Fonseca d’école

Fonseca d’école

Nommé à la tête du LOSC ce jeudi, Paulo Fonseca (49 ans) débarque dans l’Hexagone pour y distiller son football offensif avec un CV (Shakhtar Donetsk, AS Roma) attrayant. Suffisant pour redonner un nouveau souffle au champion de France 2021 ?

Le 30 juin 2022, lors de sa présentation à Lille, Paulo Fonseca a dit les mots que les fans lillois voulaient entendre. Le nouveau coach du LOSC, qui a fui l’Ukraine où il résidait avec sa compagne il y a quelques mois, a admis « avoir besoin de temps » tout en étant d’ores et déjà persuadé de pouvoir « construire un groupe avec une vraie identité, qui veut dominer les matchs et jouer un football offensif » . Quelques semaines plus tôt, au cours d’une masterclass, il expliquait dans le détail les préceptes de son Shakhtar qui a tout remporté sur la scène nationale. Dedans, Fonseca y parle de son 4-2-3-1, de ses latéraux très offensifs, de comment il a su faire évoluer ce système à Rome dans un championnat où les formations pressent haut. En Ligue 1, il va devoir également trouver la clé face à des blocs bas prêts à exploser en contre. Un cas de figure où le LOSC a perdu beaucoup trop de points l’an passé, et qui a valu à son prédécesseur Jocelyn Gourvennec de faire ses valises malgré un historique huitième de finale de C1. En réponse, l’intéressé l’assure : il est déjà bien renseigné sur l’endroit où il a mis les pieds. « J’aime pouvoir dominer les matchs en se rapprochant le plus possible de la surface adverse, détaillait-il en conférence de presse. J’aime quand mon équipe garde le ballon, quand elle est agressive, quand elle presse… On aura la même mentalité contre toutes les équipes, PSG compris. »

Pour ce faire, le technicien portugais pourra compter sur une pléiade d’adjoints, et notamment Jorge Maciel qui est au club depuis trois ans. Il devrait également pouvoir avoir son mot à dire sur un recrutement qui bat déjà son plein : le LOSC a déjà dit bye-bye à Burak Yılmaz (Fortuna Sittard) et Sven Botman (Newcastle) et devrait également en faire de même avec Zeki Celik (AS Roma). Dans le sens des arrivées, Akim Zedadka (Clermont), Jonas Martin (Rennes) et d’Alexsandro (Chaves, D2 portugaise) ont posé leurs valises dans la capitale des Flandres en attendant d’autres. Quels que soient les noms, et tant mieux s’ils sont ronflants, Fonseca veut voir du jeu. Dans L’Équipe en 2018, ce fan de Fernando Couto et de Paolo Maldini n’était pas vraiment séduit par le jeu mou proposé en Russie : « Pour moi, le foot qu’on a vu lors du Mondial 2018, c’était un foot ennuyeux. Je ne parle pas seulement de la France, mais de la majorité des équipes. […] Pour moi, gagner ne suffit pas. Parfois, nous gagnons, et je rentre chez moi de mauvaise humeur. » Mais attention : Fonseca n’est pas un aigri. C’est tout le contraire.

Zorro, Liberté, Guardiola

Retour cinq ans plus tôt. Le 6 décembre 2017, ce n’est pas Antonio Banderas qui se glisse dans le costume de Zorro. L’accent est toujours chantant, mais derrière le masque, c’est le sourire de Paulo Fonseca qui illumine la salle de presse du complexe Oblast Sports de Kharkiv. Si la guerre dans le Donbass sévit déjà depuis trois ans – obligeant ainsi le Shakhtar de Fonseca à jouer ses rencontres dans la deuxième plus grande ville du pays -, elle n’empêche pas les virevoltants sociétaires du Shakhtar de réaliser l’exploit face au Manchester City de Pep Guardiola (2-1). Au bout, il y a une qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions. Il y a la joie d’homme également, déguisé pour la bonne cause, qui commence ainsi son résumé du match face aux journalistes : « C’est la conférence de presse la plus joyeuse de ma carrière. » Il faut dire que depuis qu’il est gosse, Paulo Fonseca est fasciné par le justicier masqué.

Au Portugal, où il émigra à l’âge d’un an en 1974 peu après la révolution des Œillets, cela lui arrivait régulièrement de se transformer en super-héros. « Le personnage de Zorro m’a toujours fasciné car il combat l’injustice, racontait-il à la Gazzetta dello Sport en 2019. Je viens d’une famille modeste, même si je n’ai jamais manqué de rien. Mon père était ouvrier dans la métallurgie, ma mère femme de ménage. J’étais aussi passionné de chevaux (il en possède un aujourd’hui, nommé Finiske, NDLR), et voir cet homme enfourcher un cheval noir a fait travailler mon imagination. » De son Mozambique natal, Fonseca ne connaît pas grand-chose. Au contraire de la notion de liberté, avec laquelle il a grandi du côté de Barreiro dans le sud de l’Europe : « Oui, j’ai un esprit ouvert. J’apprécie la liberté de pensée et d’expression. Je suis rentré au Portugal après la fin de la dictature, j’ai donc grandi dans une société libre. (…) Mes parents, en revanche, ont vécu pendant la dictature et me rappellent souvent combien ces années ont été difficiles. »

Après une carrière de joueur quelconque en seconde division portugaise – qui prend fin en 2005 -, Fonseca change de peau. Il est attiré par José Mourinho, mais dans le management seulement. Pour le jeu, c’est plutôt chez Pep Guardiola que la tête pensante portugaise va se tourner : « Il va rester dans l’histoire du foot. Il n’y aura sans doute plus un entraîneur qui ait un tel courage associé à une telle passion du jeu. Il a cette vision romantique du jeu. Il veut gagner, mais pas seulement. Parfois, cela a un coût de ne pas privilégier à 100% le résultat. » En 2013, le disciple également inspiré par Jorge Jesus réalise son premier coup de force : faire atterrir le FC Paços de Ferreira sur la troisième marche du championnat portugais. Dix ans plus tard, après avoir bourlingué à Rome, à Porto, à Braga ou en Ukraine, après avoir connu les succès et parfois aussi les galères, Paulo Fonseca démarre un nouveau chapitre de sa vie. Reste à savoir maintenant, dans le Nord, à quelle sauce le chef Fonseca va vouloir cuisiner ses Dogues.

Par Andrea Chazy

#Fonseca #décole

Leave a Comment

Your email address will not be published.