Le Tour replonge dans le stress du Covid malgré un protocole assoupli

Le Tour replonge dans le stress du Covid malgré un protocole assoupli

Au grand loto du Covid, les contaminés du Tour de Suisse seront peut-être les vainqueurs du Tour de France. Ils étaient une quarantaine à avoir quitté les routes helvètes sous le coup du retour en force de l’épidémie, peut-être plus encore si l’on prend en compte les cas comme Thibaut Pinot​, déclaré positif juste après la fin de l’épreuve. « La semaine dernière on commençait à douter, racontait le coureur de la Groupama-FDJ en conférence de presse, mercredi. Je n’ai pas passé ma meilleure semaine, il y a eu pas mal de stress, mais depuis dimanche je récupère pas trop mal. »

Si l’on exclut les jambes probablement rouillées aux premiers coups de pédale sur les routes danoises – Thibaut n’a pas vraiment roulé pendant sa période Covid – il y a quasiment l’idée d’une bénédiction dans la maladie, arrivée « pile dans le bon timing ». Connaissant le degré de poisse de Pinot, débarquer sur le Tour après avoir fait le plein d’anticorps est en effet un moindre mal, quand bien même l’UCI a assoupli son protocole sanitaire en dernière minute pour éviter l’hécatombe.

Le nouveau protocole de l’UCI

  • « La règle qui autorisait l’organisateur à retirer de sa course toute équipe dont deux coureurs ou plus dans un délai de sept jours présentent des tests PCR Covid-19 positifs est abandonnée.
  • Un coureur positif mais asymptomatique pourrait continuer la course.
  • Deux jours avant le départ de la course, présentation au minimum d’un test antigénique négatif pour l’ensemble des membres des équipes (coureurs et personnel). »
  • « Lors des journées de repos de l’épreuve (journées de transfert éventuelles exceptées), réalisation d’un test Covid-19 antigénique pour l’ensemble des membres des équipes (coureurs et personnel), ainsi que pour les Commissaires (Internationaux et Nationaux), les Délégués Techniques UCI et le personnel chargé des contrôles antidopage. »
  • « L’UCI recommande en outre que les règles introduites ces deux dernières années dans l’intérêt de la santé et de la sécurité de chacun continuent de s’appliquer. Il s’agit notamment de l’obligation de porter un masque, de maintenir une distance physique suffisante et de se désinfecter fréquemment les mains. »

Retour du stress et ras le bol de la pandémie

Sur ce dernier point, rien de vraiment nouveau. L’austérité hygiénique n’a jamais vraiment quitté les équipes du peloton, comme expliqué en milieu de semaine du côté de Cofidis: « Coureurs et staff étaient déjà contrôlés avec un PCR à J-7 de chaque course. Par ailleurs, en interne, on complétait avec un antigénique s’il y avait un doute. » Le vrai changement réside plutôt dans le retour du stress lié au Covid. « Il y avait un peu moins de nervosité ces derniers temps car c’était moins présent et on allait un peu plus cool aux tests. Mais maintenant, c’est de nouveau un peu de stress », nous disait Bryan Coquard en fin de semaine passée. Il y avait de quoi être tendu. Jeudi matin, son équipe officialisait son forfait après un test positif. 

C’est cette terrible sanction, juste avant le grand départ, que redoutait Romain Bardet lorsqu’il a pris l’avion mardi pour se rendre au Danemark : le Français avait pour seule protection son FFP2 et sa bonne étoile quand le gros des passagers voyageait sans masque. A priori, le coureur de la DSM est passé entre les gouttes. Pour l’instant… 

A la nervosité ambiante s’ajoute la déception liée à l’espoir déchu de courir un Tour de France normal. Marc Madiot a décidé de faire comme si de rien n’était en évacuant sommairement la question en préambule de la conférence du mercredi – « si vous [les journalistes présents] êtes là, c’est que vous êtes négatifs et donc on ne va pas trop parler Covid] ». L’expression à peine dissimulée d’un ras-le-bol du virus qui ne frappe pas que le peloton. La joueuse de tennis Alizé Cornet en parlait après sa victoire au 1er tour, à Wimbledon. « Le Covid, on en a payé le prix. On a été sous bulle pendant un an et demi, on a été vaccinés, c’est bon quoi. […] Cela fait partie de notre vie, c’est comme ça. Je trouve que la psychose serait vraiment mal placée à ce niveau-là alors qu’on a mangé notre pain noir. »

La pertinence du protocole remise en question

Les nouvelles règles du jeu imposées par l’UCI semblent aller dans le sens de l’usure mentale collective, selon l’épidémiologiste Antoine Flahault. Car ce protocole ne répond à aucune logique sanitaire adaptée à un contexte de nouvelle vague. « On sait aussi que la moitié des contaminations a pour origine des personnes asymptomatiques ou pré-symptomatiques (c’est-à-dire pour ces dernières, durant la période de 24 à 48 heures qui précède les symptômes). Il n’y a donc pas de justification épidémiologique à ne pas isoler les coureurs asymptomatiques testés positifs, estime le spécialiste. Laisser courir les asymptomatiques concernera principalement les coureurs contaminés durant leur période d’incubation, c’est-à-dire pendant les 24 à 48 heures avant leurs symptômes, car après ils ne seront plus en mesure de courir pour un bon nombre d’entre eux.»

Antoine Flahault résume ainsi son scepticisme: 

La mesure ne permettra dans ces cas que de retarder de quelques heures l’abandon des coureurs concernés, tout en favorisant les contaminations au sein du Tour. Le bénéfice net de cette mesure est donc questionnable. »

Rien ne nous interdit donc de croire à un scénario où seuls quelques veinards et immunisés échapperont au Covid sur trois semaines. Et donc à une victoire finale improbable de Thibaut Pinot, leader d’un Tour apocalyptique à 40 ou 50 survivants.

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