Des études citées dans un article de «Midi Libre» prouvent-elles la dangerosité des vaccins à ARN messager?

Des études citées dans un article de «Midi Libre» prouvent-elles la dangerosité des vaccins à ARN messager?

Question posée par Adrien le 25 juin 2022.

Vous nous interrogez sur un article publié dans la matinée du 25 juin sur le site du Midi Libre, dont le titre était : «Pfizer, Moderna, Astra Zeneca : les vaccins anti-Covid augmentent les risques cardiovasculaires chez les jeunes.» Celui-ci a été abondamment partagé sur les réseaux sociaux, notamment par Florian Philippot, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, ou Laurent Mucchielli.

L’article en question – modifié depuis – déclarait que «les vaccins anti-Covid Moderna, Pfizer et Astra Zeneca auraient tous des effets néfastes sur la santé cardiovasculaire», en se référant à trois «études publiées dans de prestigieuses revues scientifiques anglo-saxonnes entre avril et juin 2022». Et de proposer au lecteur de faire «le point sur ce [que ces publications] soulignent», à savoir «l’intérêt des vaccins», mais aussi «ses effets potentiellement néfastes pour la santé cardiovasculaire des patients».

Problème : pour chacune des études mentionnées, le compte rendu qui en était fait était erroné ou occultait un élément de contexte essentiel à leur compréhension.

Une coquille… qui multiplie par 1 000 le risque de myocardites

La première publication citée était une étude rétrospective, présentée le 11 juin sur le site du Lancet, portant sur un peu plus de 15 millions de vaccinés. Elle observe que le nombre de myocardite et de péricardite est plus élevé attendu dans la population étudiée, en particulier chez les hommes âgés de 18 à 25 ans dans la semaine une deuxième dose d’un vaccin Moderna ou Pfizer. Midi Libre précisait à raison que, selon l’article du Lancet, l’incidence de ces pathologies «était rare». Et de préciser que «411 myocardites ou péricardite ayant été détectées sur les plus de 15 000 personnes âgées entre 18 et 64 ans observées par les scientifiques». Ici, l’erreur est typographique (quinze mille au lieu de quinze millions), puisque le texte laisse croire à des événements mille fois plus fréquents qu’ils ne le sont réellement. Des internautes ont rapidement colporté l’affirmation selon laquelle le risque de myocardite consécutif à une deuxième dose de vaccin ARNm était «de 2,7%» (411 /15 000). Après avoir été abondamment signalée, cette erreur grossière a été corrigée par Midi Libre samedi dans l’après-midi, suite à de nombreux signalements.

L’erreur typographique semble d’autant plus évidente que, lors de sa publication, l’article relatait correctement le propos des auteurs, selon qui «les résultats de l’étude, ainsi que la balance bénéfices-risques, continuent de soutenir la vaccination à l’aide de l’un ou l’autre des deux vaccins à ARN messager».

Une étude que l’éditeur lui-même appelle à prendre avec des pincettes

Midi Libre rapporte ensuite une étude publiée fin avril dans Scientific Reports, présentée comme «une des plus importantes revues en libre accès de la planète». Etude qui, explique le quotidien, fait état «[d’]une augmentation de plus de 25% du nombre d’appels [pour une aide médicale d’urgence] chez les 16-39 ans pour des arrêts cardiaques ou des syndromes coronariens aigus pendant le déploiement de la vaccination anti Covid en Israël», en évoquant des constats similaires «en Allemagne et en Ecosse». Midi Libre précise «[qu’]en revanche, aucun lien n’a été établi entre ces problèmes cardiovasculaires et les infections au Covid».

Le quotidien régional omet toutefois de rapporter une précision importante, mise en exergue de l’étude sous forme d’une «note de l’éditeur» : «Les lecteurs sont avertis que les conclusions de cet article font l’objet de critiques, qui sont actuellement examinées par les rédacteurs. Une réponse éditoriale suivra dès que toutes les parties auront eu l’occasion de répondre de manière complète.» De fait, de nombreuses voix se sont élevées quant à l’interprétation des données rapportées. A titre d’exemple, des observateurs notent que le nombre d’appels pour des arrêts cardiaques durant la campagne de vaccination ne diffère pas de celui observé à la même période l’année précédant la crise du Covid, mais seulement d’avec l’année 2020 où ils étaient anormalement bas. «Au début de la pandémie de Covid-19, les centres d’appels d’urgence ont demandé à la population de limiter l’utilisation de ces plates-formes afin de permettre une meilleure prise en charge des patients présentant des signes sévères de Covid-19», observent ainsi les auteurs d’une analyse critique prépubliée sur la plateforme OSF. Les mêmes auteurs notent que sans recensement du statut vaccinal des personnes à l’origine des appels, ou une description plus poussée des symptômes, il est impossible de tirer des conclusions. Des problèmes liés à l’analyse statistique ont également été relevés.

Des résultats douteux… selon les auteurs eux-mêmes

La troisième étude citée par Midi Libre a été publiée dans la revue JAMA Network Open. Pour le quotidien régional, elle conclurait à une augmentation du nombre de «contacts hospitaliers» (consultations, etc.) «pour cause de troubles de la coagulation et de maladies cérébrovasculaires, notamment pour thrombocytopénie et thrombose veineuse cérébrale, après la vaccination par Moderna, Pfizer et surtout Astra Zeneca». Sur Twitter, un internaute fait la remarque que, dans l’étude, le lien avec les thromboses veineuses n’est pas observé pour Moderna et Pfizer. Mais une lecture superficielle de l’étude pourrait également laisser croire que les auteurs concluent à une association entre la vaccination et les autres pathologies mentionnées. Toutefois, afin de s’assurer de la solidité de leurs conclusions, les auteurs ont réalisé des «analyses de sensibilité», qui permettent d’évaluer si des différences mineures dans les critères d’analyses retenus (ou dans le jeu de données initial) aboutissent ou non à des résultats similaires. Par exemple, on peut s’attendre à ce que les résultats soient similaires en prenant en compte toutes les hospitalisations ou en se focalisant sur celles durant plus d’un jour. Le fait que ça ne soit pas le cas interroge, à l’inverse, sur la solidité de la corrélation.

A l’issue de cinq analyses de sensibilité distinctes, les résultats obtenus relatifs au vaccin d’AstraZeneca sont jugés robustes – confirmant les mises en garde déjà établies pour ce vaccin. En revanche, pour les vaccins à ARN messager de Pfizer et Moderna, ces analyses «n’étaient pas cohérentes», écrivent-ils. «Par conséquent, l’augmentation globale et combinée des risques [identifiés] après la vaccination par [ces deux vaccins] doit être interprétée avec prudence.» Selon eux, une analyse destinée à confirmer «par d’autres méthodes» les résultats obtenus pour ces deux vaccins leur apparaît «justifiée». Une précision importante totalement absente de l’article de Midi Libre.

«L’article le plus lu de la semaine»

Suite aux multiples alertes des internautes, le titre de l’article du quotidien a été passé au conditionnel dans l’après-midi de samedi. Par suite, l’article est resté inchangé jusqu’à 15h56 lundi. La version actuellement en ligne est largement remaniée, et précise «[qu’]en raison d’informations imprécises et incomplètes, cet article a été modifié ce lundi 27 juin. Nous présentons nos excuses à nos lecteurs».

Interrogés par CheckNews, l’adjointe au pôle numérique du journal et l’auteur de l’article reviennent sur la chronologie des évènements qui a amené à la publication de ce texte, et du délai courant jusqu’à cette dernière mise à jour. «Le sujet a été proposé dans l’après-midi de vendredi, rédigé vendredi soir, et programmé pour le samedi matin», nous expliquent nos interlocuteurs. «Habituellement, les articles sont relus par les chefs de service, au fil de l’eau. Lorsqu’ils sont rédigés par des journalistes plus chevronnés, les relectures des articles en ligne ont parfois lieu a posteriori, et les modifications qui y sont apportées sont généralement mineures». Toutefois, dans ce cas précis, «il n’y a pas eu de relecture, et l’article a échappé à la vigilance du responsable alors présent au journal», note l’adjointe au pôle numérique du Midi Libre, elle-même «absente pour le week-end».

Si deux corrections a minima ont été apportées à l’article samedi (la correction du chiffre erroné et la mise au conditionnel du titre), l’article «devait être révisé en profondeur», nous explique-t-elle. «Il ne servait à rien de supprimer l’article car il avait déjà été très partagé, et beaucoup de captures d’écran avaient été faites. Nous préférons que les personnes qui consultent la page puissent lire que l’article a été publié de façon incomplète, et leur présenter la mise à jour.» Dès le retour de l’auteur de l’article à la rédaction du journal, lundi après-midi, celui-ci s’est attelé à compléter le texte et à apporter des précisions pour chacune des études citées.

L’auteur, qui nous précise n’avoir pas de formation en journalisme scientifique, reconnaît «qu’un tel sujet aurait pu être traité avec beaucoup plus de temps et de rigueur». La responsable adjointe du pôle note que «sur les sujets Covid, on a habituellement une journaliste plus spécialisée sur ces questions, et nos articles prennent normalement le temps de donner les éléments qui permettent de faire le point. Ici, nous plaidons l’erreur, car le texte publié était clairement incomplet».

Elle déplore elle-même qu’en raison du week-end, «l’article a eu un temps d’exposition très long», alors même que «les antivaxs se précipitent sur la moindre brèche pour en faire leur beurre». De fait, constate-t-elle, «il s’agit de l’article le plus lu de la semaine… La version à jour ne sera probablement pas autant partagée, mais nous allons la diffuser sur les réseaux sociaux, en précisant bien que la version initiale était incomplète».


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