Drogues et sexe, le mauvais cocktail charentais

Drogues et sexe, le mauvais cocktail charentais

Pour le psychiatre, qui intervient en parallèle pour le compte de l’association Addictions France, ce phénomène de plus en plus visible peut s’expliquer après deux années de crise sanitaire et de restrictions drastiques. Les conséquences sur les patients sont catastrophiques.

Les expériences peuvent durer plusieurs heures, voire plusieurs jours. Une telle durée n’est possible qu’en multipliant les drogues.

D’où vient le chemsex et quoi consiste-t-il ?

Fréderic Antuna. Il nous vient de la culture gay anglo-saxonne. Le terme n’est que la contraction de deux mots anglais, « chemical » [chimique] et « sex » et dit bien son nom. Dans le cadre de relations sexuelles, parfois avec plusieurs partenaires, il se résume dans la prise de substances psychoactives et vise à augmenter l’intensité et la durée des plaisirs charnels : endurance accrue, libido… L’inhibition des partenaires s’en trouve fortement diminuée et l’expérience recherchée est décuplée. Fin des années 2010, ces pratiques demeuraient marginales, dans certains milieux parisiens et quelques grandes villes de France.

En 2020, on constate que les cas sérieux d’addiction ont été multipliés par trois au niveau national et ne concerne plus du tout uniquement le milieu gay. Dès lors, avec la banalisation de certains produits, il est normal de voir arriver ces pratiques à risques dans les plus petites villes, comme c’est le cas désormais en Charente, à Angoulême ou Cognac. Les applications de rencontres ont largement contribué à populariser la pratique, surtout depuis le confinement.

Dans les cas que vous avez pu observer, comment évaluez-vous les risques de la pratique ?

Déjà, la simple prise de stupéfiant constitue une prise de risques pour le corps. En revanche, c’est le contexte qui est ici particulier. On a parfois affaire à des jeunes gens qui ont très peu d’expérience dans le domaine amoureux dont la vie affective est très maigre. Sans repères, le choc émotionnel est très grand. Les stupéfiants agissent alors comme démultiplicateurs et au final, si la pratique est répétée, comme un refuge. Au bout du compte, si on résume, de jeunes personnes n’ont de rapports sexuels qu’uniquement sous emprise et préfèrent réitérer ces expériences de peur de perdre en intensité ou de ne simplement plus y arriver.

L’autre facteur aggravant est l’accumulation des substances que certains patients, auxquelles je fais face, relatent. À Cognac, des témoignages parlent d’expériences qui peuvent durer plusieurs heures, voire plusieurs jours. Une telle durée n’est possible qu’en multipliant les drogues. Or, une seule prise de cathinone, un puissant stimulant, peut être fatale, en association avec du GHB et de l’alcool. L’alcool est d’ailleurs bien souvent systématiquement présent, comme l’une des premières portes d’accès.

Enfin, un autre risque majeur demeure les risques très importants des maladies sexuellement transmissibles dans un cadre où toutes les vigilances retombent.

Le chemsex multiplie les conduites à risques. On imagine alors que l’accompagnement n’est pas tout fait le même envers ces nouveaux patients.

Déjà, le phénomène est tout nouveau en Charente. Les professionnels doivent prendre le temps de s’informer et de lire la littérature spécialisée car le chemsex n’est pas connu tel quel : les nouveaux adeptes eux-mêmes ne le mentionnent pas forcément dans ces termes. Moi-même, j’ai dû suivre certaines formations. D’autre part, le chemsex comporte aussi différentes pratiques. Lorsque l’injection de stimulants se fait par voie intraveineuse dans le cadre, toujours, de relations sexuelles, on parle alors de « slam ». On passe encore un cap dans les conséquences dramatiques pour la santé.

C’est donc le grand inconnu…

Aussi, le suivi doit être avant tout médical. Ensuite, l’accompagnement se fait dans la durée longue car on ne sait pas comment les patients vont évoluer. Des jeunes qui construisent leur sexualité à travers la consommation de produits, on a aucune idée de ce que cela peut produire comme dégâts futurs. Ce n’est plus les années 1970 et les yé-yé. Aujourd’hui, les drogues sont de plus en plus fortes, de plus en plus addictives et de plus en plus bon marché. On en trouve certaines entre 5 et 20 euros le gramme. Les troubles neurologiques seront certainement accentués dans les années à venir.

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Les chiffres du Chemsex

Au sein de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), les dispositifs TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues) s’intéressent aux groupes consommateurs de produits psychoactifs. Si les pratiques de chemsex ont été signalées pour la première fois à Lille et Metz en 2017, des observateurs bordelais alerte sur « le caractère de plus en plus décomplexé des échanges autour des pratiques de chemsex sur les réseaux sociaux ». Ce qui complique considérablement l’identification du phénomène, notamment auprès du plus jeune public. Les chiffres régionaux du Comité de coordination Régionale de lutte contre l’infection due au Virus de l’immunodéficience Humaine (COREVIH) de Nouvelle-Aquitaine sont édifiants. Ils relatent 22 cas de comas, 11 cas de séroconversion et 57 % des patients interrogés rapportent des épisodes de violences comportementales durant ces fameuses parties. D’ailleurs, 36 % des adeptes observés sont victimes de troubles paranoïaques après une expérience de chemsex. L’ampleur du phénomène est telle que le CHU de Bordeaux a ainsi lancé ses Journées de sensibilisation au chemsex depuis 2019, réitérées chaque année depuis.

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