plan tactique avant son match face à Boulter. En retour, Tan continue de performer et de l’étonner à l’image de ce slice agressif qu’elle se découvre sur le gazon anglais.

Si son parcours à Wimbledon ne lui rapportera pas de points au classement WTA, il va lui rapporter a minima plus de 220.000 euros. Le plus gros chèque de sa carrière. “Je suis très fière d’elle, glisse Lizqueen. Elle n’a pas eu de vie d’ado, pas d’anniversaires. Ce sont des sacrifices mais pas si énormes que ça.” De son côté, si Harmony Tan ne voit “pas une revanche” dans cette réussite, cela ne l’empêche pas d’avoir de plus en plus faim de victoires. Il sera temps, après, de réactiver les notifications sur les réseaux sociaux…

Avec Eric Salliot à Londres

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